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4 cases en plus : Robny le Vagabond, l’interview de Joan Boix

Depuis le tas de ferraille qui trône à l’entrée de cette casse l’homme recru, accompagné de deux chiens pas forcément en meilleure forme, surveille les alentours. Job ingrat s’il en est que de veiller à la sécurité d’un lieu qui lui-même cache des trafics pas forcément beaux à voir. De ces épaves amoncelées se lit toute la désolation d’une époque où l’homme exprime, comme jamais auparavant, sa capacité à détruire ce qu’il possède, à consommer et à jeter les mouchoirs devenus trop étroits et trop fragiles. Robny ne juge pas. Il observe les hommes, leur manière de se mouvoir dans une société qui a changé radicalement ses codes, et il goute ainsi, et d’autant mieux, au plaisir de sa liberté…

ROBNY UneJoan Boix reste encore une curiosité en France. Une curiosité que vient lever en partie les éditions Mosquito en décidant de publier, quarante ans après leur publication, la première série du dessinateur catalan en tant qu’auteur complet. Nous revenons ici sur l’origine de Robny, sur le style graphique assez saisissant qui donne à voir des pages sombres particulièrement immersive. Nous abordons aussi la thématique développée dans cette série, cette longue critique de la société contemporaine (notons qu’à leur réalisation l’Espagne venait tout juste de se libérer du long joug de Franco), qui reste encore et finalement pas si surprenante que cela et terriblement d’actualité. Nous vous laissons en compagnie d’un auteur qu’il devenait essentiel de « découvrir » en France…


Robny 3Comment est née l’idée de créer Robny, un personnage atypique dans le milieu de la BD ?
L’idée de ce personnage m’est venue à la suite du décès accidentel d’un de mes fils qui avait un peu plus de trois ans à l’époque. A partir de cet évènement douloureux ma vie familiale a commencé à vaciller. C’est à ce moment-là que j’ai pensé écrire quelque chose autour du personnage de Robny, le Vagabond.

Penses-tu que le fait que Robny soit un anti-héros au passé lourd rende le personnage plus humain ? Peux-tu nous le présenter et nous dire quelques mots sur son histoire personnelle que tu évoques dans une des histoires de cet album ?
Je pense que la vie est un livre ouvert qui voit s’écouler les années et te change en quelqu’un de bien ou de mal.  Dans le cas de Robny qui est un homme honnête et bon, la maturité et l’expérience lui ont permis d’être encore meilleur. A l’origine il était un écrivain raté qui n’avait jamais été publié. Pourtant, un jour, grâce à l’intervention de sa femme auprès d’un oncle, ses œuvres ont commencé à sortir des presses. Mais cela ne dura pas et son éditeur décidait peu après de rompre son contrat. Robny était revenu au point de départ, devant repartir à la recherche d’un nouvel éditeur. Un jour il surprend sa femme qui fricote avec un homme d’influence et décide de tout plaquer malgré son niveau social élevé pour devenir simple vagabond et partir à la recherche d’une liberté que je qualifierais de spirituelle. A partir de là il a commencé à errer, errer, sans destination précise… N’importe quel lieu, n’importe quel coin lui convenait…

Comment est venue l’idée de travailler sur des histoires courtes et que te permettaient-elles narrativement ?
Ça faisait un petit moment que je voulais créer mon propre personnage et faire une pause dans mon travail de scénariste que je réalisais pour d’autres auteurs. En 1975 j’avais conçu une grande partie de la série et terminé le script du premier épisode de ROBNY. C’est cette même année qu’est mort Franco, et je ne pense pas qu’il était opportun, par rapport à la censure, de sortir mes histoires tant que l’Espagne n’était pas redevenue une « démocratie ». J’ai donc attendu un an de plus pour sortir la série en 1976. Raconter une histoire, en concevoir le découpage, la dessiner est pour moi un vrai plaisir de l’âme.

Robny 2Tu révèles la personnalité et le passé de Robny par petites touches. Était-il essentiel pour toi de conserver un maximum le secret de sa vie passée ?
C’est vraiment ce que je souhaitais. Pour moi cela permettait de capter l’attention du lecteur comme dans les récits d’aventures ou dans les polars, qui maintiennent en haleine le lecteur jusqu’à la fin de l’histoire.

Robny n’est pas un vagabond ordinaire. Il porte aussi un regard sur la société qui l’entoure, sur les maux de notre société actuelle. Robny est-il en un sens un philosophe au regard acéré comme le présente votre éditeur français ?
Robny est anticonformiste. Il déteste la politique et ses abus, la corruption, le mensonge et l’hypocrisie. Il ne faut pas oublier que les valeurs de Robny sont multiples : il est simple, humble, intelligent, honnête, il ne revendique aucune ambition personnelle… Par le biais du personnage de Robny j’ai souhaité interpellé le lecteur, le pousser à réfléchir sur notre société. Chaque histoire porte ainsi un message fort.

Robny 4Peux-tu nous dire quelques mots sur la technique de dessin employée sur cette série et notamment sur ton encrage qui accentue le côté sombre, crépusculaire du récit ?
Je venais de terminer des histoires de terreur et j’ai voulu jouer sur les clairs-obscurs, les grattages, les estampages, les crayons de cire… Comme Robny erre en général dans des ambiances sordides, j’ai souhaité utiliser les mêmes techniques pour une meilleure dramaturgie et en même temps j’ai étudié en profondeur la composition de chaque planche pour quelle ait un vrai impact visuel.

L’ambiance que tu souhaitais placer dans le récit est-elle un des aspects essentiels de cette série ?
Sans aucun doute. Je me suis sincèrement efforcé à faire de l’ambiance un des aspects fort de la série.

Y a-t-il beaucoup de toi-même dans ce personnage, dans sa façon de voir le monde ?
Si l’on considère l’histoire courte de la fin du livre « Approche d’une réalité », il est bien évident que Robny et moi-même sommes la même personne. Il est en quelque sorte mon alter ego.

Robny est né sous ton trait et ta plume en 1976. Lorsqu’on regarde ce héros aujourd’hui on ne peut s’empêcher de penser qu’il reste totalement d’actualité et que les récits sont toujours aussi forts. Arrives-tu à l’expliquer ? Cela tient-il à l’intemporalité du dessin en noir et blanc ?Robny 5
Robny est un classique. Son histoire de protestation sociale et politique restera toujours en vigueur. D’autant plus à notre époque où nous sommes plongés dans une ère de corruption de la part de ceux qui nous dirigent et nous gouvernent. Pour cette raison effectivement les aventures de Robny seront toujours intemporelles, le reflet d’un certain présent. En ce qui concerne le blanc et noir, je le préfère à la couleur, et je pense qu’il aura toujours les faveurs du lecteur, de même que nous nous intéresserons toujours aux grands classiques de la bande dessinée américaine pour leur grande valeur artistique.

Si ton travail et ton dessin est connu des spécialistes de BD comment expliques-tu le fait que tu n’es pas été édité encore en France et quel regard portes-tu sur la BD en France ?
Peut-être que je n’ai pas proposé mes travaux au bon éditeur à l’époque. Pour ce qui est de mon regard sur la BD Franco-belge je trouve qu’il y a beaucoup de qualité et de diversité et d’excellents auteurs français ou belge dont j’admire le travail.

Peut-on revoir Robny dans de nouvelles aventures en France ?
Je ne le crois pas, mais comme le dit le film, « Il ne faut jamais dire jamais » !

Traduit avec l’aide de maria Bores


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