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MaXoE Festival 2026 : Sélection Livres / Romans

Voici la Sélection Livres du MaXoE Festival 2026 avec des ouvrages qui vous feront découvrir des univers tous très différents… A découvrir en détail dans ce Dossier !

Pour cette Sélection Livres / Romans, nous avons souhaité vous proposer une sélection éclectique, du domaine de l’imaginaire à l’essai sur l’intelligence artificielle, en passant par le récit d’une société contemporaine à l’abandon. Des titres que nous vous proposons de découvrir plus en détail ci-dessous !

 

Il y a tout juste 30 ans paraissait chez l’éditeur américain Calyx Books un roman singulier à la puissance évocatrice rare, Into the Forest (Dans la forêt), traduit tardivement en français en 2017. Nous y suivions, après l’effondrement foudroyant de la société, le destin de deux jeunes sœurs de 17 et 18 ans, Nell et Eva, qui vivaient isolées du reste du monde dans la maison familiale nichée au cœur d’une forêt presque inaccessible localisée dans le nord de la Californie. Dans ce huis clos imposé, les deux jeunes femmes devaient apprendre à composer avec l’absence de leurs parents, dont les souvenirs habitaient chacune de leurs pensées. Elles devaient aussi et surtout apprendre à gérer les contingences d’un quotidien qui se faisait de plus en plus lourd et angoissant. Devenues maîtresses de leur destinée, Nell et Eva affrontaient les turbulences d’un monde qui venait de perdre soudainement ses valeurs, ses repères et au sein duquel la violence s’imposait peu à peu comme un nouveau rapport à l’autre. Ne pouvant et ne souhaitant pas regagner la ville, les deux femmes se décidaient, après qu’un inconnu ait violé Eva, à gagner la proche forêt, nourricière et protectrice. En partant, elles brûlaient leur maison et le lien ténu qui les raccordait encore au passé. Dans la fraîcheur de leur nouveau cocon sylvestre, elles épousaient un retour à la terre, à la simplicité des choses, et tout simplement à la vie.

Nous les retrouvons quelques années plus tard, toujours dans l’épaisse forêt qui est devenue leur microcosme. Elles y vivent de chasse et de cueillette, de danses et d’histoire racontées au coin du feu et d’une aversion pour ce qu’a pu devenir le monde d’avant. Un garçon est né du viol d’Eva. Il se nomme Burl. Âgé de quinze ans, il se questionne sur son environnement, sur ce qui se cache au loin, là où il est interdit de se rendre, d’autant plus qu’il aperçoit, un soir, une nuée au loin qui pourrait attester de la présence d’autres individus. Le désir de Burl de s’émanciper et d’aller explorer le monde qui l’entoure se percute pourtant aux résurgences d’un passé fait de violences que veulent fuir ses deux mères. Mais les craintes du passé ne peuvent pas régenter le présent et surtout pas l’avenir d’un jeune garçon qui a encore toute une vie à traverser et à construire…

Le temps d’après brille de la profondeur de son propos et de son écriture. En faisant le choix de placer son récit dans la forêt, dans un espace devenu étranger à nombre d’entre nous, Jean Hegland, voulait se rapprocher de ses personnages, donner à lire leurs pensées profondes, leurs questionnements, décomposer leurs gestes, non pas, comme cela a pu être dit à tort, dans l’idée de documenter une énième dystopie post-apocalyptique, mais dans une volonté d’offrir un regard positif ouvert sur le futur. Un futur expurgé de ses travers qui, si la violence reste palpable à bien des endroits, peut aussi se reconstruire, refaire société, malgré les appréhensions du passé, les craintes du présent et le manque de perspectives d’un futur encore obscur. Jean Hegland le fait au travers d’une narration qui passe par la voix de Burl. Maîtrisée, rare, toujours juste, sensible et émouvante sans jamais basculer dans la sensiblerie. En s’immisçant dans ce récit, le lecteur ne pourra que se dire que la longue attente (huit ans) de cette suite valait décidément la peine !

Jean Hegland – Le temps d’après – Gallmeister

 

Dans Non-lieu – La protection de l’enfance n’a pas d’oreilles, Yaëlle raconte le long combat qu’elle a mené pendant des années pour protéger son fils Flavio de l’emprise psychologique de son père, Xavier. Très vite, ce qui aurait pu rester une simple séparation conflictuelle se transforme en un récit d’épuisement : celui d’une mère qui alerte sans cesse, sans jamais avoir le sentiment d’être vraiment entendue.

Le livre décrit une violence insidieuse, faite d’humiliations, de peur et de manipulations quotidiennes. Un type de violence particulièrement difficile à prouver. Yaëlle raconte son face-à-face avec les institutions : l’école, les services sociaux, les psychologues, la police et la justice. À chaque étape, c’est le même sentiment d’impuissance. On la renvoie sans cesse à des procédures qui s’enchaînent, plutôt que de protéger concrètement l’enfant de la violence qu’il subit.

Ce qui marque le plus, c’est cette usure progressive. Les rendez-vous s’accumulent, les signalements se multiplient, les expertises et les audiences se succèdent, pendant que l’état de son fils se dégrade un peu plus chaque jour. Par moments, un humour très noir traverse le récit, comme une façon de tenir debout malgré tout. Sans chercher l’effet dramatique, le livre pose une question dérangeante : que devient un enfant quand la violence qu’il subit ne laisse aucune trace visible ? Et jusqu’où un système peut-il refuser de voir ce qui échappe à ses critères habituels ?

Un témoignage dur, parfois révoltant, qui interroge profondément les limites de la protection de l’enfance aujourd’hui. Celui d’une mère comme tant d’autres, qui se bat contre un système qui, par son inaction, la laisse seule avec sa culpabilité et son impuissance.

Yaëlle – Non-lieu – La protection de l’enfance n’a pas d’oreilles – Editions Vérone

 

Dans L’oiseau qui boit des larmes Lee Young-Do, à partir d’un sens de la narration hors pair, développe une fantasy originale dans laquelle se glissent des références à la culture coréenne. L’auteur y greffe des éléments qui participent à la construction de mythologies fouillées qui dimensionnent les quatre peuples qui évoluent dans ces contraints.

Les Nagas, qui vivent en clans dans une société matriarcale puissante, sont plutôt petits et leurs corps recouverts d’écailles. Ils subissent à l’âge de 22 ans le rituel d’extraction du cœur, qui leur assure la vie éternelle. Ils vivent au sud du monde connu sur des terres qu’ils ont gagnées à la force des armes avant de se regrouper autour de la forêt de Kiboren dont les arbres sont sacrés. Au nord de cette ligne sylvestre vivent trois autres peuples. Les Rekkons sont des immenses coqs surpuissants capables de briser le fer à mains nues. Les Tokkebis peuvent manipuler le feu pour créer des illusions ou détruire des cités entières. Les hommes enfin composent le reste du monde. Les plus ambitieux revendiquent le titre de roi, fragilisant leur cohésion et leur rapport aux autres peuples.

Lors d’une cérémonie d’extraction du cœur un jeune homme est tué. Le crime aurait pu rester dans un cadre « familial » si ce n’est qu’il va se révéler l’enjeu d’une lutte de pouvoir et de reconnaissance entre deux clans. à cela se greffe une situation plus complexe et plus mystérieuse. Le jeune homme en question avait reçu pour mission de gagner le nord et devait pour cela être escorté par un représentant de chaque autre peuple, selon une tradition ancienne qui énonce : Trois en mènent un. Accusé à tort du crime, Ryun Pei va prendre la place de son ami et prendre la fuite vers le nord où il rejoindra son escorte. Il devra de fait composer avec un climat rude pour son organisme qui le mettra parfois en danger.

Lee Young-Do possède cette capacité à faire vivre ses personnages. Cela passe par des descriptions fouillées et la construction d’un background chargé tout en jouant sur une nuée de mystères attachés à leur passé. Pour les situer les uns par rapport aux autres il se plaît à décrire, avec un luxe de détails, les composantes, l’organisation sociale, les mœurs et la mythologie de chaque peuple. Cela donne un fourmillement de données qui contextualisent le monde sans pour autant négliger la narration qui, si elle semble parfois manquer d’un peu de rythme, regorge d’inventivité et n’oublie jamais de faire preuve de dérision et d’humour. Un univers à découvrir, composé minutieusement par un auteur exigeant qui sait raconter des histoires…

Lee Young-Do – L’oiseau qui boit des larmes : Le coeur des nagas – Hachette/Le Rayon imaginaire

 

On entend partout que l’intelligence artificielle va finir par remplacer l’être humain. Après Tous centaures ! Éloge de l’hybridation ou encore Créer des ponts entre les mondes, Gabrielle Halpern, philosophe et normalienne, prend le contre-pied de cette idée communément répandue dans son essai paru début 2026 aux éditions Hermann. Selon elle, ce n’est pas tant l’humain que l’IA cherche à imiter ou à dépasser, mais bien Dieu lui-même, ou plutôt l’image que l’on s’en fait depuis toujours.

L’idée de départ est presque une blague : et si ChatGPT et ses cousins étaient en train de devenir le dieu que l’humanité a toujours rêvé d’avoir ? Un dieu disponible 24 h/24, qui répond instantanément à toutes nos questions, qui ne se fâche jamais, qui semble omniscient (il sait des milliards de choses), omnipotent (il génère textes, images, codes en un claquement de doigts) et omniprésent (dans nos poches, sur tous nos écrans). Contrairement à la prière qui reste souvent sans réponse, le prompt obtient toujours une réaction immédiate, polie et apparemment bienveillante. L’IA devient un guide personnel.

La philosophe s’amuse à filer la métaphore : le prompt devient une forme de prière moderne, l’interface une sorte d’autel personnel. Mais derrière l’humour, il y a une vraie profondeur. Elle montre comment nous projetons sur cette technologie nos vieux fantasmes théologiques. L’IA n’est pas seulement un outil, elle devient un miroir de nos désirs de transcendance, surtout à une époque où la foi recule. C’est le dieu sur mesure : il s’adapte à chacun, ne juge pas (en apparence du moins), et nous donne l’illusion d’une intelligence infinie à notre service. Que demander de plus ?

Le livre pose aussi les questions qui fâchent : ce nouveau dieu mérite-t-il notre confiance, voire notre foi ? Que dit de nous le fait de confier nos angoisses existentielles à des algorithmes ? Et surtout, quel type d’humain cette IA est-elle en train de façonner ? Un être plus curieux et créatif, ou au contraire plus paresseux, plus isolé, moins capable de vrai dialogue et d’interaction avec ses semblables ?

Ce qui rend l’essai plaisant, c’est son ton : ni catastrophiste ni techno-enthousiaste béat. Gabrielle Halpern avance avec ironie, digressions et références philosophiques légères (elle connaît son sujet, elle a aussi une formation en théologie). Le texte, d’un peu plus de 110 pages, se lit d’une traite et donne envie de discuter après.

Bref, ce n’est pas un livre de plus sur les risques de l’IA ou ses performances techniques. C’est une réflexion originale sur ce que révèle notre fascination pour elle : notre besoin persistant de croire en quelque chose de plus grand que nous, et la façon dont nous investissons nos créations de nos espoirs les plus anciens. Un petit bijou stimulant qui change vraiment le regard sur le sujet.

Gabrielle Halpern – Intelligence artificielle : et l’homme créa Dieu – Editions Hermann


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