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#MaXoE25ans : Seb en 1995, avant l’Aventure MaXoE

Que retenir de cette année 1995 ? Au moment des premiers balbutiements de MaXoE, je perdais coup sur coup mes deux aïeuls. L’un avait fait la guerre d’Espagne en lutte contre Franco et avait échappé, de peu, aux camps allemands. Puis, et alors qu’il aurait pu aspirer à un peu de calme, une fois sa famille recomposée après la Retirada, il s’était engagé dans le maquis pour « gagner » son droit à rester sur le sol français et pour lutter, encore et toujours, contre le fascisme. Le second était l’ami de Léon Blum, qui passait régulièrement manger « à la maison » en parlant de la dureté à faire avancer la cause sociale dans un pays encore sclérosé par l’attachement à des valeurs d’un autre temps. Les deux destins furent plus que symboliques pour moi.

Mais mon année 1995 ne se résume pas qu’à ces seuls tristes événements. 1995 fût aussi celle de la fin de mes études d’archéologie, avec l’assurance que le plus dur restait à venir. Une année durant laquelle, étudiant dopé au cinéma, je découvrais des monstres classiques dont Chris Marker et sa Jetée juste avant de me caler dans un fauteuil rembourré pour découvrir L’armée des 12 singes. Un film qui posait pas mal de questions à l’étudiant bourré de certitudes que j’étais alors. Un avenir qui n’apparaissait pas si réjouissant et qui devait, en tout cas, m’apprendre à devenir méfiant dans tout un tas d’évidences politiques et de choix de société.

Au cinéma je découvrais aussi, le Dead Man de Jim Jarmusch un film hors du temps emporté par une musique envoûtante de Neil Young dont j’allais par la suite dévorer la discographie, tout comme je revenais aux premiers films de Jarmusch et cet étonnant Permanent vacation qui produisit chez moi cette envie de découvrir New York et le jazz libre ou free jazz, une musique sans conformisme loin des rengaines du bop ou du hard bop qui ne font plus plaisir qu’à ceux qui le jouent. Ce free jazz qui allait ensuite devenir un ami très proche durant une longue route de plus de 10 ans.

Toujours au cinéma je découvrais une autre facette de New York dans Smoke de Wayne Wang et Paul Auster. Ce film n’a rien d’un petit long-métrage par l’impact qu’il a eu sur moi. Il me démontrait au moins une chose, qu’il fallait souvent s’attacher à la périphérie plutôt qu’au centre, qu’il fallait aussi dégager du temps à observer le monde plutôt que de le subir.

Dans le film « Auggie » Wren, le personnage joué par Harvey Keitel, prend tous les jours une photo à partir de la façade de son immeuble au coin de la troisième rue et de la septième avenue. Pas n’importe quelle photo, toujours la même, avec le même angle de vue, prise chaque jour à la même heure. L’ami à qui il montre ses nombreux albums lui demande pourquoi il prend ces photos puisque ce sont toutes les mêmes ? Il lui répond simplement de bien les regarder car « The’re all the same but each one is different ». Cela allait durement marquer l’homme en construction que j’étais tout comme, là aussi, la musique du film avait son importance, et en particulier cet ovni signé Tom Waits  (Innocent when you dream) dont j’avoue honteusement que j’ignorais l’existence même du musicien à la date de sortie du film. Et puis ce final qui transporte haut par les images d’un noël pas comme les autres entre une grand-mère et Auggie venu retrouver le gamin qui lui avait volé, dans sa boutique, quelques revues et qui dans sa fuite avait laissé tomber son portefeuille. Je vous laisse la scène du film (désolé pour la qualité de l’image, mais je suis sûr que vous irez revoir le film !).

Smoke me renvoyait donc à Tom Waits que j’écoutais quasiment en boucle alors que je me lançais laborieusement dans mon mémoire de maîtrise. Premier achat en 1995 d’un album du crooner à la voix imbibée de whisky, The Black Rider avec l’immense William S. Burroughs en invité. Smoke devait non seulement m’inviter à lire l’intégralité des œuvres publiées de Paul Auster, dévorées lors d’un service militaire de 10 mois débuté un an plus tard en octobre 1996, mais aussi celles de William S. Burroughs avec, comme entrée en matière, Les lettres du Yage.

Côté ciné, d’autres claques seront prises en cette année 1995 je les cites en vrac pour ne pas être trop long, mais Kids de Larry Clark, Land and Freedom de Ken Loach, La dernière marche de Tim Robbins, le Underground d’Emir Kusturica ou le monumental Regard d’Ulysse de Théo Angelopoulos devaient avoir plus qu’un impact sur le jeune homme que j’étais.

L’année 1995 a donc été ciné, musique et littérature mais elle a aussi marqué mon intérêt renouvelé pour la bande dessinée. Deux claques (encore !) graphiques prises alors que je déambulais dans la très belle librairie toulousaine Ombres Blanches. Rayon BD, donc, quelques albums classés par auteur et mon regard capté par une couverture étrange et sombre sur laquelle on découvre des soldats dont le visage est celui de squelettes. Perramus d’Alberto Breccia. J’aurais pu commencer plus mal pour mon entrée « adulte » dans l’univers du neuvième art. Dans cette charge contre le régime des militaires en Argentine, le maître du noir et blanc raconte le destin d’un homme qui a trahi les siens et qui va tenter d’oublier. Le texte d’ouverture du dessinateur et de son scénariste Juan Sasturain prend aux tripes dès le début : « Accablé par la peur et le poids intolérable de sa lâcheté, un homme demandera l’oubli et sera exaucé. Quand il se réveillera, nu dans un lit inconnu, aux côtés d’une femme qui aura dévoré son passé comme la femelle avale le placenta de sa portée, il sera un autre, ou plutôt il ne sera personne. ». L’album capte dès les premières planches jusqu’à une fin, trois livres plus loin (je découvrais alors l’édition Glénat de 1986 dans sa seconde édition de 1991). Juste à côté sur la table en bois de la librairie, un album lui aussi étrange et qui attire mon attention, Adam Sarlech de Frédéric Bézian. On reste avec cet album dans une œuvre majeure du neuvième art, avec ce qu’il faut de mystique et d’accent gothique. Décidé je prends en mains les deux albums et me dirige vers la caisse. J’aurais pu débuter plus mal en BD.

Et puis pour finir, un dernier film (encore), L’Antre de la folie de John Carpenter. Le maître de l’horreur m’accompagne depuis quelques années déjà à ce moment-là et ce film synthétise peut-être ce qu’il y a de plus fort dans son œuvre. Une réflexion sur l’homme, la folie, et cette plongée dans l’univers des auteurs Stephen King et Howard Phillips Lovecraft qui allait là aussi me faire me plonger dans l’œuvre du second.

Une année charnière que 1995 pour moi qui était, alors, bien loin de MaXoE, mais une année qui assurément aura été l’une des plus importantes pour celui que j’étais et allais devenir. Avec cet accent porté à quelques arts majeurs…


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