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La BD du jour : Cyparis de Lucas Vallerie (La Boite à bulles)

L’histoire d’une tragédie récente racontée sous forme de roman graphique. C’est ce que nous propose Lucas Vallerie avec Cyparis, l’histoire de l’un des deux survivants de la nuée ardente de la montagne Pelée au début du mois de mai 1902. Basé sur une riche documentation, l’auteur développe une fiction des plus immersives…

Saint-Pierre en Martinique, un beau matin d’avril 1902. Le paquebot Saint-Germain avec ses deux cheminées fumantes mouille à l’approche du port. Des barques bariolées permettent aux voyageurs faisant escale en Martinique de rejoindre la terre. Parmi eux une jeune femme est accueillie par son oncle, un notable de la ville qui entreprend de lui faire visiter les lieux pittoresques des environs, à commencer par le jardin botanique d’une rare luxuriance. Après s’être aventuré vers le théâtre abandonné et la place Bertin, la jeune femme déambule vers l’intérieur de la ville où elle côtoie les autochtones sur le marché en plein air où sont vendus fruits exotiques, épices et aphrodisiaques. Le lendemain l’oncle amène sa nièce sur les pentes de la montagne Pelée qui surplombe la ville. Là, après une longue marche, elle découvre un point de vue magnifique sur les environs mais s’inquiète d’apercevoir des fumerolles à son sommet alors que le volcan est supposé être éteint. Le début de signes avant-coureur de la tragédie à venir…

Un prologue de quatre planches pose le décor de cette histoire tragique. Cyparis est un jobeur, un travailleur qui accepte des petits boulots journaliers qui lui permettent de vivre. Un jeune homme simple et paisible, sauf lorsqu’il a trop bu de rhum. Il se transforme alors en un être brutal prêt à toutes les extrémités. C’est l’une d’elle qui devait l’envoyer derrière les barreaux pour quelques temps en début d’année 1902. Mais ce qui devait sonner pour lui comme une étape pas forcément réjouissante de sa vie se transformera en véritable chance. Tapi au fond d’un cachot, derrière d’épais murs laissant tout juste passer quelques raies de lumière notre homme ne saura rien ou si peu de ce qu’il se passe au dehors lorsque, au matin du 8 mai 1902, une nuée ardente (nuage de gaz brûlant transportant de la matière volcanique à des vitesses ne laissant que peu de chances de fuir) se déverse sur Saint-Pierre de la Martinique. La tragédie de cette éruption volcanique est restée dans l’histoire comme l’une des plus meurtrières. 30 000 habitants de la ville périrent lors de cette éruption, auxquels il faut ajouter les 1 400 victimes de Morne Rouge et des campagnes environnantes quelques jours plus tard. Le récit composé par Lucas Vallerie, son premier, revisite sous la forme d’une fiction documentaire, ce que furent les évènements qui précédèrent la tragédie. Le jeune auteur prend le parti de se placer un mois en avant. Son récit met ainsi en avant  les signes annonciateurs de l’éruption, grondements, odeurs de souffre et d’œufs pourris, secousses sismiques, plantes brûlées le long des pentes de la montagne pelée, abats de cendres… Même si ces signes forts auraient dû engendrer des mesures rapides d’évacuations, ils survinrent durant des élections législatives très tendues durant lesquelles le gouverneur Louis Mouttet se voyait, contre toute attente, mis en ballotage par le conservateur Fernand Clerc. Conjugué avec une méconnaissance des phénomènes volcaniques (la volcanologie n’était pas encore une science), un certain attachement des hommes à leurs terres, et la catastrophe de Saint-Pierre devenait inévitable. Sur le plan formel le parti pris de Lucas Vallerie de suivre les évènements presque heure par heure transporte le lecteur au cœur de la tragédie. L’émotion devient palpable d’autant plus que l’auteur construit son récit au travers des parcours de tout un tas de personnages symbolisant les différentes classes de la société de l’époque, des riches béké, politiques ou propriétaires terriens, en passant par les enseignants, prostituées, journaliers, vendeurs sur les marchés… Au milieu de ces parcours, celui de Cyparis, l’un des deux seuls survivants de la tragédie, est décliné en fil rouge, jusqu’à une fin tout aussi sombre que cette journée du 8 mai 1902. Le dessin possède indéniablement du peps, dopé par une mise en couleurs maitrisée qui donne du relief à cette Martinique jusqu’alors écrin préservé en mer des Caraïbes. Un récit puissant et efficace qui revisite un fait historique retentissant de l’histoire ultramarine.

Lucas Vallerie – Cyparis – La Boîte à bulles


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