Nous avons décidé sur MaXoE de vous proposer une série de dossiers sur DC Rebirth. Cet univers a débarqué en librairie et en kiosque, et il est parfois difficile pour les lecteurs de s’y retrouver. C’est une spécialité des comics de super-héros, Marvel arrive très bien aussi à brouiller les pistes pour le commun des mortels.  Un peu d’explications peut-être. L’idée avec Rebirth, c’est de donner un nouveau départ à toutes les séries de ... En savoir plus !
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La BD du jour : Le Règne de Runberg et Boiscommun chez Le Lombard

Récit dans la lignée de La planète des singes, Le Règne interroge notre capacité à prendre conscience des dangers écologiques à venir et notre volonté à tenter de les endiguer, si tant est que le point de non-retour ne soit pas déjà irrémédiablement franchi. Une narration fluide, rehaussée d’un dessin envoûtant, font de ce début de série, bien plus qu’une curiosité, un rendez-vous pris sur le futur…

Dans un futur éloigné, la Terre a perdu presque toute trace du passage de l’homme. Avec un talent redoutable l’espèce supposée la plus évoluée s’est appliqué, au cours des quelques années qui ont précédées le grand chaos, à détruire tout ce qui faisait la beauté de cette belle planète bleue. Des négatifs d’anciens monuments symboliques, tels la Tour Eiffel, jonchent encore ce qui correspond maintenant à d’immenses prairies recouvertes d’une luxuriante végétation. Mais la nature retrouvée, qui a gagné son droit de recouvrir le bitume des villes cache pourtant des problèmes majeurs avec lesquels les nouvelles espèces dominantes, animaux anthropomorphes dotés de parole, doivent lutter constamment.

Le climat déréglé, s’exprime de la plus bestiale des façons au travers de tempêtes destructrices que les espèces en place assimilent à des démons lâchés par les Dieux humains. Dans ce contexte assez peu favorable à l’épanouissement des espèces, une lutte sans merci oppose les survivants du grand chaos. Et pour tout dire ils ne sont pas tendres entre eux. La preuve en est de ce convoi du seigneur Jason, passé presque inaperçu, qui tente de gagner le Shrine, et ses terres plus favorables, mais qui se fait vite prendre à parti par une horde bien décidée à empocher les trésors que contiendraient leurs grasses charrettes, trésors qui seraient un point d’entrée dans le très recherché Shrine. Aidés d’Isaac, le tigre, d’Octavia la guéparde et de Pantacrius le bouc, le seigneur Jason et sa famille parviennent à échapper à la première escarmouche, mais le futur ne semble être qu’un long chemin sinueux aux dangers permanents…

Sylvain Runberg a pensé cette histoire il y a quelques années déjà sans pouvoir la développer, occupé qu’il était par d’autres séries en cours. C’est en voyant le travail d’Olivier Boiscommun, et sa capacité à faire vivre des héros sous la forme d’animaux anthropomorphes qu’il décide de relancer le projet. D’autant plus que les questions écologiques qui se développent dans cette histoire paraissent d’autant plus d’actualité. Dans ce récit post-apocalyptique dans lequel le scénariste laisse planer pas mal de zones d’ombres autour de questions légitimes : Que sont devenus les hommes ? Ont-ils totalement disparus ? Qu’est-ce que le Shrine, cette zone tant convoitée ? Quels est le rapport de force entre les différentes espèces ? Ces questions s’accompagnant d’un suspense permanent qui accompagne les personnages. Pour Sylvain Runberg, la fin de l’homme n’est pas la fin du monde, une ou des nouvelles espèces reprendront le flambeau. Son récit post-apocalytique se veut donc bien plus un récit d’anticipation qu’une déclinaison SF de plus très proche de La planète des singes, dont il reconnait l’importance dans son projet et dont il assume pleinement l’influence. Dans un tel cadre Olivier Boiscommun excelle, par sa capacité à donner chair à des animaux aux gestes humains, par cette poésie qu’il développe dans un environnement pas forcément favorable, par la densité et l’émotion que procure chaque trait de son dessin. Avec ces deux-là aux manettes, le voyage ne peut qu’être bon !

Sylvain Runberg et Olivier Boiscommun – Le Règne – Le Lombard – 2017 – 14,45 euros