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Le Coin du Polar : Le Tueur de Martina Cole

Je vous avais parlé ici, il y a deux semaines, de ce livre de Martina Cole, la reine du polar Bristish, publié en 2010 en France ( en 1993 dans le reste du monde). Il avait récolté à sa sortie de bonnes critiques et  rencontré un vif succès. Pour avoir lu quelques uns de ces ouvrages (dont l’histoire est généralement située dans l’east end londonien et le monde criminel) je m’attendais à un livre de bonne facture, violent et assez cru, pas un chef d’œuvre mais un livre efficace de tueur en série. Force est de constater qu’à l’image de Martina Cole avec ce livre, je me suis gravement planté…

 L’histoire :

A Grantley, dans la banlieue de Londres, George Markham est un petit comptable terne, discret, insignifiant, méprisé par sa femme. La nuit, il devient l’Eventreur de Grantley, assassinant et violant des femmes.
Kate Burrows est l’inspecteur qui enquête sur les meurtres de l’éventreur, et elle ne possède pas l’ombre du début d’une piste solide. Elle jongle entre un métier difficile et l’éducation de sa fille, qu’elle élève avec sa propre mère, le père étant absent.
Patrick Kelly est le père de l’une des victimes de l’éventreur. Il est aussi un des parrains les plus redoutés de Londres, un gangster légendaire avec beaucoup de relations.
Kate et Patrick entament une liaison risquée, alors qu’à la tête des forces de la loi et de la pègre, ils tentent tous les deux de mettre fin aux agissements de l’Eventreur.

 Une mauvaise série B

Si ce livre était un film je le qualifierais de mauvaise série B, et j’insiste sur l’adjectif mauvaise (certaines séries B étant très respectables).
Il en présente d’ailleurs tous les ingrédients : une intrigue grossière, des personnages caricaturaux, de la violence, du sexe, de la vulgarité…

Commençons par l’intrigue. On apprend dès le début l’identité du tueur, procédé somme toute assez courant dans le roman policier et qui n’est pas forcément un frein à la mise en place d’une histoire solide. L’enquête policière en elle même est classique, elle n’a vraiment rien d’extraordinaire mais on a déjà lu pire.

En revanche, certaines critiques évoquaient une remarquable plongée dans l’esprit d’un tueur en série, et de ce côté là, la déception est au rendez-vous.
Le portrait de l’éventreur manque de finesse, de subtilité, Martina Cole se contentant d’effleurer la psychologie du tueur.
Alors que d’autres livres (on pense à l’excellent Un Tueur sur la route de James Ellroy) vont très loin dans l’analyse des causes et mécanismes psychologiques pouvant emmener un homme à basculer dans l’horreur, on reste avec celui ci sur notre faim. Le portrait de l’éventreur est simpliste, le tueur a été abusé et maltraité par sa mère durant son enfance donc il hait toutes les femmes, point final, et il va leur faire payer à toutes, parce qu’il est vraiment très très méchant et en colère…

Mais ce qui est triste dans ce livre c’est que le personnage de l’Eventreur, aussi caricatural soit-il, est particulièrement réussi comparé aux deux autres personnages principaux.
L’inspecteur Kate Burrows est une caricature de mère courage, de femme active luttant contre le machisme omniprésent en vigueur dans la police, se sacrifiant pour son enfant et son métier, oubliant qu’au fond d’elle son cœur de femme ne demande qu’a être cueilli par un grand ténébreux romantique…
Lequel ténébreux est personnifié par Patrick Kelly, le gangster au grand cœur, qui fait ce métier car la vie ne lui a pas laissé le choix, mais qui contre toute attente succombe aux charmes de la belle Kate, alors même que la tragédie le touche…
Si vous pensez que j’exagère, lisez le livre (ce que je suis quand même obligé de vous déconseiller de faire pour des raisons de déontologie)…
Vous l’aurez compris, l’histoire d’amour entre ces deux personnages constitue LE gros ratage de ce livre, qui pourtant les cumule. Cette histoire d’amour frise le ridicule, oscillant entre l’amourette sirupeuse pour ménagères de plus de cinquante ans en manque d’émotions fortes et le porno chic.

Oui vous avez bien lu : le porno chic. Ce qui me permet, avant de revenir sur ce point, d’ouvrir une petite parenthèse sur le style de Martina Cole. Comme je l’écrivais plus haut, ceux qui ont déjà lus Martina Cole savent qu’une description détaillée de la violence ainsi qu’une certaine crudité font partie intégrante de son style d’écriture, ce qui la distingue d’autres auteurs britanniques à la plume plus « policée ».
Certaines scènes violentes de ce livre sont effectivement très descriptives, mais cela est inhérent au roman policier et particulièrement aux histoires de tueurs en série, ce n’est donc ni une surprise, ni particulièrement choquant. Le « réalisme » et la crudité de certains dialogues sont également des éléments auxquels le lecteur assidu de polars est habitué.

Mais pour revenir au terme employé plus haut, là où le bât blesse, c’est que, quand Martina Cole ne nous dépeint pas des scènes romantiques dignes des Feux de l’amour, elle sombre donc dans le porno chic , avec moult descriptions de l’anatomie des deux héros, et de ce qui se passe dans leur chambre à coucher.
Pas de quoi choquer le lecteur adulte qui n’est pas un sympathisant de Christine Boutin, mais de quoi rester totalement interloqué. On peut à juste titre, en ouvrant un livre qui s’appelle Le tueur, s’attendre à une histoire de tueur, et non pas à un porno chic, voire à un cours d’éducation sexuelle pour jeune puceau boutonneux.
Ajoutez à cela l’utilisation d’un langage quelque peu passé de mode depuis plusieurs décennies (une mauvaise traduction peut être ?). Je n’avais par exemple personnellement pas lu ou même entendu depuis plusieurs années des phrases du type : «Cette nénette avait vraiment de beaux roberts… ».
Et puisque je vous parlais de vulgarité allons y franchement avec ce passage extrait du livre, qui je l’espère vous fera définitivement passer l’envie de le lire.
Il s’agit d’une scène entre les deux héros :
« – Je connais un petit jeu qui pourrait te plaire, et te distraire un brin.
  – Et c’est quoi ?
  – On appelle ça Camions et garages. T’y as jamais joué ?
  – Non, je ne crois pas.
  – Bon, tu vois ça ?
Il lui posa la main sur son sexe en érection.
  – Bon, ça c’est mon camion, d’accord ? Et il faut que je trouve un endroit ou je pourrais le garer. Tu vois où je veux en venir ?
Elle hurla de rire.
  – Oh Patrick, j’avais tellement besoin de toi, ce soir. Si tu savais ! »

Oui je sais…Qu’est ce que je vous disais…

 

Si jamais après avoir lu cet article l’idée d’acheter ce livre ne faisait même que vous effleurer l’esprit, je n’aurais, ayant moi même été victime de ce Tueur, qu’une seule chose à vous dire : Fuyez, pauvres fous !


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