Nous avons décidé sur MaXoE de vous proposer une série de dossiers sur DC Rebirth. Cet univers a débarqué en librairie et en kiosque, et il est parfois difficile pour les lecteurs de s’y retrouver. C’est une spécialité des comics de super-héros, Marvel arrive très bien aussi à brouiller les pistes pour le commun des mortels.  Un peu d’explications peut-être. L’idée avec Rebirth, c’est de donner un nouveau départ à toutes les séries de ... En savoir plus !
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Focus Polar : l’approche classique (2ème partie)

Si une époque caractérise mieux qu’une autre le polar à l’ancienne, celui qui germe dans les cités en plein essor ou dans les mégalopoles tentaculaires qui se développent sans souci de cohésion, c’est bel et bien la période trouble qui prend place dans l’entre-deux guerre et jusqu’au début des années 40. Une époque marquée par la peur de la guerre et de la montée du nazisme, mais aussi, un peu plus tôt, par le krach boursier de 1929. C’est dans ce cadre qu’œuvrent des héros construits par des auteurs phares comme le commissaire débonnaire Jules Maigret tiré de la plume de Simenon. Aux Etats-Unis germent des œuvres visionnaires et fondatrices comme Le Faucon maltais de Dashiell Hammett adapté au cinéma par John Huston ou des personnages eux-aussi passés à la postérité tel le privé Philip Marlowe de Chandler. On y croise aussi les figures de la pègre, Al Capone en tête, mis en scène dans la série Les Incorruptibles. Bref l’époque appelle aux récits noirs mais elle ne fut pas la seule et les périodes qui suivirent développèrent encore le genre et le densifièrent comme jamais en gardant l’intrigue, le suspense, le cadre généralement urbain, le tout mâtiné parfois d’affaires politiques ou mêlant des élites locales véreuses, comme signature. Bref du polar classique comme on l’aime ! Merci à Tof avec qui je présente Gotham Central et qui nous fait saliver avec Maori, 419 African Mafia, Human Target et McQueen !

Polar home 

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Gotham Central T2 d’Ed Brubaker (et collectif) – Urban Comics (2014)

Nous voilà de retour au commissariat de Gotham. Rappelez-vous notre chronique du premier tome. Une fois de plus on nous plonge, au travers de trois chapitres, dans le quotidien de ces flics qui agissent dans l’ombre, bien loin d’un certain Batman. Cela commence sur des chapeaux de roue. Un sniper sème la terreur dans la ville en tirant sur tout ce qui bouge, entre autres  sur le maire de Gotham. Derrière tout cela, le Joker, plus fou que jamais, plus menaçant que jamais. La police va payer un lourd tribut, comme d’habitude face à ce genre de cinglé. Le deuxième récit démarre avec la mort subite d’une comptable dans une entreprise pharmaceutique. Enfin, on finit en beauté avec une prise d’otage qui fait revenir à la lumière une histoire très ancienne. Et derrière tout cela, le Chapelier fou. 

L’avis de Tof : On retrouve la patte d’Ed Brubaker. Il se penche sur les personnages, leur donne une belle épaisseur pour garnir ces affaires policières de tout ce qu’il faut de destins individuels. Car oui, ces policiers ont surtout une vie personnelle mais aussi des casseroles diverses et variées. Une fois de plus les dialogues font mouche, ces femmes et ces hommes se prennent la tête, très souvent. La pression, la promiscuité, la terreur sont présents, à chaque instant. C’est peut-être pour cela que l’on s’attache à ce monde. Les intrigues sont évidemment bien ficelées et l’arrivée de têtes d’affiches comme le Joker ou le Chapelier Fou n’est pas pour nous déplaire. La noirceur du récit est appuyée par un dessin aux couleurs sombres, arides, brutales. Le charme opère toujours, Ed Brubaker n’a pas perdu la main.  

L’avis de Seb : Gotham se révèle dans toute sa noirceur. La Ville n’est pas sur le papier plus glauque qu’une autre mégalopole tentaculaire sauf qu’elle garde en elle la possibilité de voir ressortir de ses entrailles des vilains que l’on croyait à jamais effacé de la liste des dangers potentiels. Dans ce second volet de l’intégrale consacrée par Urban Comics à cette série, trois récits pour le moins sordides qui font appel à de vieilles histoires elles-aussi tout aussi macabres. Ed Brubacker aurait été salué en son temps par un cinéaste comme Jacques Tourneur qui excellait dans la manière de suggérer plus que de ne montrer. Ici le scénariste sait faire croître la tension par doses subtiles en filant des mailles qui se referment progressivement en donnant une impression d’étouffement. L’étouffement, c’est ce que la police de Gotham ressent au fil des jours passés à la tâche. Et l’énervement, qui peut se lire parfois entre les équipes pour quelques futilités, expose toute la lourdeur d’une mission que les agents effectuent avec un sens du devoir exemplaire. La réussite de Gotham Central réside dans cette façon dont Ed Brubacker met en avant non pas des flics mais des hommes et des femmes qu’il creuse avec un sens du détail rarement vu ailleurs. En nous familiarisant avec les protagonistes du Central, Ed nous immerge dans les abysses de la ville, il donne à voir surtout des (anti)héros avec leurs faiblesses, leurs errements, leur capacité à parfois sombrer ou presque, à basculer dans des souvenances potentiellement destructrices. Les enquêtes avancent ainsi en même temps que la vie des agents du Central et il n’est pas rare que cette double approche se lise au sein d’une même case qui donne à voir la scène principale et un arrière-plan lui-aussi porteur de sens. Si le gros de ce recueil repose sur trois enquêtes mettant notamment en scène le Joker et le Chapelier fou, il offre aussi un récit indépendant sur Stacy, la secrétaire intérimaire qui seule a le droit d’allumer le Bat-signal (pour ne pas mettre en évidence la faiblesse de la police). Cette petite respiration entre les enquêtes sombres expose la volonté du scénariste de densifier les backgrounds de ses personnages et nous immisce au cœur de la vie d’un commissariat décidemment attachant.

Ed Brubaker, Greg Rucka, …  – Gotham Central T2 – Urban Comics – 2014 – 22,50 euros

 

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La Mondaine T1 de Zidrou et Lafebre – Dargaud (2014)

Paris sous les bombes alliées. En ce mois d’avril 1944 les doutes habitent les forces d’occupation qui sentent indubitablement le vent tourner. La fin viendra quelques mois plus tard mais pour tous les occupés le simple fait d’entendre le crépitement des bombes lâchées sur la capitale ravive l’espoir. Celui du changement à venir qui permettra de retrouver les habitudes d’antan, de (re)vivre enfin sans couvre-feux et rondes cadencées dans les rues sombres de la capitale. La liberté n’a pas de prix pour qui sait qu’il peut mourir demain. Dans un refuge de fortune quelques parisiens attendent que l’assaut anglais s’achève pour regagner leur doux foyer. Parmi eux un militaire allemand propose une cigarette à un homme au pardessus impeccable du nom d’Aimé Clouzeau qui n’est autre qu’un inspecteur de la mondaine. Confiné dans cet espace réduit, menottant une prostituée qu’il vient d’alpaguer sur la voie publique, il se souvient de ses débuts, en 1937, dans cette section du 36 quai des Orfèvres. Le jeune homme un brin naïf, puiné des inspecteurs, semblait tout juste sorti des jupons de sa mère. Et à vrai dire la vérité n’était sûrement pas très loin. Dans cette section de la police il découvrira le Paris des bas-fonds, celui des perversions sexuelles et des jeux érotiques les plus débridés. Il se fondra dans le monde parallèle de la nuit qui brise encore avec évidence les barrières sociales. Là de vieux pervers nocturnes deviennent des notables établis le jour, forniquant au coucher du soleil dans des bouges coupe-gorge, des clubs privés ou dans les plus fameuses maisons-closes. Tous les terrains sont propres à révéler les fantasmes inavouables qui habitent les esprits les plus libres, et le champagne, l’argent et les promesses coulent à flots continus pour éveiller les exponentielles folies. Dans ce monde à part, dans cette vie parallèle Aimée Clouzeau s’éveillera à la vie et se fera témoin d’une époque entre-deux, où les possibles le sont encore et les déraisons ne sonnent pas forcément faux… (Tome 1)

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La Mondaine T2 de Zidrou et Lafebre – Dargaud (2014)

Cinq ans ont passés. Pour Aimé Clouzeau la vie reste hantée par cette rencontre fortuite avec la belle Eeva, une polynésienne troublante croisée lors d’une mission secrète dans un nouvel établissement à la mode de la capitale, le Zoothrope. Un établissement qui tient du cabaret mais en plus… sauvage, tout autant par le programme des spectacles proposés, que par la chaude ambiance qui y règne en salle où les corps, pulsés par les rythmes des tam-tams, se lâchent plus que de raison. Après son transfert au quai des Orfèvres où elle avait été interrogée, Aimé avait perdu trace de la belle naïade. Pour se rendre à la raison et se libérer de son emprise le jeune homme multipliait ses passages dans une maison de choix, celle de Mme Josepha et de ses filles – les plus belles de la capitale dit-on, du moins les plus belles parmi celles qui offrent leur corps au gratin de la « haute » – où il fricotait avec Valentine, une fille un brin différente des autres, plus opulentes de poitrines et sûrement plus viciées.
Depuis 1937 la vie a plutôt changée de manière radicale dans la capitale. La faute à une guerre qui, si elle flottait déjà dans l’air, ne pouvait s’envisager aussi dure à vivre au quotidien. Car l’ennemi allemand y occupe les moindres rues dans lesquelles il hume son air frais et vivifiant, tout en y imposant sa façon de vivre. Pire il s’adonne à des actes de barbaries les plus ignobles comme cet entassement forcé d’hommes, de femmes et d’enfants juifs dans l’enceinte d’une célèbre piste couverte de vélo où se frottent les plus éminents coureurs des années 30 et 40.
Aimé avait perdu trace de la belle naïade, mais il la retrouvera presqu’accidentellement au point qu’elle viendra de nouveau déranger sa vie et qu’il envisagera enfin de bouleverser ses plans les plus routiniers et les plus établis. Au point peut-être aussi de disparaître au loin sur une île déserte avec comme seul trouble minime la ténacité d’un soleil si dur à supporter pour la peau blanche du parisien… (Tome 2)

Notre avis :
La Mondaine n’est pas uniquement l’histoire d’une brigade parisienne avant et pendant la seconde guerre mondiale, c’est aussi et surtout la trajectoire troublée d’un jeune parisien phagocyté par un matriarcat redoutable qui lui fermera les yeux sur la vie près de quarante ans durant. Le bouleversement viendra d’une rencontre choc avec une polynésienne dont il tombera follement amoureux. Pourtant tout les oppose. Lui, flic à la mondaine, renfermé et d’aspect malingre, elle, fille de petite vertu, sauvageonne à souhait, qui offre la vision de son corps dénudé au tout venant. Ici l’excellent Zidrou décortique littéralement ses personnages en densifiant leurs backgrounds respectifs qui mènent à un réalisme saisissant. Le tout porté par un Paris qui lui aussi vit sa vie. Si les changements qui s’y opèrent, vus au travers du travail du jeune bleu devenu homme, ne sont pas des plus singuliers, il faut surtout retenir ce rapport à l’ennemi qui impose en permanence sa peur mais avec qui il faut pourtant traiter. La rafle du Vel d’Hiv s’affiche comme l’épisode central sur lequel tourne le second volet de ce diptyque, un moment d’histoire traité avec suffisamment de tension face à l’évènement mais aussi avec ce brin de distance, pour rester pleinement dans le regard des observateurs de l’époque qui, même s’ils se doutaient de la gravité de l’instant ne pouvaient encore en percevoir toute la tragédie macabre à venir. L’excellent dessin de Jordi Lafebre n’est lui aussi pas étranger à la réussite de ce projet. Le dessinateur se fait suffisamment précis dans la description des cadres richement détaillés, il offre aussi un formidable lot d’expression aux personnages qui, tour à tour, passent par un formidable kaléidoscope d’expressions. Un projet réellement phare traité avec suffisamment de pudeur et de force. Indispensable !

Zidrou/Lafebre – La Mondaine T1 & 2 – Dargaud – 2014 – 14,99 euros

 

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Maori T2 de Ferey & Camuncoli – Ankama (2014)

Voici donc le deuxième et dernier tome de Maori. Vous pouvez consulter la chronique du premier volume ici. Pita Witkaire, est un député Maori qui voudrait prendre les rênes du gouvernement en lieu et place du premier ministre sortant, Malcolm Kirwan. Seulement voilà, le fille de Pita est assassinée et sa vie de droguée est étalée au grand jour, en plein débat télévisé. Pour un candidat, c’est pas le meilleur moment. Jack Kenu est chargé de l’enquête, il traine pas mal de casseroles entre vie de couple ratée et alcoolisme pérenne.  

Le ton est le même, la saveur est intacte. On plonge de plus en plus profondément dans les méandres des manigances, dans le labyrinthe des tricheries et autres manipulations. Les ficelles du complot commencent à se révéler au grand jour et ce n’est pas très joli. Mais la force de l’auteur, c’est surtout sa capacité à construire ses personnages, à entrer dans leur psyché, à décrire les relations complexes en place. Ainsi, le couple Keri-Jack est central dans le récit, il sert de fil conducteur au déchainement de passion de ce polar. En toile de fond, cette Nouvelle-Zélande pleine de contraste, riche de ses ethnies, riche de ses mélanges mais aussi affaiblie par l’intolérance. On y entre avec délectation, encore plus pour l’ambiance que pour l’intrigue qui est un simple reflet des mentalités en place. Le dessin est sombre, très sombre, adéquat pour vous filer les chocottes. Les deux tomes doivent faire partie de votre bédéthèque ! 

Caryl Férey, Giuseppe Camuncoli – Maori T2, Keri – Ankama – 2014 – 14,90 euros

 

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Wonderball de Duval/Pécau/Wilson/Fernandez – Delcourt (2014)

Wonderball c’est cette sphère chocolatée qui contient en son cœur une petite surprise destinée aux enfants. C’est aussi le surnom de l’inspecteur Spadaccini, qui s’en délecte toute la journée, un ancien « homme du président » en poste près de la voiture présidentielle lors de l’assassinat de 1963. La vie s’est écoulée depuis et, lorsque vingt ans plus tard il enquête sur un carnage opéré en plein centre-ville de San Francisco, carnage perpétré à l’encontre de neuf passants assassinés en neuf secondes seulement, les vieux démons remontent à la surface. La raison en est simple. Les douilles récupérées à l’endroit où le tueur à agit sont de calibre 6.5, utilisées seulement par des fusils de la marque italienne Carcano, la même marque que celle utilisée par un certain Lee Harvey Oswald… Au-delà de ce détail troublant, Spadaccini se devra de lever le voile sur un tueur redoutable capable de faire un carton improbable et de partir comme si de rien n’était en laissant sur place un étrange signe distinctif : les douilles abandonnées forment la lettre grecque Alpha. Le début d’une enquête qui mènera notre homme dans les bas-fonds d’une ville aux mille visages, sur les traces d’une société secrète qui forma, sur des décennies entières, des tueurs redoutables dopés à certaines drogues capables de démultiplier leur force et leurs réflexes…

Wonderball pourrait n’être qu’une nouvelle série construite avec son lots d’effets participants à renforcer un suspense qui porte le lecteur vers cette douce addiction qui veut le pousser à dévorer les pages pour connaitre les détails d’une enquête trouble ou mystères et effusions de sang sont légions. Elle aurait pu mais elle a choisi d’en donner encore plus au lecteur. Tout d’abord c’est ce pitch de départ qui propose de se faire télescoper les univers de l’inspecteur Harry et d’X-Files. Ensuite c’est cette manière de crédibiliser au maximum le cadre, ici celui de la grande San Francisco, si belle, si dangereuse et parfois si trouble une fois la nuit tombée. En grand sages nos deux scénaristes, Duval et Pécau, qui n’en sont pas à leur premier galop d’essai, proposent une immersion dans une époque en laissant ici et là les marques qui lui sont attachée, une musique, une affiche présidentielle, un personnage qui court dans la ville affublé de ses Stan Smith… Ils maitrisent aussi et surtout la science du suspense qui fait douter et interroge en permanence le lecteur. Le tout est porté par un autre duo qui s’attache à donner les images à cette histoire. Colin Wilson, au dessin, a tout pigé d’entrée. Il insuffle au récit, par ses cadrages, le rythme de son trait, vif et alerte, une atmosphère qui colle à l’image que nous avons du San Francisco des années 60 et 80. Soutenue par une mise en couleur soignée et expressive de Jean-Paul Fernandez, la partie graphique devient un vrai plaisir pour nos yeux, si bien qu’une seconde lecture de l’album s’impose pour en apprécier tous les détails. Affaire à suivre donc, et ce dès le mois de mars !

Duval/Pécau/Wilson/Fernandez – Wonderball T1 – Delcourt – 2014 – 14,50 euros

 

Interview de Jean-Pierre Pécau qui lève les voiles sur cette nouvelle série…

 

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419 African Mafia de Dédola et Bonaccorso – Ankama (2014)

Lagos, Nigéria. Mino, un jeune chanteur Lyonnais va y chercher l’inspiration musicale. De retour à Lyon, il fait la connaissance de Grace, une nigériane assez belle et mystérieuse pour provoquer l’adultère. Oui Mino est en couple et il a un enfant. Sa relation avec Grace n’est pas sans accrocs. Elle crée d’abord la rupture avec sa légitime et, surtout, Mino va plonger petit à petit dans le banditisme. Comment ? Simplement parce que Grace est une prostituée qui doit rembourser 60 000 euros à ceux qui l’ont fait venir d’Afrique. Mino accepte assez mal la situation mais il n’a pas vraiment le choix. Il se retrouve même à protéger la belle et une de ses cousines débarquée récemment. Les choses ne sont pas faciles car Lyon regorge de proxénètes qui ne tolèrent pas trop la concurrence. Il y a les camerounaises mais aussi les albanaises. Bref, Mino, par amour, va se retrouver à faire le mac et même un peu plus …

Le thème est clair. Jusqu’où l’amour peut nous mener ? Quelles sont les conditions qui font que l’on peut passer d’honnête homme à gangster ? Faut-il avoir un terrain fertile ou les sentiments peuvent être seuls responsables de la bascule ? Mino va prendre tous les risques pour sa belle et il ne sera pas forcément payé en retour par le destin. On nous montre aussi que lorsque l’on entre dans le système, il est très difficile d’en sortir. Vous allez me dire que ces thèmes ont déjà été traités, maintes fois, et vous aurez raison mais c’est abordé ici avec une belle originalité et une certaine forme de simplicité. Il n’y pas de véritable événement spectaculaire, on nous présente cette descente aux enfers comme quelque chose de facile, de lisse. Cela rend la chose encore plus effrayante. On a aimé parcourir ces pages, on s’attache facilement à ses personnages. On regrette simplement quelques petits défauts de narration qui nous égarent parfois mais cela reste un détail au regard du fond de l’histoire. Le tout est servi par un dessin habile et un découpage mettant en avant les expressions faciales et les silences. 

Loulou Dedola & Lelio Bonaccorso – 419 African Mafia – Ankama – 2014 – 13,90 euros

 

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Sara Lone T1 de Arnoux & Morancho – Sandawe (2013)

Lorsque la belle et pulpeuse Sara Lone apprend la mort tragique et macabre de son père, elle verse une larme sans que cela ne la trouble plus que de raison. Quelques jours auparavant l’homme a été retrouvé séparé de son corps sur une plage du Golfe du Mexique. Etrange mort pour un simple marin dans la force de l’âge. C’est tout du moins ce qui interpelle la police pour qui cette mise en scène  tiendrait bien plus du règlement de compte orchestré par la mafia que d’un simple accident grossièrement travesti. Sara Lone a perdu de vue son père depuis un certain temps déjà ce qui explique en partie la manque d’émotion lors de l’annonce de la tragédie. Meneuse de revue dans un cabaret de la Nouvelle-Orléans, la belle excite les palpitants pour une paye qui met du temps à parvenir jusque dans son porte-monnaie. Son patron ne semble en effet pas spécialement impliqué dans les comptes de son établissement et préfère de loin user de son pouvoir pour inciter ses filles à lui faire des petites gâteries bonus dont il raffole. Sauf que Sara Lone n’est pas du style à céder à ce type de proposition. Un soir qu’il se fait plus insistant, la jeune femme se débat, l’assomme et pioche dans le coffre ouvert son salaire impayé des trois derniers mois ainsi qu’une boite de cigares comme intérêts légitimes avant de quitter les lieux avec un sang-froid remarquable. Tout aurait pu s’arrêter là sauf qu’une autre jeune femme de l’établissement, présente dans le cabaret au moment des faits, profite de l’aubaine pour vider le coffre de son contenu après avoir consciencieusement occis l’homme qui l’obligeait aux plus viles perversions. Sara Lone se trouve dès lors prise au cœur de deux homicides…

Le récit débute comme un bon petit polar classique tels qu’on les aime dans les Etats-Unis des années 60 avec l’ambiance d’une époque qui se cherche encore. Puis tout bascule assez vite. La faute en incombe à Erick Arnoux qui, en orchestrateur talentueux, décide de rendre son histoire bien plus subtile et sinueuse, et pour tout dire il a bien eu raison. Car d’un simple point de vue formel le récit, sans se complexifier plus que nécessaire, développe des niveaux d’intrigues qui pourraient bien se croiser, libérant des effluves magnétiques colorées d’ocre et de sang. Sara Lone possède la force et les faiblesses de son âge, un caractère fort mais une certaine naïveté qui la dessert parfois. Le scénariste en usant de flashbacks parvient à recomposer les contours du personnage parfaitement relayé par le surprenant David Morancho qui offre des images tout à la fois suggestive et qui participe à créer une atmosphère de tension et de suspense remarquable. Si l’on tient compte du fait que le jeune homme œuvrait ici sur son premier projet séquencé, on pourra saluer la performance. La suite qui doit voir le jour cette année, portée par les trouvailles d’un trésor maya qui donne une touche supplémentaire d’exotisme au projet, promet véritablement le détour…

Arnoux & Morancho – Sara Lone T1 – Sandawe – 2013 – 11,95 euros

 

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Human Target de Milligan/Wein/Biukovic/Pulido & Infantino – Urban Comics (2014)

Human Target, la cible humaine, vous connaissez ? Et pourtant, ce concept est apparu pour la première fois en 1953 dans les pages de Detective Comics. C’est l’histoire de Christopher Chance, un spécialiste caméléon. Il peut prendre l’identité de n’importe qui pour se fondre totalement dans sa vie. Pourquoi ? Tout simplement pour prendre la place de quelqu’un qui est menacé de mort ou pour prendre celle d’un mort afin d’éclaircir les circonstances de son trépas ou encore pour s’infiltrer dans un réseau de gangsters, … Cette fois, il va se transformer en révérend victime des gangs de la rue. La donne est nouvelle car Christopher Chance a embauché un assistant, un autre caméléon formé par ses soins. Un hommes aux multiples visages capable peut-être de surpasser le maître… 

 
Le nouveau traitement fait à cette série mythique est tout simplement bluffant. Les auteurs ont décidé de se pencher sur la psychologie de ce personnage à part. Quid de sa vraie personnalité quand on plonge aussi profondément dans la peau d’un autre ? Comment ne pas perdre le sens de la réalité quand votre cerveau est capable de penser comme celui que vous incarnez ? Christopher Chance va donc passer par des moments de doute très sérieux. On nous embarque ainsi dans des récits aux multiples tiroirs et aux chausses-trappes indétectables. On doit bien vous l’avouer le lecteur s’y perd un peu parfois et vous serez toujours pris au piège, mais qu’est-ce que c’est plaisant. Et ceci d’autant plus que l’intrigue est toujours bien ficelée aussi. Ces petits gars maîtrisent le polar à la perfection, le coupable n’est jamais celui qu’on croit. Cette descente aux enfers dans la tête des tueurs mais aussi dans celle de notre cible humaine est d’une rare perfection. Le tout est servi par le trait de différents dessinateurs qui respectent à la lettre les codes du genre : un trait appuyé mis en valeur par des contrastes puissants. Cette lecture est haletante, passionnante. 
 
Peter Milligan, Len Wein, Edvin Biukovic, Javier Pulido & Carmine Infantino – Human Target T1 – Urban Comics – 2014 – 28 euros

 

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McQueen de Van der Zunden – Paquet (2014)

On est à New York, en 1967. McQueen c’est un détective privé, ancien flic qui traine, a priori, quelques casseroles. Premier contact plein de plaisir. L’homme a un faciès un rien simiesque ce qui lui donne le surnom de macaque. Le bonhomme est suivi par une psy, le bonhomme a quelques petites choses à régler dans sa vie et puis cela lui arrive d’avoir quelques petites hallucinations. Un détective pas comme les autres quoi ! Le voilà engagé par le colonel De Crecy. Sa nièce a disparu avec le secrétaire particulier du colonel qui n’est pas moins que l’amant de la jeune fille. Le vieil homme fait du business avec des oeuvres d’art et l’une d’elles a disparu en même temps que les deux tourtereaux. McQueen envoie son acolyte, Pépé, sur le début d’une piste mais les choses tournent mal, très mal. L’affaire semble bien plus compliquée que prévu. Parallèlement notre ami continue d’enquêter pour son propre compte. Sa dernière affaire en tant que flic, dans le cadre de la protection d’un témoin, par un accident tragique qui le hante plus que de raison. 

Une histoire de détective assez classique somme toute. Un détective ancien flic, une histoire d’amour impossible et, derrière tout cela, des gangsters à l’ancienne. Mais ne croyez pas pour autant qu’on ne prend pas de plaisir, c’est tout le contraire. Le personnage de McQueen est très attachant, ses casseroles, ses lubies sont autant de plaisirs sucrés parsemés dans les planches. Planches magnifiques d’ailleurs. En grand format, elles nous offrent un dessin qui colle parfaitement à la période des années 60. Et puis les ficelles de l’intrigue vont vous tenir en haleine jusqu’à la fin de ce volume qui donne une seule envie : lire le tome 2 ! 

Emilio Van Der Zuiden & Fabien Alquier – Mc Queen, Tome 1, Trois Petits Singes – Paquet – 2014 – 13,50 euros