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Beau jeu, beaux livres : le rugby en images

Le rugby, de part les scènes d’efforts intenses qu’il génère, les situations de jeu – statiques ou en mouvement – qu’il engendre, possède une attractivité réelle pour tout amateur et encore plus pour le photographe. Inutile de vous dire que de nombreux beaux-livres ont parus sur ce sport collectif aux multiples facettes. La légende du XV de France, de Charles Gaudin et Barbarians rugby club : La légende continue… de Francis Delteral et Gilles Navarro, possèdent tout à la fois cette touche de magie, par la légende qu’ils perpétuent et aussi par les histoires et anecdotes qu’ils révèlent au plus grand nombre. Deux beaux ouvrages à parcourir…


Longue histoire que celle qui réunit la France et ce sport étrange venu d’outre-manche, le rugby. Tout débute en 1872, lorsque des marchands anglais l’importent dans l’hexagone en créant le Havre Athletic Club Rugby. L’équipe de France, elle, voit le jour 34 ans plus tard, en 1906. Elle possède un retard indéniable sur les nations du Commonwealth. D’ailleurs les premiers matches se finissent souvent en véritables désastres pour l’équipe au coq. Sur les 31 premières rencontres disputées, 30 se soldent ainsi par une défaite. Puis vint le grand moment un certain 2 janvier 1911 lorsque l’Ecosse subit la loi française… Le score serré révèle l’intensité du match, 16 à 15 en faveur des bleus. Le début d’une grande aventure !

Avec La légende du XV de France, Charles Gaudin revient aux sources. Un voyage avec les bleus sur près de 105 ans. L’ouvrage est divisé concrètement en trois parties. La première reprend l’histoire proprement dite avec son lot de matches qui s’imposent comme des étapes dans la construction du mythe (Matches de légendes). Ainsi le 27 février 1954 les bleus arrachent la victoire contre les redoutables All Black (3 à 0). Gaudin reprend cette anecdote d’avant match, durant lequel René Crabos, président de la fédération française, déclare, dans les vestiaires des bleus, Si vous gagnez, tant mieux ! si vous perdez, tant pis ! Mais s’il y en a parmi vous qui baisse les bras, il ne sera alors plus digne de jouer en équipe de France. Quatre ans plus tard, en 1958, les bleus franchissent une nouvelle étape en gagnant la tournée en Afrique du Sud. Le tout sera retranscrit par la plume d’un jeune journaliste qui deviendra le porte parole d’une équipe, Denis Lalanne. Dix ans après cet épisode, nouvelle étape : la France gagne brillamment son premier Grand Chelem dans le tournoi des 5 Nations, un véritable exploit construit dans un match tendu au Pays de Galle (victoire 14 à 9). Walter Spanghero se souvient de ce moment : Ce Grand Chelem m’avait d’autant moins marqué qu’à l’époque, nous n’avons pas eu droit à une réception particulière à notre retour. Ni la fédération, ni le Président de Gaulle ne nous avaient accueillis. Nous avons juste fait la bringue entre nous. D’autres matches de légendes complètent cette première partie et participent à l’aura de cette équipe d’hommes solidaires, capables du meilleur comme du pire.

Histoire d’hommes, c’est justement la deuxième partie de l’ouvrage qui présente en deux pages les portraits de ceux qui ont participé à la légende des bleus. Nous retrouvons ainsi le lourdais Jean Prat, le narbonnais Lucien Mias, le montois André Boniface ou encore Jean Gachassin, l’un des plus grands par le talent et le plus petit, par la taille, de toute l’histoire du XV de France, Jean-Pierre Rives, surnommé Casque d’Or par Roger Couderc, le commentateur des bleus durant les années 70, Serge Blanco, Abdelatif Benazzi ou Fabien Pelous, qui détient le record de sélection en bleu (118) et en nombre de capitanats (42)… un moyen de nous replonger dans cette grande histoire au travers des hommes qui l’ont construite. La fin de l’ouvrage de Charles Gaudin est une ouverture sur la coupe du monde 2011 avec les portraits de quelques figures qui perpétueront peut-être la légende : Servat, meilleur talonneur européen, Chabal, Mas ou la colonie de toulousains Dusautoir, Jauzion, Clerc et Poitrenaud. Des raisons d’espérer briller, à défaut de gagner la compétition, en terres australes !

Un ouvrage qui se savoure d’un bout à l’autre en faisant travailler notre mémoire des grands moments qui ont couvert cette histoire d’une équipe au jeu atypique, bête noire des All Blacks à de nombreuses reprises…

Charles Gaudin – La légende du XV de France – Democratic books – 2011 – 29, 95 euros

 

Le BRC, Barbarian Rugby Club est une émanation de l’équipe des Barbarians britanniques créée en 1890. L’idée de départ était de composer une équipe pour partir en tournée à l’intersaison. Le BRC est constitué en 1979 sur la base de l’équipe victorieuse du Grand Chelem de 1977 (le second dans l’histoire de l’équipe de France). Elle est initiée par Jean-Pierre Rives et Jacques Fouroux qui souhaitaient perpétrer, au-delà de l’amitié qui réunissait ses hommes, les valeurs du grand jeu, fait de prises d’initiatives et de risques au service d’un jeu sans cesse débridé. Pour Rives, le BRC est un club de rugby mais un drôle de club. Il n’a ni stade, ni terrain d’entraînement, ni obligation de participer à une compétition régulière, ni joueur sous contrat, ni même la moitié d’un kiné. Et pourtant il est affilié à la FFR et reconnu d’utilité publique…  Francis Delteral et Gilles Navarro nous offrent en proposant Barbarians rugby club : La légende continue… un ouvrage de référence pour les 30 ans de cette formation atypique. Le premier match de cette équipe a lieu le jour de la fête du travail le 1er Mai 1980. Le BRC affronte alors l’équipe d’Ecosse et la première mi-temps de ce match laisse plutôt à désirer (13 à 0 pour les hommes du chardon). La pause est l’occasion pour les Barbarians de remettre la tactique au point, cela payera finalement puisque le résultat s’inversera sous les impacts d’un pack conquérant : le BRC l’emporte au final 26 à 22… la légende est en route.

D’un point de vue comptable le BRC a disputé plus de 40 matches à ce jour et affronté la plupart des équipes phares des deux hémisphères. Cet ouvrage reprend match par match, le contexte de chaque rencontre et le déroulement des affrontements. Certains des épisodes qui ont fait l’histoire de cette équipe débridée sont ainsi retranscrits avec émotion, comme ce match joué contre le Japon un certain 22 octobre 1985 et qui sera le dernier match officiel de Jean-Pierre Rives (victoire 45 à 4) ou bien la superbe victoire, après tant d’échecs du BRC contre les redoutables All Blacks le 7 novembre 2000. Ce jour-là et après seulement deux minutes de jeu, Jérôme Fillol, demi de mêlée évoluant alors au Stade toulousain se fracture le tibia, signe que l’engagement est total. Les Barbarians, en dépit de ce coup du sort l’emporteront sur une pénalité d’Aucagne à la 86ème minute… l’histoire du BRC se construit encore. Pour Rives être Barbarian, c’est se sentir enfant de l’assistance rugbystique, ne jamais parler à la première personne, ne jamais penser qu’on a le monopole de l’esprit du rugby, amener sa propre histoire sans que l’histoire tue la légende. Fort de cet esprit de nombreux joueurs ayant fait la joie de l’équipe de France se retrouveront dans le BRC, dont notamment Abdelatif Benazzi, Serge Blanco, Jean-Pierre Elissalde, Jacques Fouroux, Patrice Lagisquet, Marc Lièvremont, Franck Mesnel, Émile Ntamack, Fabien Pelous, Philippe Sella ou Jean-Claude Skrela.

Avec le temps la multiplication des matches (Top 14, H-Cup, tournoi des 6 Nations, tournées d’été et d’automne…) aurait pu mettre fin à l’envie de jouer de cette équipe mais l’esprit est toujours là et, comme le souligne si bien Jacques Verdier en fin d’ouvrage, Je ne partage pas le pessimisme de ceux qui estiment que l’époque des Barbarians serait révolue au prétexte que le jeu, en se professionnalisant, serait devenu un sport business inapte au romantisme, sourd à toutes formes d’excentricité. Si être Barbarians, comme le souligne Jean-Pierre Rives, relève du désir de liberté, de bien se tenir, de saupoudrer le gris du quotidien d’un peu d’humour, d’appréhender le jeu et la vie selon un code qui ne serait justement pas universel, alors l’aventure est loin d’être terminée. Elle prend tout son sens par les temps formatés, aliénés, déculturés que l’on voit. Nous ne pouvons que souhaiter longue vie au BRC !

Un ouvrage lui aussi essentiel, qui propose, outre de savoureux témoignages des joueurs qui ont pris part à l’aventure de cette équipe, de nombreux clichés originaux ou non pris sur le vif… un ouvrage que l’amateur de rugby se doit de posséder.

Francis Delteral et Gilles Navarro – Barbarians rugby club : La légende continue… – Editions Castor et Pollux – 2010 – 37 euros


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