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Feu! Chatterton enflamme la scène du 6Mic à Aix-en-Provence

Partout où il passe, le groupe français le plus inspiré de ces dernières années laisse le public ravi et extatique. Sa recette ? Énergie rock, sonorités électro et lyrisme débridé, servis par des musiciens de haut-vol. MaXoE a assisté à son concert d’Aix-en-Provence.

 

Le 6Mic, nouvelle salle de concert aixoise signée par les architectes Jean-Michel Battesti et Rudy Ricciotti, affirmait, à l’occasion de la venue de Feu! Chatterton le 3 mars dernier, sa vocation de temple musical : ce soir-là, les 2000 spectateurs venus communier se distinguaient en effet par leur caractère étonnamment éclectique, un fait suffisamment rare pour être signalé. Étudiants, quadras, quinquas, retraités, jeunes cadres dynamiques, hippies et autres rastas affichaient en effet un même enthousiasme pour la formation parisienne déjà couronnée de plusieurs disques d’or.

Force est donc de constater qu’en un peu plus d’une décennie d’existence et trois albums marquants, le groupe fondé par ces copains du lycée Louis-Le-Grand, aujourd’hui trentenaires, a su séduire un large spectre d’amateurs de musique. Son secret : des compositions aux influences hybrides (Gainsbourg, Brel, Ferré, Brassens, Led Zeppelin, Radiohead, Television, etc.) en symbiose avec des textes mêlant poésie, humour et gravité, restituées live avec une énergie communicative agrémentée de douce folie.

Chacun put s’en rendre compte dès le titre d’ouverture, ce Compagnon emprunté à Jacques Prévert. Virevoltant et habité, sanglé dans un costume rétro et une cravate pétante signant son côté dandy, le chanteur Arthur Teboul, authentique bête de scène, enflammait d’emblée l’assistance, transportée par ses envolées tantôt puissantes, tantôt délicates, et happée par la musique. Celle de Feu!, déjà brillante sur disque, étincelle sur scène grâce au talent de ses artisans, qui s’ingénient à livrer des versions bien différentes des prises studio.

Signalons au premier chef une section rythmique en béton armé, capable de douceur comme de violence. Aux fûts, Raphaël de Pressigny, par ailleurs clarinettiste, s’affirme comme un styliste pêchu, capable de passer d’un shuffle jazzy à des tempos zeppeliniens en passant par des rythmiques sous perfusion électro aussi saccadées qu’hallucinées. À ses côtés, l’inventif Antoine Wilson oscille entre des notes endiablées et des lignes de basse virtuoses évoquant parfois le meilleur de Serge Gainsbourg, non sans plaquer, au gré des titres, des accords de clavier attestant d’une polyvalence instrumentale qui constitue l’une des marques de fabrique de cette bande de potes. Sur ces fondations inébranlables, les guitaristes et claviéristes Sébastien Wolf et Clément Doumic, tout aussi possédés, brodent des mélodies aériennes, étendent des nappes sonores et offrent à leur chanteur l’écrin idéal à des textes ô combien littéraires.

Ci-dessous et pour vous mettre dans l’ambiance, des extraits du concert de Feu! Chatterton au 6MIC proposés par Oskar KROC.

 

Mâtiné d’influences rock sixties, Ophélie impose son tempo enlevé avant, dixit Arthur, « un départ pour la mer », en l’occurrence leur magistral Côte concorde, reconstitution poétique d’un naufrage qui prend sur scène des allures de tragédie. Prenant vie dans un décor sobre et grâce aux jeux de lumière, le voyage continue grâce à cette Mort dans la pinède, ode aux émois post-ados, forcément incendiaires, tandis qu’Écran total et Cristaux liquides, tirés du dernier album Palais d’Argile, met en musique les aléas d’un monde numérisé : hasard ou non, rares étaient ceux qui, dans le public, brandissaient leur smartphone pour capter l’instant.  Entre morceaux intimistes et hymnes énervés, la suite, piochant dans un répertoire conséquent, chauffe la salle à blanc : les morceaux ultra-dansants que sont Boeing et La Malinche ébranlent les fondations du 6Mic, jusqu’au paroxysme atteint par le tube Monde nouveau, repris en chœur par la foule, avant les flashes psychédéliques de Libre étirés dans une improvisation brûlante.

 

« Comme tout le monde, on est un peu perdus, on essaie de l’exprimer avec nos outils de musiciens pour faire quelque chose d’apaisé, de généreux », nous confiait Arthur dans le petit studio de répétition du groupe, il y a un an presque jour pour jour, alors que la France était confinée. Or, « Généreux » est précisément le mot qui résume à merveille les concerts du quintette. Fidèle à ses standards, Feu! Chatterton a donc livré un set de près de deux heures, rappel inclus, qui imprimait un sourire sur les visages des spectateurs, dont la joie n’était plus masquée grâce à l’allègement des contraintes sanitaires. « Ça nous manque ! », précisaient à l’unisson Arthur et Sébastien l’année dernière, privés de scène et contraints avec leurs compères de patienter en livrant des prestations sur Instagram. La tournée marathon de Feu! Chatterton donne à ces musiciens hors-pair comme à leur large public l’occasion de goûter de la plus belle des façons à une liberté retrouvée, « là où enfin tout baigne », fût-ce dans une période trouble…

 

Album : Palais d’argile, Caroline Record, 19 €
Les dates de la tournée : http://feuchatterton.fr/concerts/


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