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Focus Polar : Copacabana de Lobo et Odyr

Dans les ruelles sombres et malsaines qui germent dans le cœur de nos grandes métropoles se nichent bien souvent un peuple qui s’éveille à la nuit tombée. On y trouve des drogués en manque, des clochards depuis trop longtemps résignés ou des putes fringuées de tissus épars, en partie souillés, qui respirent une évidente moiteur. Il arrive parfois que l’on y croise aussi des étudiants à la recherche de sensations fortes, des flics ripoux ou des macs venus retirer l’argent de leurs filles. Derrière des poubelles dégorgeant de détritus et de restes de bouffe infecte grouillent aussi toute une faune de rats plutôt gras et de pigeons agonisants qui finissent de peindre le tableau de ce décorum sordide. Ces scènes de crime au potentiel narratif illimité rivalisent sans peine avec ces hauts lieux impersonnels et oppressants que sont les pavillons de banlieue ou, à un degré moindre, les campagnes sans vie qui s’affichent comme autant de no man’s land fragiles au sein desquels règnent les peurs les plus enfouies qui appellent parfois aux sombres pensées. Récits noir, thrillers, polars, contes macabres, tous possèdent une noirceur et un mystère propre. Plongée dans des univers qui excitent les palpitants et révulsent les plus blindés d’entre nous. Plongée dans des récits en marge capables de jouer avec nos nerfs et de défriser nos longues nuits à venir…

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copacabana

Copacabana de Lobo et Odyr – Warum (2014)

Copacabana reste un mythe, celui d’une plage nichée aux abords d’une mégalopole délirante où tous les possibles peuvent venir perturber le quotidien. Le cliché carte postale avec ses filles bronzées arborant des strings étroits à faire chavirer les têtes demeure prégnant. Il reste en partie alimenté par ces mâles friqués venus depuis l’Europe ou le continent nord-américain pour décharger leurs tensions du quotidien dans des nuits de folie. Ils y trouvent de quoi faire perdurer le rêve : Je suis au paradis, toutes les femmes disent oui sans se faire prier. Elles sont blondes, brunes, noires, sympathiques, canons, elles adorent baiser, écrit l’un d’eux à un ami resté au pays et à qui il veut prouver la justesse de son choix de destination estivale.

Ces filles sont belles, avides de sexe mais ne sont pas toutes libres comme on pourrait le penser. Péripatéticiennes à la solde de macs bien trop gourmands, elles alignent les passes à 40 $ pour tenter de survivre dans l’autre face de Rio de Janeiro, celle de la ville tentaculaire au sein de laquelle, du lever du soleil à la nuit tombée, des gamins des rues mendient ou volent pour manger de quoi tenir un jour de plus dans cet enfer. Les filles perdues abandonnent quant à elles leur vertu à des pervers déambulant dans des 4 X 4 surpuissant qui alignent les billets comme on joue aux billes, pour acheter le grand amour ou le simple chant du micro. Les rues sombres cachent des destins meurtris dont personne se soucie ou si peu. Ces fantômes du jour, devenues proies de la nuit survivent sans autre objectif que de sauver leur peau, un jour, une semaine, un mois de plus. Parfois le destin joue avec eux, leur laisse entrevoir l’espoir de possibles meilleurs jours, mais la réalité, et leur statut décomposé ou en voie de décomposition, les rappelle presque toujours à leur triste désenchantement. Le rêve reste impalpable et se fait même de plus en plus volatile et éphémère mais les filles n’abandonnent pas pour autant le droit d’y croire. Le soir venu, entre deux balades en voiture, elles jouent entre elles, se marrent même parfois comme de jeunes ados pas encore déflorées, pour défier cette vie qui les a en partie détruit à jamais et repousser les murs du temps, de ce temps qui grignote chaque jour un peu plus de leur innocence…

Lobo et Odyr livrent un polar sombre mais pas totalement résigné. Le scénariste laisse la parole aux sans voix, ceux que les regards de la plupart ignorent et qui pourtant possèdent des histoires fortes et sensibles qui dessinent des parcours aux trajectoires bien souvent rectilignes. Sans espoirs de perturbations salutaires, sans accidents de la vie qui raisonneraient comme des espaces de lumières, ces oubliés ne parviennent que rarement à faire le bon choix… Le dessin au trait épais noir sied parfaitement au propos, il se fait expressif, parvient souvent à construire le contour des personnages et leur émotions du moment en quelques cases sans que le texte se fasse trop gourmand. Un album marquant à plus d’un titre…

Lobo et Odyr – Copacabana – Warum – 2014 – 20 euros


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