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A la découverte de la Terre de Jules Verne

Jules Verne a fasciné bien des générations par le récit d’aventures fabuleuses menées en territoires vierges de toute incursion occidentale. Dans Cinq semaine en ballon, il fait traverser à ses héros des zones africaines encore inexplorées, dans Les Aventures du capitaine Hatteras, c’est le pôle nord qui est exploré. La plupart des récits de Jules Verne sont teintés par l’esprit du voyage et des explorations. Les trois ouvrages qu’il propose alors entre 1870 et 1880, Les premiers explorateurs, Les navigateurs du XVIIIème siècle et Les voyageurs du XIXème siècle, n’en deviennent que plus précieux dans la compréhension de l’œuvre du conteur…

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Jules Verne fut peut-être un voyageur frustré. La légende raconte que, alors qu’il n’a que onze ans, il essaye de se faire engager comme mousse sur un navire partant pour les Indes afin de ramener un collier de corail pour sa cousine dont il était amoureux. Son père le récupère au dernier moment nous permettant sûrement de découvrir quelques années plus tard l’écrivain que nous connaissons tous. Mais si le jeune Jules Verne devait revoir ses ambitions d’ailleurs et de découvertes, sa littérature sera marquée par le sceau du voyage, de l’exploration et de l’aventure. Il devient en 1865 membre de la Société de géographie et ses écrits resteront empreints jusqu’à sa mort en 1905 par la nouvelle géographie du monde qu’il découvre au fur et à mesure que certains téméraires se risquent en Afrique, en Océanie ou dans les immensités glacées des pôles. Soucieux d’exactitude, versé en sciences, l’auteur avait une imagination débordante qui lui permettait de donner à lire des récits mêlant tout cela à la fois pour le plaisir des adolescents et des adultes épris d’aventure au grand large.

Redécouvrir aujourd’hui une réédition de ses trois ouvrages – publiés à l’origine en quatre volumes – Les premiers explorateurs, Les navigateurs du XVIIIème siècle et Les voyageurs du XIXème siècle n’étonnera personne. Et pourtant ces écrits qui germaient dans l’esprit du grand conteur des Aventures du capitaine Hatteras, des Enfants du capitaine Grant, de Michel Strogoff, des Tribulations d’un chinois en Chine ou bien encore et bien sûr de Cinq semaines en ballon, ne marquèrent pas l’histoire littéraire, peut-être en raison de l’absence de portée romanesque. En grand amateur des sciences Jules Verne était adepte de l’exactitude et même si ces récits furent parfois considérés comme en avance sur leur époque, cela est du essentiellement à la grande érudition de leur auteur, curieux, attentif à la nouveauté et à la portée des dernières découvertes scientifiques.

Les trois volumes que nous proposent les éditions Géo portent tout à la fois la marque du conteur et du scientifique, et en cela réside leur attrait majeur, car l’un ne va pas sans l’autre, nous le savions déjà avant de lire ces contributions. Leur édition luxueuse, couvertures rigides, textes augmentés de gravures d’époque, attention portée à la mise en page, permettent de parcourir de nouveau ces textes essentiels. L’auteur décompose en trois volets cette grande œuvre de la Découverte de la Terre. Dans les premiers explorateurs il développe la présentation des voyages de Marco Polo, d’Ibn Batuta, de Christophe Colomb, de Magellan, de Cortès, de Vasco de Gama, peut-être ceux qui sont restés comme les plus connus de nous. Sa prose reste teintée de cet émerveillement devant l’exploit humain. Lorsqu’il évoque la découverte par Magellan du détroit qui porte son nom, le conteur reprend le dessus :

Après une navigation de vingt-deux jours à travers cette succession de goulets et de bras de mer, large tantôt d’une lieu, tantôt de quatre, qui s’étend sur une longueur de quatre cent quarante milles et qui a reçu le nom de détroit de Magellan, la flotte déboucha sur une mer immense et profonde. La joie fut générale, lorsque enfin on vit atteint le but de tant et de si longs efforts. Désormais la route était ouverte, et les prévisions si habilles de Magellan s’étaient réalisées.

Pour autant ce premier volume n’aborde pas uniquement les voyages majeurs – ceux qui sont restés dans la mémoire collective – Verne y décortique ainsi les expéditions antiques ou celles de Jacques Cartier, Jean et Sébastien Cabot, Drake, De Noort et d’autres encore. En conclusion de ce volume Jules Verne s’enthousiasme sur les avancées pour la géographie et la science dans son ensemble de ces voyages fabuleux :

La géographie était sur le point de se transformer. Les grandes découvertes, faites en astronomie, allaient être appliquées à la géographie. Les travaux de Fernel et surtout de Picard, sur la mesure d’un degré terrestre entre Paris et Amiens, avaient permis de savoir que le globe n’est pas une sphère, mais un sphéroïde, c’est-à-dire une boule aplatie aux pôles et renflée à l’équateur C’était trouver du même coup la forme et la dimension du monde que nous habitons.

Les navigateurs du XVIIIème siècle débute par un chapitre consacré à l’avancée de la science, répondant ainsi à la conclusion de son volume précédent. Verne aborde ainsi le voyage symbolique de Bougainville qui s’embarqua le premier pour une circumnavigation du monde accompagné d’une véritable équipe scientifique dans la seconde moitié de ce siècle de lumières. La plupart des terres avaient été découvertes et l’attention devait se porter dès lors vers un affinement des connaissances de ces nouveaux territoires. La science devait donc parachever le travail de ceux qui avaient risqué leur vie des siècles auparavant en partant dans l’inconnu. Les outils de navigations tout comme les cartes et planisphères se sont améliorés, apportant une masse de nouvelles connaissances du monde qui nous entoure. Le dernier volet consacré aux voyageurs du XIXème siècle poursuit sur le thème des « petites » découvertes au service de la connaissance du monde. Explorations de zones inconnues en Afrique, Asie ainsi qu’un large volet consacré aux expéditions polaires. Au moment de conclure cette trilogie d’ouvrages, Jules Verne laisse parler son exaltation :

(…) combien peu compte la vie humaine, lorsqu’elle entre en balance avec les progrès de la science ! Qu’il faut de désintéressement, de passion à ces savants, ces marins, ces explorateurs, qui abandonnent tout ce qui fait le bonheur de l’existence, pour contribuer, dans la mesure de leurs forces, aux progrès des connaissances humaines et au développement scientifique et moral de l’humanité ! 

Conteur hors norme, Jules Verne, au travers de cette série d’ouvrages en devient plus humain, il reste un homme à l’écoute de son siècle. Un siècle où les découvertes et les améliorations de la science, des sciences, se sont succédées sans faiblir. L’auteur de Cinq semaines en ballon pouvait boucler la boucle. Les sciences lui ont servis de canevas, de matière pour nourrir ses histoires. Cette série d’ouvrages lui permet de mettre en avant sa passion pour les terres lointaines, lui qui n’a voyagé qu’au travers de sa plume et des récits qui lui sont parvenus de quelques aventuriers des siècles passés ou de sa propre époque…

Jules Verne – Les premiers explorateurs, Les navigateurs du XVIIIème siècle et Les voyageurs du XIXème siècle – Editions Géo – 2011 – 19,95 euros l’un


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