Ken Follett – écrivain gallois spécialisé dans les romans historiques et d’espionnages – publiait en 1989 Les Piliers de la Terre, un roman fleuve sur l’Angleterre du XIIe siècle et qui relate l’histoire de la construction d’une cathédrale, celle du prieuré de Kingsbridge, le tout sur fond de guerre civile entre deux prétendants à la couronne. En 2007 paraît Un Monde sans Fin qui fait suite aux événement des Piliers de la Terre, deux ... En savoir plus !
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La BD du jour : Le Fulgur de Bec et Nenadov chez Soleil

Peu d’entre nous connaissent le feuilletoniste Paul de Sémant qui a produit, au début du vingtième siècle, des récits teintés de fantastique et d’aventures lointaines. Le scénariste Christophe Bec s’est confronté au texte et a décidé d’en délivrer une version retravaillée pour le neuvième art. Une sacrée bonne idée au regard de ce premier tome détonant !

1907 au large du Mexique. Le capitaine d’un bateau naviguant sur le canal du Yucatan s’entretient avec un homme qui transporte avec lui une cargaison d’un prix estimé à un milliard d’or pur. Au même moment des éclairs surgissent dans le ciel et la mer s’agite dévoilant le terrible Pot-au-noir avec tous les dangers qui l’accompagnent. Malgré les essais désespérés du capitaine, le bateau sombre avec tout son or. Quelques jours plus tard à l’académie des sciences de Paris le professeur Claudian prend la parole dans l’hémicycle pour présenter le résultat de recherches qu’il mène depuis un certain temps autour d’un nouvel agent radio-électro-magnétique qui serait capable de neutraliser la pesanteur. Conspué, le scientifique essuie tout un lot de sobriquets déplaisant. Faute de moyens et alors qu’il se faisait une raison de ne jamais pouvoir mettre en pratique grandeur nature le fruit de ses recherches, il reçoit un message venu des Etats-Unis d’un mystérieux millionnaire prêt à financer la fin de ses travaux… Il se voit ainsi associé à un groupe d’hommes aux qualités diverses, éminents spécialistes dans leurs domaines pour explorer les abysses dans lesquelles s’est perdu, trois ans plus tôt, le navire chargé d’or. Le début d’une épique aventure…

Christophe Bec n’est pas que l’auteur des séries phares Prométhée ou Carthago, il aime aussi naviguer sur des terrains parfois plus confidentiels voire personnels comme il a pu le faire dans Royal Aubrac ou Les tourbières noires dont les récits prennent cœur dans une région qu’il affectionne. Il nous livre avec Le Fulgur une libre adaptation libre du roman éponyme de Paul de Sémant paru au début du vingtième siècle et très vite tombé dans l’oubli. Le romancier-feuilletoniste aimait à explorer, sans atteindre le talent d’un Jules Verne ou d’un Albert Robida, un fantastique plus ou moins appuyé qui lui permettait de développer son goût pour les récits à suspense sous fond d’aventure. Le charme surannée de ces récits publiés en feuilletons, avec la contrainte que cela suppose, attirent aujourd’hui quelques auteurs de bande dessinée qui remettent au goût du jour l’imaginaire foisonnant de ces auteurs oubliés quand il ne construisent pas leur récit sur les mêmes principes (Alex Alice et sa série Le château dans le ciel – Rue de Sèvres).

Si Christophe Bec a entamé ce travail sur Le Fulgur, c’est d’abord car le récit reprend des thèmes qui lui sont chers, l’aventure, le développement d’une trame en huis-clos, l’exploration des fonds marins, la technologie, le mystère et le fantastique induit ici par les créatures dénichées dans des abysses inexplorées. La construction du récit repose en partie par le traitement des héros typés qui le composent. Des personnages placés dans une situation extraordinaire et qui vont tenter de survivre. Sur le papier, le récit se fait des plus addictifs avec l’inconnu danger qui plane en permanence sur les héros. Le dessin de Dejan Nenadov convient parfaitement au contexte et la richesse du trait permet de conserver cette attache avec le récit original. Divisés en onze chapitres, le récit donne l’envie de lire l’œuvre de Paul de Sémant et démontre, sinon la qualité littéraire des feuilletonistes français des années 1890/1910, leur capacité à concocter des récits picaresques toujours qui permettent de flirter avec un esprit steampunk qui n’a jamais autant été à la mode. A suivre avec grand intérêt !

Bec/Nenadov – Le Fulgur – Soleil – 2017 – 15,50 euros