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La BD du jour : La Vénus à la fourrure de Crepax et Aura, l’Orpheline de Baldazzini

La BD érotique peut se conjuguer avec l’humour, le fantastique, l’aventure mais aussi avec des destins brisés. La Vénus à la fourrure, récit tiré de l’œuvre éponyme de Leopold von Sacher-Masoch explore les échecs d’une relation sadomasochiste qui place son héros dans le désarroi de la passion et d’un plaisir qui pourraient paraître inatteignables. Aura, l’orpheline quant à lui révèle le destin d’une jeune femme qui erre sans autre but que de survivre et de comprendre son monde pour mieux l’appréhender. Elle essaiera de sortir de la spirale sombre qui la guette mais y parviendra-t-elle ?

 rdv_bddujour

la_venus_a_la_fourrure_couvertureLeopold von Sacher-Masoch demeure un personnage difficilement saisissable dont la biographie a largement inspiré l’œuvre, qu’il reprend de façon à peine romancée, laissant exprimer ses pensées et sa vision de l’amour qu’il perçoit comme un acte de soumission totale. La Vénus à la fourrure est née de sa relation en 1869 avec Fanny Pistor avec laquelle l’auteur signera un contrat mentionnant sa complète soumission pendant six mois. Premier essai d’expérimentation de ses recherches de plaisirs, cet épisode de la vie de l’auteur restera un échec et l’œuvre, rédigée quatre ans plus tard, le hantera au point qu’il partira à la recherche de celle qui pourra le mieux reprendre les traits de la maitresse qu’il dépeint dans son roman et qui saura assouvir ses désirs de sujétion pleine et entière.

Retour sur l’œuvre. Séverin a passé un pacte avec Wanda Von Dunajew, un pacte qui le lie à elle et dans lequel est notifié son souhait d’en devenir l’esclave tant qu’elle le voudra. Pour ce faire l’homme a pris le nom de Grégor et a accepté de devenir le valet de la belle brune. Wanda comme Grégor accepte de jouer le jeu et demande à son « domestique » l’accomplissement de tâches viles dont le but reste de l’humilier, de le punir et de lui infliger tout un lot de châtiments à même de satisfaire ses désirs et de tendre vers sa jouissance. Mais dans ce type de contrat de soumission devant alimenter le plaisir, il faut que les deux parties soient sur la même longueur d’ondes. Ce qui n’est pas le cas ici. Wanda semble en effet non pas simplement l’objet par lequel Séverin arrive à ses fins mais parait prendre au moins autant, si ce n’est plus, de plaisir à le faire souffrir. L’équilibre fragile recherché par Séverin s’avère ainsi rompu au fil du temps pour laisser Wanda dans un rôle qui le et la dépasse, et qui dénote peut-être cette difficulté à satisfaire les besoins de l’autre dans une relation complexe où l’imaginaire joue un rôle plus qu’actif.

Crepax a fait figure de maitre dans le milieu restreint de la BD érotique. L’italien aimait relire les œuvres fondatrices de l’érotisme pour en donner des images fines et denses dopées par sa vision contemporaine. Après Histoire d’O en 1975 d’après le roman de Pauline Réage, il s’attaque en 1978 à Emmanuelle puis, un an plus tard, à Justine d’après le roman La Nouvelle Justine du marquis de Sade. La Vénus à la fourrure vient quelques années plus tard en 1984. Dans cette relecture proche du roman original, le dessinateur soulève le problème du sado-masochisme qui ne peut reposer que sur une relation équilibrée entre le plaisir à faire souffrir et le plaisir de souffrir. Wanda paraît détachée de cette relation, comme si une distanciation irrémédiable se créait rompant l’équilibre recherché. La jeune femme n’exprime pas ou peu de sentiment dans ce qu’elle fait ou dans ce qu’elle vit comme si elle accomplissait ses actes de façon mécanique. Grégor/Séverin quant à lui ne peut que constater l’échec de ses desseins et la difficulté à trouver la personne à même de se fondre dans ce jeu trouble censé lui procurer le plaisir le plus intense. Le trait stylisé et l’attention portée à dépeindre la froideur des sentiments, par les gros plans sur des visages sans âme, font de cet album un classique indémodable. Un must de la BD du genre.

Crepax – La Vénus à la fourrure – 2013 (rééd.) – Delcourt – 16,95 euros

 

Et aussi…

aura_l_orpheline_couverture[1]Aura déambule sans but et sans espoir dans les bas-fonds d’une ville sordide. Alors qu’elle cherche à assouvir un besoin naturel elle tombe sur un sans-abri qui tente de la violer. Elle sera sauvée par Carlos un autre marginal qui enfilait non loin de là son compagnon. Prise sous la coupe de cet homme elle trouvera un job censé l’éloigner des affres de la faim et des lendemains incertains. Un job de serveuse dans un bar singulier où la patronne s’adonne à des strip-teases pour la clientèle un peu particulière des lieux. Safiria, c’est le nom de la gérante, s’avère être un trans qui cache bien des souffrances et une réussite marquée par l’accomplissement d’actes dont elle ne partage pas forcément toujours l’entrain. Dans ce milieu sombre où le sexe se marchande, Aura ne trouvera peut-être pas de réconfort à ce qu’elle fuit. Elle découvrira aussi et surtout la difficulté à juger des apparences qui s’inscrivent comme autant de masques à la vérité.

Ce récit peine à trouver un rythme et une direction qui auraient pu le singulariser. Baldazzini possède une touche, un trait qui donne du relief à ses histoires. Ici pourtant et malgré les scènes purement sexe, l’objet semble ailleurs, dans ces désarrois des corps, dans les souffrances exprimées et le vase clôt qui laisse peu de lucarne d’espoir. Le récit d’Aura pourrait donc offrir un essai de réflexion sur un milieu dur, des hommes et femmes habités par des histoires parfois inavouables. Peut-être manque-t-il quelques pages au récit pour creuser les personnages et faire sortir d’eux les fantômes enfouis, ce que le lecteur peut compenser par son imaginaire si tant est qu’il accepte de prendre le relais du dessinateur. Un récit qui laisse une impression mitigée mais qui ne se révèle pas si inintéressant au final.

Baldazzini – Aura, l’Orpheline – Delcourt – 2013 (Rééd.) – 14,30 euros


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