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La BD du jour : Les larmes du seigneur afghan de Bourgaux/Zabus & Campi

Le travail de journaliste de guerre n’est pas sans risque et pourtant il est nécessaire. Lorsque Pascal Bourgaux décide de partir réaliser un film documentaire mettant en lumière l’action d’un chef de guerre afghan, elle mesure peut-être mal ce qu’est la situation sur place dans un pays meurtri par des années de guerre civile et par la mainmise progressive des talibans sur la plupart de ses régions. Pourtant la jeune femme effectuera ses prises de vues, jusque dans les tranchées de guerre qui se dressent sur les hauteurs de  Dasht-e-Qaleh… Un album sans compromis, à lire de toute urgence !

 Les larmes

Couv Les larmes du seigneur afghanL’Afghanistan est entré tristement dans la lumière peu après les attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001. Jusque-là le pays intéressait peu les grands états de ce monde même s’il faisait l’objet d’une attention particulière en tant que point névralgique d’opposition (in)directe entre la Russie et les Etats-Unis à la fin du XXème siècle. La situation à l’intérieur du pays, notamment la lente prise de possession du pays par les talibans, n’agitait pas ou peu les organisations internationales. Nous connaissons la suite, l’assassinat du commandant Massoud suivi de près par l’attentat sur les tours jumelles du downtown new-yorkais devait changer la donne. Les Etats-Unis, avec à ses côtés ses alliés « traditionnels » à savoir le Royaume-Uni, l’Australie et le Canada, envahissent ce carrefour de l’Asie colonisé en son temps par le puissant Empire Perse. Le but avoué de retrouver Oussama Ben Laden se fait avec le regard compatissant porté aux populations placées sous le joug des talibans depuis une bonne décennie. La radicalité de l’application de la religion à Kaboul et dans la plupart des provinces du pays trouve cependant une opposition fragile mais durable sur certaines zones du pays, notamment au nord.

C’est dans ce cadre que la journaliste Pascale Bourgaux décide en 2001 de suivre un certain Mamour Hasan, un chef de guerre anti-Talibans installé à Dasht-e-Qaleh. L’homme a accepté d’être filmé et suivi dans ses combats de résistance jusqu’à ce que les Etats-Unis et ses alliés parviennent à « reprendre » le pays et à le placer entre les mains d’un nouveau gouvernement. Au fil du temps et des séjours de la journaliste, nous voyons le chef afghan perdre progressivement de sa superbe. Eloigné des décisions politiques centrales de Kaboul, l’homme se voit dépossédé de ses prérogatives de douanes qui avaient assis sa puissance financières. Mais, plus sournois encore reste ce qui se trame dans sa propre famille puisque le fils censé lui succéder lorsque l’âge s’en fera sentir, Atahullah, en vient à douter de l’engagement de son père et à se rapprocher des idées prônées par des talibans qui regagnent doucement leurs territoires déchus. Pascale Bourgaux tirera un film documentaire des reportages effectués sur place jusqu’en 2011. Sur la décennie écoulée, la journaliste verra le visage du seigneur de guerre progressivement se faner. L’homme doutera de son engagement mais pas de sa foi en un Islam modéré.

La BD composée par Pascale Bourgaux aidée au scénario de Zabus nous fait vivre le travail de grand reporter de la jeune femme. L’album n’est pas une version light ou remaniée du film coproduit par la RTBF. Si l’histoire du seigneur afghan est bien sûr au cœur de cet album, c’est surtout le travail de journaliste de la journaliste belge qui est décortiqué. Le but étant de mettre en avant les risques encourus, les doutes et à l’inverse le lien qui se tisse progressivement entre le reporter et le chef de guerre. Le métier de journaliste de guerre reste nécessaire et vital pour donner à voir les horreurs perpétrées au nom d’un quelconque droit ou devoir. Il offre les images qui seront peut-être décortiquées dans l’instant par les géopolitologues et plus tard par les historiens pour comprendre un conflit et essayer d’en mesurer l’impact. Avec émotion, force de conviction, Les larmes du seigneur afghan donne à voir cela et plus encore au travers le regard d’un homme marginalisé dans son action. Un homme qui marque pourtant les esprits par ses choix et sa capacité à garder le sourire même dans les pires moments. Tout cela capté/capturé par l’œil de la journaliste qui se fait pudique et respectueuse tout en gardant les distances nécessaires avec l’homme qu’elle aura suivi sur plus de dix ans. Un album dessiné avec maestria par Campi, un jeune auteur italien qui a déjà travaillé par le passé avec Zabus. Un récit qui met incontestablement en lumière la fragilité de l’instant pour nous inviter à réfléchir sur les devenirs possibles. Ces devenirs dont nous ne maitrisons pas toujours l’issue…

Bourgaux/Zabus/Campi – Les larmes du seigneur afghan – Dupuis – 2014 – 16,50 euros


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