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La BD du jour : Tout sauf l’amour de Toldac/Makyo/Bihel

L’amour peut-il naitre en plein désert, là où tout espoir semble perdu, là où la mort guette tel un charognard ? Le désert c’est celui de Nina, qui efface progressivement de sa vie l’idée de bonheur et de plaisir. Traumatisme d’enfant soigné négligemment à coup de chèques bien juteux qui réjouissent les praticiens mais se révèlent totalement inefficaces sur le patient qui a depuis longtemps coupé le lien avec le réel. Une histoire d’amour peut-elle encore tout sauver ?

TSA  

TOUTA l’heure des speed dating et des réseaux de rencontres en ligne, à l’heure où notre société se trouve placée sur orbite au point d’afficher son manque cruel de temps pour répondre aux nouveaux besoins qui, hier encore futiles, deviennent aujourd’hui incontournables, l’amour possède-t-il encore un sens ? Les sentiments qui nous affleurent et se répandent lentement en nous pour changer celui ou celle que nous sommes peuvent-ils encore avoir une valeur qui, à défaut d’être palpable, permettrait d’affirmer notre emprise sur la vie ? Pouvons-nous confier notre capacité de jugement, voire jusqu’à notre âme, à des bases de données d’ordinateurs fonctionnant à des vitesses stratosphériques pour croiser des milliers, des millions, des trillions de données ?  L’amour mérite-t-il d’être bradé pour devenir un objet de consommation de masse qui s’achèterait dans les rayons de nos supermarchés à côté des boites de lessives ou des étals de légumes frais ? Tout sauf l’amour aurait pu se construire sur ces questionnements légitimes mais l’histoire qui nous occupe va bien au-delà.

Nina est une jeune femme qui semble s’être résignée à toute joie et tout plaisir dans la vie. Son père, riche assureur, désespère de lui trouver un homme : On a déjà tout essayé pour elle : Treize psychanalystes et psychothérapeutes, quatre comportementalistes, deux hypnotiseurs, méthode Erikson, des séances de rêve éveillé et un stage sur la guérison des blessures intérieures… Les voyages, les cures, le sport… Enfin Tout ! Sans résultat : Tout… Sauf l’amour. José Alcano de son côté commence à avoir un brin de notoriété en tant que marieur. Neurologue, il a fondé le concept des Rencontres du 21ème siècle. En croisant des données et en mesurant l’impact émotionnel d’un premier contact par visiophone, sa structure mesure les atomes crochus d’un couple potentiel et, lorsque les courbes s’envolent, le mariage n’est jamais loin. Mais les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés et la vie sentimentale de José ressemble à un véritable gouffre. Les jeunes femmes se succèdent sans que l’une ne reste plus longtemps que l’autre… Expert en émotions dans un monde où l’affect reste encore et heureusement autre chose qu’une donnée ou une équation couchée sur papier, José sera approché par le père de Nina pour « réveiller » sa fille. Mais que faire pour quelqu’un qui revendique froidement que l’idée du bonheur l’insupporte ? Quelqu’un qui a gommé de sa vie toute trace ou potentialité de bonheur ? Anhédonique, fuyant l’idée du plaisir, la jeune femme s’inflige volontairement des souffrances psychiques qui ne peuvent lui permettre de refaire surface. Plus le temps passe, plus la sortie du tunnel semble difficile. José va pourtant, contraint puis conquis, essayé d’inverser le sens de la vie de Nina et par là-même de sa propre vie.

Avec cette histoire d’amour damasquinée d’un modernisme parfois caricatural, Toldac et Makyo malmènent les sentiments profonds de chacun de nous pour nous interpeller sur le sens de la passion et de l’ardeur manifeste que l’on peut éprouver pour un double affectif. L’amour ne durerait pour José que trois ans. Passé cette limite, nos hormones ne pourraient plus mathématiquement se mobiliser pour l’être cher. Triste réalité ou moyen de fuir l’idée de l’échec ? Le dessin de Frédéric Bihel offre un support de choix à cette histoire qui défie le temps. Le trait gracieux magnifié par des couleurs bien senties, en adéquation avec le propos, laisse le temps au lecteur de s’immerger dans un récit sensible et fort qui nous laisse encore croire aux possibles de l’amour qui, s’il peut parfois se révéler être un véritable tsunami émotionnel, peut aussi permettre les reconstructions. Un album dont la chimie opère bien après sa lecture… 

Toldac/Makyo/Bihel – Tout sauf l’amour – Futuropolis – 2013 – 18,50 euros


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