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Bertrand Betsch, les méandres de la vie

Matin d’octobre, j’allume France Inter et tombe sur une plage musicale. Jour de grève. Quelques morceaux s’enchaînent. Parmi eux un titre de Bertrand Betsch. Pfff ! Faut-il attendre les situations extrêmes pour pouvoir entendre la voix de ce chanteur ? J’avoue l’avoir découvert moi-même assez tard, fin 2008, alors que je préparais la programmation du festival parisien « Rencontres Musique & littérature ». Depuis lors, je réécoute volontiers son dernier album paru La Chaleur Humaine. Parce que justement il y a beaucoup d’humanité dans les textes de Bertrand Betsch, beaucoup de « choses » de la vie, des drames, des peurs, des joies aussi, des envies et des tensions… on ne peut que s’identifier à ces petites histoires simples. Alors lorsque j’apprends, courant novembre, un peu par hasard, que l’artiste sort coup sur coup deux albums à télécharger sur son site, je me dis qu’il faut essayer d’en savoir un peu plus et de présenter ce chanteur attachant, ancien finaliste du prix Constantin…

 

Nous vous avions parlé de ce chanteur il y a quelques semaines pour présenter son livre La tristesse durera toujours ; Bertrand Betsch nous livre aujourd’hui deux nouveaux opus téléchargeables sur son site internet, Je vais au silence, un album composé de titres inédits écrits entre 2003 et 2010 et La soupe à la grimace, un bonus de six titres à l’album éponyme enregistré en 1996. Pour le critique et pour l’amateur de chanson française, ces dix-huit titres possèdent une valeur plus que symbolique. Certes les grincheux pourront toujours dire qu’ils ne s’inscrivent que comme des mises en bouche à un futur album en cours de finition qui paraîtra en 2011, mais nous ne saurions pourtant trop recommander de redécouvrir cet artiste. A vrai dire, ces deux albums peuvent même s’envisager comme des ouvertures à l’univers de ce chanteur singulier.

Si la musique de Bertrand Betsch nous prend aux tripes, c’est avant tout que chacun de nous peut se retrouver dans cet univers. Chaque chanson s’affiche comme une mise en scène de nos moments de vie. Rien n’est pleinement gai, le gris pointe souvent sur la ligne d’horizon, pourtant dans cette écriture résolument simple, construite sur des mélodies qui trottent longtemps en tête, il y a une intonation et une sincérité qui nous touchent. Chaque piste possède une force intrinsèque, ce quelque chose qui tient du témoignage, de la délivrance, de la pureté des sentiments. Le texte délivre sa sève nourricière, il devient thérapie à nos insomnies, à nos peurs enfouies. Alors on réécoute les titres, on y trouve un parallèle avec nos brins d’histoires ou celles de proches, on se dit que la vie n’est pas aussi linéaire qu’il n’y paraît mais que son relief s’édifie dans les nombreuses sinuosités qu’elle creuse çà et là.

Bertrand Betsch poursuit donc sa route avec ses idées forces, cette envie de partage et d’humanité. Si en apparence sa peinture est persistance, elle forge sa saveur dans ses déclinaisons, dans ses subtiles dérivations qui permettent tout à la fois de se retrouver, de se lier sans se complaire dans un acquit destructeur. De cette fragilité l’artiste tire l’intensité du moment, d’un moment qu’il offre à nos oreilles résolument réceptives.

Alors je ne saurai trop conseiller de venir (re)découvrir l’artiste sur scène. Car si ses albums sont témoignages, il y a dans son univers une vie qui se partage à plusieurs…

 

 

Interview de Bertrand Betsch

Tu proposes cette année, en mise en bouche à un album à sortir en 2011, deux opus téléchargeables sur ton site, Je vais au silence et La soupe à la grimace. Peut-on connaître les raisons qui te poussent aujourd’hui à sortir ces 18 chansons ?
La publication de ces deux opus sur le net sont un peu un concours de circonstances. Il se trouve que je traîne avec moi un album (« Le temps qu’il faut ») qui est terminé depuis longtemps. M’étant fait jeter de l’industrie du disque j’avais mis mes activités de musicien en standby. Jusqu’à ce que je rencontre Baptiste Lusson qui, de simple fan, s’est proposé de me manager. Pour commencer il m’a créé un tout nouveau site : http://www.bertrandbetsch.fr. Il s’est agit ensuite de l’alimenter. Baptiste m’a demandé des inédits afin de les diffuser via le site. J’ai choisi très arbitrairement 12 morceaux parmi les dizaines que j’ai en réserve et que je n’ai encore jamais eu l’occasion d’intégrer dans mes albums, je les lui ai envoyés. Dès réception il m’a proposé d’en faire un album digital. Il a torché une pochette en cinq minutes et le lendemain sortait sur le net ce qui était dès lors mon cinquième album : « Je vais au silence ». J’ai mis du temps à intégrer l’idée que ces chansons formaient un album à part entière ayant sa propre cohérence tant les choses se sont faites au débotté. Maintenant j’en suis ravi même s’il s’agit d’un album très confidentiel puisque non relayé par les médias. J’imagine que le disque va vivre sa vie et grandir petit à petit. On le trouve maintenant sur Deezer et sur les plateformes de téléchargement légales. Par ailleurs nous allons sans doute signer avec Believe, le plus gros label digital, ce qui j’espère va lui donner plus de visibilité.

Pour ce qui est du deuxième opus il s’agit d’un ep constitué de six morceaux inédits issus de la première partie des sessions d’enregistrement de mon premier album, « La soupe à la grimace » (août 1996). Il y a quelques années, après que Lithium (mon premier label) ait mis la clé sous la porte, son dirigeant, Vincent Chauvier, ma confié une k7 DAT sur laquelle figurait 8 morceaux inédits écartés de mon premier album. J’ai dérushé ces morceaux et il s’est trouvé que la bande avait subi des détériorations. C’est-à-dire que des craquements figuraient sur pas mal de ces mixs. Grâce aux soins de mon ingé son scène, Benoit Destriau, et d’un bon DAT, nous avons pu récupérer intacts 6 de ces 8 titres. Les deux autres sont perdus à jamais car malgré des mois de recherches nous n’avons jamais pu retrouver les bandes master. En redécouvrant ces titres miraculés j’ai été surpris par leur qualité. Il se trouve qu’à l’époque j’avais un regard extrêmement négatif sur mon travail. Je ne supportais tellement pas ma voix que je voulais interdire la sortie de mon premier album. Je le trouvais complètement raté. Avec le recul je trouve qu’il possède une grâce que je serais bien incapable d’égaler à présent. A la sortie de cet album les gens me disait qu’il était « prometteur » et je ne pouvais qu’être d’accord avec eux. Ce n’est que des années plus tard que je suis tombé sur des personnes me disant qu’ils l’avaient écouté un milliard de fois sans parvenir à l’épuiser. Bref d’album raté ce disque est devenu culte, d’autant plus culte qu’il n’a jamais été réédité et que EMI, le propriétaire de mon backcatalogue (mes trois premiers albums), ne compte pas le ressortir en physique (ce qui explique pourquoi il se négocie si cher sur le net). Cela étant dit on peut l’acheter en digital comme n’importe quel autre album. Bref, j’envisage donc cet ep téléchargeable gratuitement comme un cadeau que je fais aux fans de la première heure pour les remercier de leur soutien. 

Tu es en train de travailler à la construction d’un label (3h50), pourquoi choisir cette option ? L’industrie du disque se porte assez moyennement en ce moment. Penses-tu qu’elle soit condamnée à terme, et que l’avenir passe justement par la dématérialisation de son support ?   
Avec mon manager nous venons de créer notre propre label, 3H50, dédié à la publication de mes disques. Le fait est que j’avais ce projet en tête depuis longtemps mais que je n’avais pas les épaules pour le porter tout seul. Aujourd’hui l’industrie du disque étant ce qu’elle est, c’est-à-dire moribonde, il est quasiment obligatoire d’être son propre producteur et d’avoir sa structure. Il est de plus en plus rare que des gros labels signent des contrats d’artistes. Elles récupèrent au mieux des projets déjà aboutis, limitant ainsi au maximum les risques économiques. A l’heure où j’écris ces lignes nous nous apprêtons à masteriser « Le temps qu’il faut ». Puis nous lancerons la fabrication du disque sur nos propres deniers (mon manager et moi-même sommes co-actionnaires du label). Ensuite nous tenterons de décrocher au pire une distribution, au mieux une licence + distribution + contrat d’édition. 

Aujourd’hui le disque se porte si mal que la musique n’est plus vraiment un métier mais plutôt une passion. De plus en plus de projets se montent sur la base du bénévolat et du système D. Par chance je suis entouré de gens qui croient en moi et qui donnent de leur talent et de leur temps pour m’aider à sortir mes projets. Sans eux je pense que j’aurais raccroché tant les temps sont difficiles et cela même si ma passion pour la musique reste intacte (pour être honnête c’est même une question de survie psychique).

Oui le cd est appelé à disparaître – enfin pas totalement. Selon toute probabilité il va acquérir le statut du vinyl aujourd’hui, c’est-à-dire un objet de luxe destiné à quelques mordus. Quant au marché digital il va peut-être progressivement prendre un peu d’ampleur mais, semble-t-il, pas dans une proportion telle que tout le monde y retrouve ses billes. Il faut donc désormais marcher à l’économie (ce que permet maintenant la MAO). Il ne fait aucun doute que nous, musiciens, continuerons à faire des disques. Seulement cela ne constituera plus notre seule source de revenus. Après avoir vécu dans un confort relatif dans les années 90 et début 2000, il va nous falloir développer beaucoup d’énergie pour continuer nos activités et apprendre à recycler une partie de nos forces vives dans des activités rentables – en gros, avoir un boulot alimentaire.

Tu dis dans ton livre La tristesse durera toujours, que l’artiste est un médium, qu’il retranscrit en musique et paroles, ce qu’il reçoit/perçoit. Peux-tu nous dire ce que ressent Bertrand Betsch aujourd’hui ?
Ce que je ressens aujourd’hui ? De l’amour et de la gratitude pour mes proches et pour ceux qui me suivent et me soutiennent. Je pense avoir passé le stade de la désillusion. Je veux continuer à donner et à recevoir. Même si mon travail n’intéresse que quelques centaines de personnes je sais que ce que je fais compte pour ces gens-là et je n’ai pas envie de les décevoir. Je reste un passeur d’émotions. Ma sensibilité est intacte et mon envie de sublimer les choses de la vie à travers l’art également. Je pense que nous traversons une période très difficile, voire alarmante, pour les artistes mais que paradoxalement il n’y a jamais eu autant de talents intéressants que maintenant. C’est le paradoxe de notre époque. Dans les années 90 les directeurs artistiques ramaient comme des fous pour trouver des artistes un tant soit peu excitants (ayant accompagné le label Lithium je me souviens à quel point Vincent Chauvier galérait pour accueillir dans sa structure des projets  prometteurs). Aujourd’hui des dizaines et des dizaines d’artistes valeureux sont sans label. Quant à ceux qui ont été signés ces dernières années ils ne font malheureusement pas recettes. Pour un Benjamin Biolay combien de Cyrz ? 

Tu n’es pas catalogué comme un chanteur qui brille par sa gaîté dans ses chansons. Tes textes sont-ils le reflet de la société, de ton histoire personnelle, des deux ou d’autre chose encore ?  
Je suis quelqu’un de profondément mélancolique. Ce n’est pas lié à l’époque. C’est dans mon sang, c’est dans mon corps, c’est dans mes veines. Notre époque n’est pas pire qu’une autre. Elle est certes médiocre et n’encourage pas à la réjouissance mais elle n’est pas plus absurde que celles que j’ai traversées – je veux surtout dire par là que la vie est absurde en soi, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de sens et que c’est à chacun d’en donner un à son existence. Quant aux époques qui m’ont précédées je m’abstiendrais de les juger car je ne peux être nostalgique de ce que je n’ai pas connu. Je ne crois pas en grand chose. Cependant ma foi en l’amour, en l’art et en l’amour de l’art comme moyen de sublimer le quotidien de nos vies déshéritées reste intacte et inaltérable. Je pense qu’on est tous un peu tout seul mais qu’il y a moyen de se croiser au détour d’une chanson, d’une phrase, d’une mélodie, d’un peu de poésie. Je veux croire qu’il y a encore matière à se créer des moments de félicité. Le bonheur nous est peut-être interdit mais faisons en sorte que la joie demeure, qu’elle vienne nous prendre par l’épaule et nous procure encore ces petites épiphanies, ces instants où la beauté cachée des choses nous est révélée.

Tu donnes des concerts en ce moment dans de petits lieux, voire en appartement. Le rapport au public, pas forcément tendre, que tu évoques dans ton livre La tristesse durera toujours a-t-il changé depuis lors ?
Oui mon rapport au public a changé en ce sens que maintenant je prends plus de plaisir à jouer et que je suis plus à même de donner et de recevoir. Il m’arrive de plus en plus souvent de jouer pour rien, juste pour être dans le don. Lorsque je vais chez des amis je prends ma guitare sous le bras et si je sais que cela va faire plaisir je joue quelques morceaux. C’est aussi une façon pour moi de mieux assumer mon statut de chanteur et d’apprivoiser mon trac. Je suis maintenant capable de jouer dans à peu près toutes les conditions. J’ai gagné en assurance, en confiance. Si l’on me demande de jouer « Pas de bras pas de chocolat », je le fais et y trouve même du plaisir alors qu’avant je me serais fait prier. Par ailleurs c’est aussi un bon moyen de « tester » mes nouvelles chansons auprès du public. En concert j’essaie de faire un mixe entre mes anciennes chansons et mes nouvelles chansons, le tout agrémenté de quelques reprises (exercice que j’ai toujours aimé).

Ton écriture tend souvent vers l’épure, vers une certaine simplicité, elle donne en cela l’impression que tu cherches à capter l’attention, que le texte est un point de départ vers une réflexion à mener. J’aurais tendance à dire que ton écriture offre en ce sens des images pour un film en construction. Un film de la vie, puisqu’il y est question d’amour, de drame, d’amitié… Est-ce juste de dire cela ? Comment peut-on caractériser le style de Bertrand Betsch ?
Oui, je me suis toujours tenu à l’écart d’une certaine sophistication. Pour moi une chanson doit être efficace, immédiate et directe. Ayant commencé il y a plus de vingt ans à enregistrer mes chansons sur un quatre pistes à K7 j’ai appris à aller à l’essentiel. Bien sûr maintenant, grâce à la MAO, il m’arrive d’enregistrer certains de mes morceaux sur 24 pistes mais je suis encore capable de faire tenir un morceau sur cinq/six pistes. Je me revendique toujours de l’école des minimalistes. Ce qui ne veut pas dire appauvrir la création. Cela signifie juste donner le maximum avec un minimum de moyens. Mes chansons favorites (ex : « Le vent nous portera » de Noir Désir, « Du coeur » de Thomas Aussenac ou « Little 15 » de Depeche Mode) fonctionnent sur deux ou trois accords. La simplicité n’est pas forcément un gage de qualité mais elle est parfois le plus court et le meilleur chemin pour toucher les gens. Pour ce qui est des paroles il est important pour moi que dès la première écoute on sache de quoi il retourne. Cela passe par la recherche d’une souplesse au niveau du maniement de la langue. Pas question d’employer des tournures tarabiscotées ou de faire rentrer les vers au chausse-pied. Tout doit couler de source, clair comme de l’eau de roche. Ce qui n’empêche pas une certaine recherche lexicale ou une finesse et une profondeur dans la façon d’aborder les thèmes. La mélodie de chant est une chose aussi très importante à mes yeux. Une bonne chanson, on doit pouvoir la fredonner en prenant sa douche. Une bonne mélodie crée une sorte d’intimité entre l’auditeur et le texte de la chanson. Un beau texte qui n’est pas portée par une bonne mélodie, on ne l’entend pas. Le texte reste lettre morte. C’est pourquoi la notion de chanteur à texte est pour moi très douteuse. On ne peut dissocier le texte de la musique. Une chanson est d’abord la rencontre entre deux langages, entre des mots et des notes, le tout devant donner l’impression de ne pouvoir fonctionner l’un sans l’autre. La musique rend audible le texte. Quand on a compris cela on peut aborder à peu près n’importe quel sujet, même les plus difficiles (je pense à ma chanson « Berceuse pour un bébé mort »). Bref, comme on dit, il y a l’art et la manière de faire et d’amener les choses. Je ne m’interdis donc rien, y compris de parler de la mort. A partir du moment où le résultat a une vraie qualité musicale je ne vois pas pourquoi je ferais acte d’auto-censure. Il faut et l’on doit parler de tout. Lorsque l’on se revendique être un artiste cela est même un devoir avant même d’être une nécessité.

Tu me parles de « film de la vie ». Je rebondirais là dessus en te disant que mon style n’a à priori rien de cinématographique au sens où je ne suis pas un story teller. En revanche mes chansons brassent les grand thèmes de l’existence (l’amour, la mort, l’enfantement, la perte, le deuil, le temps et d’une manière générale tous les enjeux de la vie). Récemment une boîte de production m’a contacté afin que j’écrive et réalise un moyen métrage. J’ai toujours été un grand amateur de cinéma mais je ne me suis jamais projeté dans le « faire », ayant toujours préféré le statut confortable de « voyeur ». C’est donc avec circonspection que j’ai accueilli cette proposition. Puis je me suis attelé à la tâche et ai écrit un scénario en quelques jours. L’accueil des producteurs est très encourageant. Pour moi qui n’avais jamais écrit de dialogues de ma vie c’est donc une grande satisfaction. Par ailleurs je viens de terminer l’écriture d’un nouveau livre. Le plus étonnant pour moi est de constater que quelque soit le média que j’utilise, les mêmes thématiques reviennent mais abordées de façon très différentes. Je réalise que lorsque l’on est un créateur, avant d’être un chanteur, un écrivain, un cinéaste ou un plasticien, on est avant tout un artiste qui a sinon une vision du monde du moins une approche personnelle des choses de la vie et une sensibilité qui trouvera toujours à s’exprimer, de quelque façon que ce soit. Le tout pour moi est d’insuffler de la poésie en chaque chose et de sublimer ce mélange de drame et de comédie qu’est la vie.

Tu travailles sur un album qui sortira en 2011, que renferme-t-il ?
Mon prochain album, à paraître en 2011, intitulé « Le temps qu’il faut », est un album thématique. Comme son nom l’indique c’est le thème du temps qui est abordé sous toutes les coutures : le temps qui passe, le temps qui reste, le temps qu’il faut pour se construire en tant que personne, le temps d’aimer, le temps de vivre, le temps de mourir, le temps comme espace dans lequel inscrire une trace, de creuser un sillon, de poser des actes, lesquels nous permettront de laisser quelque chose de notre passage sur terre. La chanson éponyme du disque dit : « Le temps qu’il faut/Pour faire un homme/Puis l’effacer/D’un coup de gomme ». Au delà du thème se profile donc aussi la question de notre finitude. 

Parallèlement à cet album, tu viens de terminer, après Elle dit…, l’écriture d’un nouveau roman. Peux-tu nous en parler ?Mon dernier manuscrit n’est à proprement parler pas un roman. Plutôt un objet loufoque ou une ou des voix s’élèvent pour railler le monde. Le principe est le suivant : chaque chapitre commence par la locution « J’écris depuis la chambre… » déclinée sur une trentaine de propositions (la chambre d’ami, d’hôpital, à gaz, d’enfant, froide, des députés, nuptiale, etc.). L’unité du livre tient dans son ton sarcastico-poétique. L’enjeu était d’écrire un livre allant du drolatique à l’acide en passant par le caustique, l’humoristique (humour noir bien sûr) et le ludique, le tout dans une langue qui mêle le poétique au prosaïque, le cru au cuit, le sirop à la cigüe. Je me suis beaucoup amusé à l’écrire. J’espère qu’il trouvera preneur (même s’il s’agit un peu d’un ovni littéraire) et que des gens y trouveront matière à rire ou à grimacer. Le tout pour moi est de faire une littérature non-consensuelle qui prend la vie à rebrousse-poil. Les deux premiers chapitres de mon nouveau livre sont lisibles sur mon blog figurant sur mon site : http://www.bertrandbetsch.fr

Il y a de plus en plus souvent des passerelles qui se crées entre musique et littérature (Florent Marchet/Arnaud Catherine, Lydie Salvayre/ Serge Teyssot Gay…). As-tu un regard sur ces projets pluridisciplinaires et est-ce quelque chose qui te tente (Je dis cela en référence à Elle dit… pour lequel tu as mis en musique le dernier chapitre du roman) ?
Le fait de faire se rencontrer plusieurs disciplines est évidemment une démarche intéressante. On m’a fait une proposition allant dans ce sens pour 2012 dans le cadre d’un festival faisant se rencontrer littérature et musique. Je pense que d’ici là j’aurai ouvert des pistes me permettant de m’inscrire dans ce genre de pratique.

Par ailleurs d’autres disciplines m’intéressent telles que le cinéma, la photo et le dessin. J’ai par le passé conçu un livre mêlant polaroids et textes qui attend toujours d’être publié. J’ai pratiqué aussi le dessin à l’encre de chine avec quelques résultats intéressants. Quant au cinéma, je suis en ce moment en train de m’y coller via l’écriture et la réalisation d’un moyen métrage dont je pense aussi composer la musique. Quelque soit le medium emprunté, le tout est de rester dans un processus créatif et dans une recherche permanente permettant de poser les équations de la vie et de ses principaux enjeux par le biais d’une stylistique propre à soi. En outre chaque discipline permet de décliner des thématiques diverses tout en les abordant de façon très différentes à chaque fois.

Photos (c) 2010 Stéphane Merveille

A voir en concert :

Lille – 18 décembre – Complet
Paris – 19 décembre 2010 à 21 heures aux Disquaires scène partagée avec Silvain Vanot – gratuit
Bobigny – 7 janvier 2011 à Canal 93 scène partagée avec Batlik – 10 euros
Montpellier – 11 janvier 2011 au Baloard avec Iaross en première partie – 10 euros
Paris – 26 janvier 2011 au Pop In – gratuit