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La BD du jour : Le grand combat de Zéphir

Reculé dans une forêt dense, avec une sensible dédain pour les personnages qui vivent à sa périphérie, autant dire la plus grande majorité, Noé propose un monde dans lequel le sens est capté de manière brute et retranscrit via des sculptures, des dessins ou des machines qui expriment tout haut ce que ce personnage exprime peut-être mal confronté aux autres. Un album qui présente le travail d’un jeune auteur à suivre !

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couv_grand-combat-telIl pourrait passer pour un marginal acariâtre, un déboussolé de cette société contemporaine qu’il ne comprend plus, un amoureux de la nature foncièrement revanchard envers ceux qui ne respectent rien depuis déjà trop longtemps, un aliéné forcé qui a coupé, il y a de cela bien des lustres, toute relation avec le réel, un artiste vivant dans sa bulle ou un homme ayant choisi de ne plus faire confiance à personne. Peut-être y a-t-il  un peu de vrai dans tout ça, et chaque acception pourrait dessiner les contours toujours plus précis du portrait de Noé, le cataloguer pour ceux qui le croisent parfois tirant sa grande carriole dégingandée vers la ville. Noé vit dans une forêt reculée presque invisible de tous. Dans cet espace naturel il dessine, sculpte, construit des machines et des fresques avec tout un tas d’objets hétéroclites récoltés dans la décharge publique voisine. Les personnages qu’il dépeint sur de larges feuilles ou sur d’autres supports lui parlent de la vie, celle qu’il se construit depuis des lustres et qu’il alimente de petites phrases ponctuées d’un arrière-goût de bonne morale ou plutôt d’une amoralité salvatrice. Car Noé ne s’inscrit pas dans un moule. Il forge son identité de son acte créatif contestataire qui devient de fait un monde parallèle, une société faite de violence, d’un regard acerbe sur le monde connu, d’un détachement possible et progressif avec ces humains qu’il ne comprend pas et qui ne le comprennent pas ou si peu.

De cette singularité dont il serait le seul capable d’apprécier la portée, il puise sa force, cette  lumière qui le pousse à poursuivre son acte de création perpétuel qui lui donne encore une attache avec le réel. De ce rapprochement, de cette osmose avec la nature, il puise une sève nourricière mais les éléments peuvent parfois tout venir chambouler, comme une fée décidée à changer les choses d’un coup de baguette magique…

Si on nous avait dit avant la lecture de cet album que son auteur était un nouveau venu dans l’univers du neuvième art nous aurions eu un peu de mal à le croire. Le grand combat est l’occasion pour Zéphir, son auteur tout juste âgé de 21 ans, d’exposer un talent et surtout une maturité certaine. Le sujet n’est pas facile et aurait pu virer à la démonstration pure du destin d’un personnage assurément singulier. Ici rien de tel, le dessinateur tente de s’immiscer dans la pensée de Noé, alias Chomo dans la vraie vie, sans convenance, sans raccourci mais avec cette envie non pas de comprendre mais de partager son ressenti pour le destin d’un être qui a évolué sa vie durant dans un monde que l’on pourrait qualifier de parallèle en ce sens qu’il ne niait pas le nôtre mais en affirmait une possible alternative. Pour parvenir à ses fins Zéphir alterne les techniques, les compositions graphiques, tantôt purement inscrit dans un découpage BD, tantôt proposant des pleines pages qui laissent à notre imaginaire le soin de reconstruire les éléments qui lui parviennent. C’est osé, purement créatif et hautement sensible. Cela démontre surtout le talent d’un auteur qui n’hésite pas à se mettre en danger, en acceptant de ne pas se faire bavard mais de suggérer. Rare sur un premier projet donc essentiel…

Zéphir – Le grand combat – Futuropolis – 2014 – 19 euros


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