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Focus polar : Les détectives

La littérature développe depuis fort longtemps des récits à suspense en donnant à des détectives privés le soin de mener des enquêtes improbables sur lesquelles la police a arrêté de travailler. Des histoires qui prennent corps autour d’enlèvements, de meurtres ou de disparitions non élucidés, qui se focalisent sur des histoires de familles sombres, des adultères bien évidents ou d’autres sujets graveleux. Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Miss Marple, Sam Hawthorne, Rouletabille ou bien d’autres encore ont ainsi pris traits dans des récits inspirés qui ont bercés la plupart d’entre nous. Le neuvième art n’est pas en reste en choisissant de mettre en scène ces grands détectives ou en offrant de nouveaux visages à cette sphère très spéciale des enquêteurs atypiques. Parfois l’enquête sur une disparition est menée par un proche qui, s’il n’est pas un professionnel, opère avec l’envie de savoir ce qui a bien pu arriver à des êtres chers. Le détective reste donc un personnage central de la BD. Focus sur quelques titres récents ! Merci à Tof qui nous fait découvrir « Scène de crime », « Stumptown » et « Un long Halloween » !

 Home Detective

La nuit Mac Orlan

La nuit Mac Orlan de Le Gouëfflec et Briac – Sixto (2014)

Brest, ville qui attire pour ses lumières, sa rade, son port, sa faculté à braver les éléments, sa population hétéroclite locale ou de passage toujours prête à partager une chope de bière ou un alcool maison avant de repartir dans ses ruelles grises, ville qui invite aussi au voyage, au départ au loin, vers les Amériques ou d’autres ailleurs. Nombre d’écrivains y ont vécu ou transité y écrivant leurs plus belles pages tels Kérouac, Genet Prévert ou Mac Orlan. C’est pour finir une thèse sur ce dernier que Marin, un étudiant en littérature, décide de s’y rendre, à l’appel d’un bouquiniste qui détiendrait un exemplaire unique d’un livre inconnu de l’auteur du Quai des brumes. A peine arrivé, il échoue donc dans l’échoppe du mystérieux libraire lui aussi connaisseur, peut-être pas aussi fin de l’œuvre de Mac Orlan. Alors qu’il est parti dans son arrière-boutique pour rapporter à l’étudiant le fameux ouvrage, le commerçant laisse Marin sur la lecture d’un bel exemplaire de L’Ancre de miséricorde. Puis le grand vide. Marin reçoit un coup derrière la tête et se trouve plongé dans les abymes de la ville…

Arnaud Le Gouëfflec concocte avec La nuit Mac Orlan un récit qui se veut volontairement brumeux à l’image de cette ville qu’il connait dans les moindres recoins. Une fois réveillé après avoir été assommé Marin tentera de reconstituer les énigmes attachées à la rencontre avec ce mystérieux libraire qui ne lui a pas rendu la clé USB qui contient l’ensemble de sa thèse. Plongé dans la ville, ses ruelles sombres, ses bars, tripots et jusqu’à son port, Marin rencontrera tout un lot de personnages étranges, des hommes et des femmes de la nuit, de ceux qui s’effacent aux premières lueurs du jour, qui révèlent aussi l’autre façade la cité. Armé d’une carte au « trésor » qui le guidera dans les méandres de la ville et accompagné de Teuz, un artiste peintre marginal qui peint les murs de sa prison désaffectée, il déambulera sur les pas de Mac Orlan. Le dessin de Briac donne toute sa dimension à ce récit sombre qui se déroule le temps d’une nuit mouvementée. Il offre des pleines pages atmosphériques sur le Brest nocturne qui enrobent le lecteur et stimulent en permanence son imagination. Un récit d’une force rare placé sous le signe d’un auteur à l’œuvre polymorphe défrisante.

Le Gouëfflec & Briac – La nuit Mac Orlan –  Sixto – 2014 – 15,90 euros     

 

thr creep

The Creep de Arcudi & Case – Urban Comics (2014)

De nuit, éclairé d’une simple lampe torche, un homme erre en pleine forêt. Alors que la neige tombe de manière drue il semblerait qu’il se rapproche de ce qui ressemble à une scène de crime. Tout du moins le sang qui affleure sur le lourd manteau neigeux nous le laisse penser. L’homme, n’est autre qu’un détective privé, un certain Oxel Kärnhus. Mais revenons quelques jours en arrière. Un ado vient de se suicider d’une balle de fusil sous le menton. Une mort inexpliquée pour un jeune homme sans souci. Sauf qu’à y creuser un petit peu plus, on apprend que l’un des camarades de la victime venait lui-aussi de mettre fin à ses jours. Oxel Kärnhus est alors approché par la mère du suicidé. A vrai dire la femme connaissait le détective qui lui avait fait la cour quelques années auparavant alors qu’ils fréquentaient le même lycée. Amoureux transi, il sera éconduit par la jeune femme qui le rappelle pourtant à elle aujourd’hui pour faire la lumière sur ce qui a pu advenir à son fils. Elle en est persuadée, même si la police ne trouve rien à redire de cette mort qu’elle classe comme un suicide lambda, la mort de son fils cache une histoire bien plus complexe et bien plus sombre qu’un mal-être adolescent. Oxel Kärnhus mènera l’enquête…

Sur un scénario classique John Arcudi et Jonathan Case livrent un récit particulièrement efficace qui tient pour partie dans la construction de son héros, le détective Oxel Kärnhus. Affublé d’acromégalie, un trouble hormonal qui lui déforme le corps (mains, pieds hypertrophiés, visage carré atteint d’un syndrome dysmorphique), Oxel ressemble bien plus à un phénomène de foire qu’à un détective charismatique de la littérature policière classique. Pour autant son handicap l’a peut-être amené à porter une attention plus singulière sur des aspects négligés de l’affaire par d’autres enquêteurs, tout comme sa laideur, qui inspire tout à la fois crainte et révulsion, lui sert contre toute attente dans les circonstances parfois insoupçonnées. Le dessin, lui, parvient à soutenir le récit sans ambages, tout à la fois direct dans ses intentions tout en s’attachant à donner au détective ce supplément d’humanité par son regard, ses allures, sa façon d’affronter le monde qui l’entoure. Le traitement différencié du dessin sur les flashbacks reste particulièrement réussit. Un récit très agréable à lire !

Arcudi & Case – The Creep – Urban Comics – 2014 – 15 euros

 

Miss Crumble

Détectives : Miss Crumble de Hanna & Guinebaud – Delcourt (2014)

Dans le doux et calme village de Sweet Cove tout semble arrêté. Nous sommes au sortir de la Grande guerre et les combats qui viennent de s’achever incitent à ce repos bien mérité. Repos pour les corps meurtris et les âmes fragilisées par les horreurs perpétrées sur le continent durant plus de quatre ans. Dans ce climat qui aspire à plus de sérénité Miss Crumble, une ancienne institutrice, figure locale, va pouvoir exprimer ses talents pour les affaires non résolues. Si elle porte le nom d’une délicieuse pâtisserie, elle n’en possède pas pour autant le craquant ou la douceur acidulée. Alors que ses journées sont occupées à chasser, fourche à la main, quelques joyeux chapardeurs du village venus lui « dérober » les fraises de son jardin, Miss Crumble apprend que le comte Crackersmith, le séduisant châtelain de la bourgade, tombé aux premières heures de la guerre, revient contre toute attente au village. Mieux il vient en personne rendre visite à Miss Crumble pour l’inviter à la grande réception qu’il organise pour fêter son retour. Mais, dans un village « endormi » – ou presque – au sein duquel une nouvelle donne semblait s’être dégagée, l’arrivée du miraculé va perturber bien des choses…

La nouvelle série-concept Détectives publiée aux Editions Delcourt propose de prolonger le plaisir procuré par la lecture de Sept Détectives, paru deux ans plus tôt chez le même éditeur en changeant la donne de départ. Ici les sept détectives n’agissent pas de concert pour résoudre une affaire troublante qui échappe à la perspicacité de la police de Londres mais se retrouvent seuls aux manettes, dans leur élément naturel, pour résoudre une enquête. Pour lancer cette série c’est donc Miss Crumble qui ouvre le bal. L’institutrice, sous ses airs de perceptrice rugueuse possède pourtant pas mal d’humour et de dérision, certes pimentés à la sauce anglaise mais qui nous ouvrent à cette personnalité singulière qui va nous démontrer ici toute la qualité de son esprit de déduction. Placé sous la houlette d’Herik Hanna, auteur de Sept Détectives, le premier opus de cette nouvelle série est parfaitement maitrisé. Le scénario ficelé aux petits oignons dans lequel l’intrigue se révèle par petites touches, sans nuire à la finale en surprendra plus d’un. Au niveau du dessin Guinebaud assure la mise en ambiance. Il parvient à restituer cette touche So British que renforce une mise en couleur délicate et elle aussi atmosphérique. Une lecture plus que conseillée !

Hanna & Guinebaud – Détectives : Miss Crumble – Delcourt – 2014 – 14,95 euros

 

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Détectives, Richard Monroe de Hanna & Sure – Delcourt (2014)

Los Angeles, 1935. La mode n’est pas à sauter par la fenêtre d’un immeuble plutôt haut, mais c’est pourtant ce que fait Richard Monroe, un détective plutôt réputé dans le milieu. Il faut dire, comme il l’affirme lui-même à la police locale, que des balles d’un gros calibre se dirigeaient dans la même direction que lui au moment de sa chute et que le choix entre mourir d’une balle dans la tête et mourir d’une chute vertigineuse s’est imposé de façon naturelle à lui. Et pour tout dire il a eu raison. C’est ça le flair des grands, de ceux que la nature a doté d’un sens inné face aux situations à risque. Mais revenons un peu en arrière pour tenter de comprendre ce qui a bien pu arriver à Richard Monroe pour qu’il se retrouve dans cette fâcheuse position. Tout a commencé lorsque le détective accepte d’assurer la protection de la célèbre actrice Ava Lamont. Celle-ci brille de mille feux depuis un certain temps et l’annonce de la première de son nouveau spectacle Who killed the fantastic Mister Leeds ?, qui sera donné au High Tower Hotel, attire toutes les attentions, toutes les envies et toutes les jalousies. La jeune et belle actrice partage l’affiche avec le nom moins charismatique James Cromley, lui aussi adulé par des foules de spectateurs. Tout concours à faire du nouveau spectacle donné une réussite retentissante. Sauf que la scène au cours de laquelle Ava Lamont doit tirer à blanc sur l’acteur se transforme en véritable tragédie puisque James Cromley ne se relèvera pas… devant des parterres de témoins Ava Lamont ne pourra nier avoir tué celui qui partage l’affiche avec elle. Pour la police locale, l’affaire semble limpide. C’est dans ce contexte que la perspicacité de Richard Monroe va entrer en jeu pour dénouer les zones d’ombres qui entourent cette affaire…

Après Le monstre botté qui mettait en lumière les talents de déduction de Miss Crumble, Who killed the fantastic Mister Leeds nous présente Richard Monroe dans une affaire qui ne possède pas la limpidité qu’elle affiche en façade. Premier élément et ô combien essentiel, Ava Lamont, si elle a bien tiré sur James Cromley lors de la scène au cours de laquelle l’acteur a perdu la vie, ne serait pas la seule à avoir fait un carton. Il semblerait en effet qu’un tireur embusqué aurait profité de cette occasion pour faire feu lui-aussi mais avec de vraies balles. Au fil de son enquête Richard Monroe va dénouer les fils d’une histoire qui met en jeu des intérêts privés bien particuliers. Au niveau du scénario Hérik Hanna livre avec cette seconde enquête de la série Détectives un récit qui mêle tout à la fois un suspense tenace et un humour omniprésent. Le portrait de son héros s’affine au fil des planches et de l’avancement de l’enquête tout en révélant ce qui fait de lui un détective hors pair. Le dessin de Sure reste dans la ligne de celui de Guinebaud, efficace et totalement en phase avec son époque. Une série qui démontre en seulement deux opus son formidable potentiel.

Hanna & Sure – Détectives, Richard Monroe – Delcourt – 2014 – 14,95 euros

 

Bloche

Jérôme K. Jérôme Bloche : L’Ermite de Dodier – Dupuis (2014)

Il existe parfois des affaires simples qui vont pourtant changer bien des choses sur la personne que nous sommes. Jérôme Bloche, détective privé de son état, débarque un matin chez un notaire du nom de Sénéchal qui veut lui confier une mission dont il ne peut saisir d’abord la portée : faire parvenir à un homme du nom d’Antoine Oliveira un pli simple conformément aux dernières volontés de l’un de ses clients. Pour le détective cette mission pourrait tout simplement être confiée aux services postaux. Sauf que le village dans lequel réside le destinataire n’existe plus administrativement, celui-ci ayant été rayé de la carte, noyé par les eaux après la construction d’un barrage. Jérôme Bloche accepte l’affaire et prend la destination du fameux barrage afin de remettre la main sur ce destinataire mystérieux aidé en cela par Babette…
Jérôme K. Jérôme Bloche demeure depuis plus de trente ans maintenant l’une des séries les plus marquantes du neuvième art. Pas qu’elle renouvelle le genre ou qu’elle s’alimente de récits documentés aux thématiques riches, mais par sa propension à réduire à peau de chagrin la distance qui sépare son héros du lecteur que nous sommes. Jérôme Bloche n’est pas un super-détective sans faille ni peur, ici son aversion et sa phobie pour l’avion occupe une partie du début du récit, il reste profondément humain, avec cette attention portée aux gens qu’il rencontre dans le cadre de ses enquêtes. Dans ce vingt-quatrième opus de la série Dodier offre un regard sur un ermite retiré du monde depuis la disparition de son village recouvert par les eaux suite à la construction d’un énorme barrage dans son secteur. L’ermite, dont la maison familiale s’élevait au-dessus du cœur du village et de son cloché, n’a jamais quitté la région et garde avec lui des secrets enfouis depuis des décennies. Jérome Bloche dans le cadre de sa mission fera ressortir des éléments d’un passé trouble à jamais révolu. La construction du récit, par l’utilisation de flashbacks successifs, qui participent à la compréhension globale de cette sombre histoire, permet de faire croître la tension dans une histoire où la donne humaine transpire de chaque planche. Lorsque le récit s’achève le lecteur se trouve envahit d’un étrange bien être, un peu comme si notre détective venait de nous confier lui-même les moindres détails de son histoire. Superbe !

Dodier – Jérôme K. Jérôme Bloche : L’Ermite – Dupuis – 2014 – 12 euros

 

Watson

Dr Watson de Betbeder et Perovic – Soleil (2014)

Holmes tombe depuis le haut des chutes de Reichenbach. Poussé par son ennemi de toujours, le professeur Moriarty, autrement dénommé le Napoléon du crime, le célèbre détective a sans aucun doute rendu l’âme et ce même si son corps n’a pas été retrouvé, pris qu’il a été dans les bouillonnant remous des chutes. Pour Watson le coéquipier et ami de toujours, Holmes n’a pourtant pas pu disparaitre comme cela et il croit encore bel et bien en l’impossible même si la presse et les proches du détective se regroupent pour lui rendre un dernier hommage. Pour Watson la vie doit pourtant reprendre ses droits même si le quotidien se trouve bien plus lice que par le passé. Il reprend malgré tout son travail jusqu’au jour où il fait la rencontre d’une liseuse de bonne aventure auprès de qui il aura une véritable révélation qui pourrait bien le faire glisser dans la folie et dans une aliénation certaine…  

Un dossier Détective sans la présence directe ou indirecte de Sherlock Holmes, le maitre en la matière, serait un affront au genre. Et pour tout dire les séries qui prennent corps dans le Londres de la fin du dix-neuvième siècle sont légion pour le meilleur et pour le pire. Alors, lorsqu’un éditeur nous propose de prolonger le plaisir du texte de Sir Arthur Conan Doyle dans une énième série du genre, série tapissée d’un volet fantastique qui pourrait la faire sombrer dans des abysses de médiocrité, notre regard est forcément attentif. Car le plaisir d’une aventure contée par les mots de Conan Doyle ne saurait souffrir d’un manque de caractère, de fond et de cette ambiance si caractéristique attachée à l’univers construit autour du grand détective. Avec ce premier tome de cette nouvelle série Stéphane Betbeder contourne une partie du problème en s’attachant à construire son propos non pas autour de Holmes mais de son non moins célèbre assistant le Dr Watson. Et pour tout dire cela fonctionne plutôt bien. Watson ami de toujours de Holmes, même dans les pires circonstances, ne peut pas admettre la mort de celui avec qui il partageait intellectuellement la vie autour d’enquêtes souvent à rebondissement. La disparition de Holmes se solde par une lente aliénation du Docteur qui croit encore en l’impossible. Car le corps de son mentor n’a pas été retrouvé… Sur le fond l’album se construit autour de ce lent glissement dans une folie douce que contrebalance l’enquête que le Docteur entreprend autour de la rivalité de deux photographes capables de révéler des clichés surprenants. Sur la forme le dessin de Perovic parvient à restituer l’ambiance british de la fin du dix-neuvième siècle, une ambiance qui doit aussi à la mise en couleur atmosphérique de Véra Daviet. Concrètement le récit puise dans la nouvelle Le Dernier Problème de Conan Doyle dans lequel apparait pour la première fois Moriarty et qui se conclut par la mort des deux ennemis dans les chutes de Reichbenbach. Conan Doyle faisait croire en la mort de Holmes dans ce texte mais le faisait « renaître » quelque temps plus tard… La transposition en BD de cet épisode est plutôt bien ménée. C’est propre, plein de possibles, avec cette petite touche de déraison par rapport à l’univers original de Baker Street, donc vivement conseillé !

Betbeder & Perovic – Dr Watson – Soleil – 2014 – 14, 50 euros

 

SceneDeCrime

Scène de Crime de Ed Brubaker, Michael Lark & Sean Phillips – Delcourt (2013)

Jack Herriman est un détective privé. Il traîne quelques casseroles. Il n’a, déjà, jamais voulu être flic comme son père, célèbre dans les forces de l’ordre. Et puis la chance ne lui sourit pas toujours, que cela soit dans sa vie personnelle ou professionnelle. Un soir de déprime, encore un, notre ami est contacté par un flic qu’il ne connaît que trop bien. Il lui parle de sa copine, Alex, dont la soeur a disparu. L’homme ne peut a priori pas s’en charger pour des raisons personnelles, enfin c’est ce qu’il dit. Jack se met alors en piste pour retrouver Maggie, la disparue. Celle-ci semble s’être faite embarquer dans une secte, la maison Luna.

Mais Maggie n’est plus dans cette secte, elle s’est enfuie, sans dommages. Jack la retrouve assez facilement et il passe même une soirée avec elle, tranquillement. Seulement voilà, le lendemain matin on retrouve le corps inanimé de la jeune fille, abattue par balles. L’histoire semble plus compliquée que prévue, cela peut même remonter à de nombreuses années…

Ed Brubaker n’est pas un débutant. Il est même un spécialiste des polars. Rappelez-vous nos chroniques de Fatale T1 et T2. L’homme a décidément du talent. Il arrive à nous vendre une histoire somme toute banale dans les premières pages de cette BD et puis, tout d’un coup, le récit bascule. Alors qu’on pense être sur les rails, Brubaker fait une nouvelle embardée pour nous paumer un peu plus.

Il aime le polar, cela se sent. Chaque case, chaque bulle sont empreints de cette passion. Alors oui, c’est du polar à l’américaine finalement assez classique mais il y a ce petit quelque chose en plus qui le magnifie. Il nous décrit ici des personnages torturés. Le héros n’en est pas un, il a sa part de problèmes. Il manque d’ailleurs singulièrement de charisme mais, justement, on sent bien la volonté de l’auteur de ne pas personnifier cette histoire. Pas de héros, pas de personnage central au-dessus du lot. C’est simplement un drame humain qui trouve ses origines, une fois de plus, dans l’enfance.

C’est donc du grand art servi par un dessin sombre à souhait. Le trait est fin et les couleurs donnent une ambiance toute particulière à l’ensemble.

Le polar du mois d’octobre.

Ed Brubaker, Michael Lark & Sean Phillips – Scène de Crime – Delcourt – 2013 – 14,95 euros

 

Stumptown

Stumptown de Greg Rucka & Matthew Southworth – Delcourt (2012)

Vous suivez Dex Parios, une jeune femme détective privé. Elle a un gros défaut, elle joue au casino et ne sais pas s’arrêter, surtout quand elle perd. Cela la met dansune situation plus qu’indélicate avec une dette très conséquente. C’est alors que la directrice du casino lui propose un deal lui permettant d’effacer sa créance. Il faut que Dex retrouve la petite-fille de la patronne de ce monde du jeu. Elle a en effet disparue depuis trop longtemps maintenant. Le hic, c’est que l’enquête est à peine commencée que deux inconnus viennent pour dissuader notre héroïne de poursuivre ses investigations. Il semblerait aussi qu’une des familles les plus influentes de la région soit impliquée. Evidemment, le fait que cette famille trempe dans la mafia locale n’arrange rien à notre affaire.

Voilà un polar tout ce qu’il y a de plus classique. Une disparition, des hommes de main énigmatiques, une famille louche et quelques petites surprises. C’est d’ailleurs ce classicisme qu’on pourrait reprocher à cet ouvrage. Les ficelles ont du mal à nous surprendre et les rebondissements sont souvent prévisibles. Malgré cela, on ne peut pas s’empêcher d’éprouver de la sympathique pour cette BD. Cela est essentiellement du au personnage principal. Un petit bout de femme qui s’occupe de son frère trisomique et qui ne fait aucune concession, même au plus fort du danger. On ressent pourtant une forme de faiblesse chez elle et c’est cela qui la rend si attachante. L’ambiance plaira aussi aux adeptes des polars. C’est sombre à souhait, c’est cynique à souhait. D’ailleurs tout cela est admirablement servi par un dessin qui force la main sur la noirceur. Voilà donc un comics honnête à défaut d’être totalement original.

Greg Rucka & Matthew Southworth – Stumptown – Delcourt – 2012 – 14,95 euros

 

LongHalloween

Un Long Halloween de Jeph Loeb & Time Sale – Urban Comics (2013)

Carmine Falcone, appelé “le romain”, règne sur la pègre de Gotham City. Le chevalier noir a, bien entendu, un oeil sur lui et il n’est pas seul pour le surveiller. Le procureur Harvey Dent et le commissaire Gordon sont de la partie pour éradiquer les malfaisants de la ville noire. C’est la routine finalement non ? Seulement voilà, un mystérieux meurtrier surnommé “Holiday” décime les rangs de cette pègre et il choisit de le faire les jours de fête. Nos amis se lancent alors à la poursuite de l’inconnu mais un autre personnage fait son apparition et il cherche, lui aussi, le tueur en série. Il est déguisé en clown et s’appelle le Joker …

Voilà le trio Batman-Dent-Gordon lancé dans une croisade contre le mal. Un Long Halloween est un album mythique dans le monde de Batman. Il repose justement sur ce trio qui introduit, pour une fois, un représentant de la justice, un procureur, qui va s’associer au duo habituel constitué du héros et du policier. Christopher Nolan affirme s’être inspiré de cette histoire pour le script du Dark Knight. Que dire sinon que l’album nous a scotchés. Les personnages sont tous des cinglés en puissance. Dent est obsédé par la justice, Catwoman mène un double jeu, le Joker est fidèle à lui-même, Carmine Falcone est un mafieux comme on en fait plus, j’en passe et des meilleurs. Tout au long de cette course effrénée contre la mort, on cherche l’identité de Holiday et les pistes sont nombreuses, bien assez pour perdre le lecteur. Les alliances sont incertaines aussi, suffisamment floues pour maintenir un suspense du diable. Aucun vilain ne manque à l’appel et Batman montre une fois de plus une forme de côté sombre. Et puis la fin, quelle fin mes amis ! En bref, c’est du grand Batman servi par un dessin tout en ombres, nuances et crayonnés. 416 pages de bonheur. Encore !

A noter que vous pouvez aussi retrouver Jeph Loeb et Time Sale sur deux autres perles Batman : amère victoire et des ombres dans la nuit.

Jeph Loeb & Time Sale – Un Long Halloween – Urban Comics – 2013 – 35 euros

 

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Tsunami de Pendanx et Piatzszek – Futuropolis (2013)

Le tsunami de 2004 a laissé des traces dans nos esprits. En partie en raison des dégâts colossaux qu’il a occasionné et des vies reprises par dizaine de milliers, ce qui pourrait être bien suffisant, mais aussi et surtout par la quasi inéluctabilité de l’évènement. Le tsunami fait partie de ces catastrophes imprévisibles qui laisse l’homme sans voix, sans aucun autre réflexe que celui de crier sa défiance en une nature qui lui joue de plus en plus souvent des tours au point de le faire douter du bon ordonnancement du monde. Le tsunami de 2004 aura donc brisé des vies. Directement par les flots de vagues tentaculaires qui se sont abattues en maints points de l’Asie au même moment plongeant des populations pas forcément préparées dans le plus grand chaos, et indirectement par les séquelles invisibles ou presque laissées derrière.

Romain Mataresse, jeune homme d’une vingtaine d’années, débarque à Bandah Aceh avec la ferme intention de comprendre ce qui a bien pu arriver à sa sœur, engagée dans les équipes de secours des victimes du tsunami. Elle était médecin, et a disparu un jour sans raison apparente. Depuis le plus grand doute plane sur Romain, qui s’il envisage le pire, espère encore pouvoir, dix ans plus tard, retrouver des indices qui pourraient lui permettre si ce n’est de la retrouver, de comprendre son parcours sur l’île de Sumatra. La police locale qui affirme avoir opéré une enquête digne de ce nom, ne peut que souhaiter bonne chance à Romain dans ses tentatives de recherches assurément veines. Mais bon, le jeune homme n’a pas fait le déplacement pour rien. Si les indices sont maigres, il pense être animé par une volonté tout autre que celles d’autorités débordées de l’époque… Il traversera le pays d’île en île, se fera rouler comme bon nombre de touristes repérés à des kilomètres à la ronde, se défrisera en absorbant toute drogue pouvant lui tomber sous la main, manière de faire honneur aux producteurs locaux, et sera sujet à toute sortes d’hallucinations plus ou moins fantasmagoriques. Mais au bout du chemin, réussira-t-il la quête qu’il était venu accomplir pour la mémoire de sa sœur ainée ?

Pendax et Piatzszek forment un duo qui fonctionne à merveille. En raison sûrement de leur vision proche dans le traitement des sujets, qui contournent les évidences pour se pencher sur les à-côtés, ce qui ne se voit pas de prime abord mais qui recèle un fourmillement d’indices, de lectures possible, de potentiels à explorer. Ici l’histoire se veut toute simple, construite autour d’un anti-héros avec ses faiblesses et ses espoirs. Ils arrivent à faire avec de petits riens collés bout-à-bout une histoire qui regorge d’émotions brutes sans tomber dans le larmoyant ou l’apitoiement. A travers cette histoire Piatzszek, qui connait bien cet archipel océanien, livre un récit qui ne se fait jamais trop bavard mais pose avec justesse un regard sur la reconstruction, celle d’un pays ravagé, celle de la mémoire fuyante et celle d’un homme venu chasser ses fantômes. En cela le récit, porté par un Pendax au sommet de son art, précis et suggestif sur chaque plan, mérite une lecture avisée…

Pendanx et Piatzszek – Tsunami – Futuropolis – 2013 – 20 euros

 

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Rouge Karma d’Eddy Simon & Pierre-Henry Gomont – Sarbacane (2014)

L’Inde, pays aux mille visages, fascine pour sa richesse culturelle, son patrimoine encore préservé tout autant que pour ses coutumes qui la teintent parfois d’un halo de mystères. Pour autant la pauvreté qui y règne frappe le voyageur qui se perd dans ses ruelles et ses quartiers non balisés. Lorsque Adélaïde débarque à l’aéroport international de Kolkata (Calcutta) avec un ventre rond qui affiche une grossesse bien avancée, on se demande bien ce que la jeune femme est venue chercher. Aussitôt prise en charge par un taxi affable, elle demande à être conduite au commissariat central, au grand étonnement de son conducteur. Elle sera reçue par un fonctionnaire de police à qui elle déclarera la disparition de son fiancé. Mais l’administration indienne n’est pas à proprement parlé d’un dynamisme et d’une volonté à toute épreuve. L’officier lui indique mollement qu’il mènera une enquête mais, à la manière dont il l’indique à la jeune française, tout porte à croire qu’il n’en fera rien. Elle décide alors, malgré la fatigue qui l’envahit, d’occuper le temps de son séjour à retrouver la trace de son ami avec l’aide du taxi qui la suit depuis le premier jour…

Eddy Simon le scénariste de ce projet est tombé amoureux de l’Inde il y a un certain temps déjà. Avec Rouge Karma il réunit tous les éléments qui fonde aujourd’hui ce vaste pays, un pays fait de contrastes, qui juxtapose sans que cela n’étonne personne, les richesses les plus fabuleuses et la pauvreté la plus prégnante, les mélanges de religions, de couleur, les différences criantes entre le Nord et le Sud du pays. Au milieu de cette immensité, l’image de la fragile Adélaïde, enceinte de huit mois, détonne. Elle porte sur elle les incertitudes de son couple, son fiancé serait parti sur une brouille, mais aussi et surtout les questionnements sur ce qui a pu lui arriver. Engagé pour travailler dans une boîte comme informaticien, il s’avère que sa trace s’efface presque partout où il a pu passer. L’enquête que mènera la jeune femme nous permettra ainsi de nous mener dans les zones qui n’ont rien des cartes postales habituelles. On y découvre les quartiers populaires mais aussi les points chauds de Calcutta, avec tous les dangers qui s’y cachent. Loin de la légèreté du Bollywood, Eddy Simon aborde des thèmes contemporains qui gangrènent le pays comme la corruption de son administration, les problèmes de l’eau, de la répartition des richesses… Mais ce qui marque encore plus reste peut-être cette attention portée à la donnée humaine. Le portrait de la jeune Adélaïde est saisissant, tout comme les (anti)héros qui parcourent l’album. En cela le projet se fait accessible, comme si cette histoire était celle vécue par une amie proche. Le dessin de Pierre-Henry Gomont épouse parfaitement son sujet. La description du Calcutta « off » nous en met plein les mirettes, le tout porté par des couleurs et des teintes à l’image de ce pays, plurielles et chaleureuses. Un album qui ne laisse pas indifférent…

Eddy Simon & Pierre-Henry Gomont – Rouge Karma – Sarbacane – 2014 – 22 euros