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Nouvelle Séance Spéciale « Dune » : Dune, de David Lynch
Deux avis, sinon rien !

Sortie en 1984, cette adaptation de la saga fleuve de Frank Herbert est la première à aboutir après quelques tentatives infructueuses. Réalisée par David Lynch, cette mise en image des vastes étendues d’Arrakis n’a pas fait l’unanimité lors de son arrivée sur nos écrans noirs, loin s’en faut. Les critiques et le public sont au diapason : le film est un échec sur tous les plans, à tel point que David Lynch lui-même a fini par en renier la paternité. Quasiment quarante ans après, cette oeuvre est passée du statut de purge à celui de film culte. La réalité est toutefois bien moins manichéenne.

An 10 191. L’univers est dirigé par l’Empereur Padishah Shaddam IV, dont la principale obsession est l’exploitation d’une substance aussi rare que précieuse : l’Épice. Rare, car elle se trouve seulement sur la planète aride d’Arrakis (rebaptisée Dune par les autochtones), aux dunes de sables s’étendant à perte de vue. Précieuse, parce qu’elle accroît la longévité, amplifie le champ de conscience et est l’unique possibilité offerte aux hommes de voyager dans l’espace.

Après de nombreuses années sous la domination de la Maison Harkonnen, Arrakis, sur décision de l’Empereur, devient le fief des Atréides. Le Duc Leto Atréides quitte ainsi sa propre planète – Caladan – et part occuper Dune, accompagné de sa concubine dame Jessica et de son fils Paul. Cette marque de confiance de l’Empereur est en réalité un piège, ce dernier prévoyant – avec l’aide du baron Vladimir Harkonnen – de décimer la Maison Atréides qu’il considère comme une menace à son hégémonie. D’autant que, selon certains présages, Paul pourrait être l’Élu que l’univers attend.

L’avis de Tof

Parlons du contexte des années 80 : dans le sillage de Star Wars, les studios de production se jettent sur la SF comme des morts de faim et ils le font avec plus ou moins de talent. On a quelques joyaux, comme Blade Runner de Ridley Scott par exemple (dont la critique à quatre mains se trouve ici), et puis une flopée de navets qui se bornent à projeter une histoire banale dans un contexte spatial. Au milieu de tout ça, un pari fou : celui de David Lynch qui se lance dans l’adaptation de ce monument qu’est Dune.

Le pari est risqué et le format un peu réducteur : le film est trop court pour un livre de cette envergure. Du coup, le spectateur peut ne pas tout comprendre et surtout certaines subtilités de l’univers d’Herbert sont carrément absentes. Mais j’ai aimé, beaucoup aimé, d’abord pour cette ambiance de malade, c’est sombre, c’est un peu glauque, presque dérangeant. À l’époque, il y a aussi une belle impression visuelle avec un parti pris à la limite du steampunk et des effets spéciaux numériques originaux et novateurs pour l’époque, je pense notamment aux boucliers corporels. Aujourd’hui cela a pris un coup de vieux mais il reste tout de même cette histoire passionnante de bout en bout et ses acteurs, notamment Kyle MacLachlan, qui sont vraiment convaincants. Le tout donne un film à part et tout le monde ne va pas adhérer, surtout que la patine du temps pourrait déranger. Pour moi il est un essai réussi, partial certes, mais réussi pour transcrire un peu d’esprit de Dune.

L’avis de Julie

Il me faut débuter par deux aveux. Le premier est que l’univers de Dune m’était – jusqu’à très récemment – absolument étranger. Évidemment, j’en avais entendu parler tant il est difficile de passer totalement à côté de ce monument de la SF et de la pop culture. J’en connaissais les grandes lignes, mais cette connaissance s’arrêtait là. Je n’avais pas lu les romans. Je n’avais même pas vu le film de David Lynch et, par conséquent, encore moins les mini-séries et le documentaire sur le projet de Jodorowsky. Le second aveu est que j’ai fini par rencontrer cet univers grâce à l’oeil de Denis Villeneuve. Cela peut paraitre curieux, mais je souhaitais découvrir la vision du cinéaste sans être « polluée » par ce qui avait pu être proposé précédemment. Paradoxalement, ce choix allait forcément altérer ma découverte du film de David Lynch, avec toutefois un avantage de taille : la compréhension de cette histoire dantesque.

L’un des reproches les plus importants qui avait été fait au film de Lynch lors de sa sortie était qu’il avait livré une adaptation incompréhensible pour les profanes. Et il faut bien reconnaître que sans la version de Villeneuve, j’aurais eu davantage de difficultés à m’accrocher à celle de Lynch. Car son Dune va vite. Très vite. Trop vite. Il balaye les divers tenants et aboutissants de l’intrigue sans prendre le temps de les développer. Il ne s’attarde ni sur ses personnages ni sur ses enjeux politiques, qui sont pourtant légion dans l’oeuvre d’Herbert.

Chez Lynch, ces éléments sont simplement effleurés, le réalisateur ayant fait le choix de placer le spectateur dans une expérience sensorielle et visuelle et de laisser de côté l’aspect verbeux, à l’instar du reste de son oeuvre. Le son et l’image prennent ainsi une place essentielle, créant une atmosphère planante. Malheureusement, l’esthétique de l’époque a bien vieilli et certains choix de costumes et de décors, par leur côté kitsch, rendent l’ensemble too much. Enfin, si Lynch a pris le parti d’une adaptation relativement taiseuse dans les échanges entre les personnages, il a paradoxalement saturé son film de voix off afin de permettre au spectateur d’accéder aux pensées de Paul Atréides, ce qui rajoute encore à cette sensation de trop plein.

Que reste-t-il alors à ce Dune ? Le fait d’être la première adaptation aboutie de l’oeuvre fleuve d’Herbert, et ça n’est pas rien. Le regard de David Lynch et son cinéma avant-gardiste que l’on peut difficilement lui nier. Et la révélation d’un jeune acteur : Kyle MacLachlan, que j’adore revoir régulièrement dans Showgirls de Paul Verhoeven.

Dune, réalisé par David Lynch. Avec Kyle MacLachlan, Francesca Annis, Kenneth McMillan, Jürgen Prochnow, Patrick Stewart, Sing, Max von Sydow, Sean Young, Alicia Witt, … Sorti sur nos écrans le 6 février 1985.


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