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Focus Polar : Les récits noirs & psychologiques

La vie tisse parfois des destins brisés avec leur lot de péripéties sombres voire sordides. On parle ainsi de récits noirs et/ou psychologiques, des histoires qui s’attachent tout autant aux évènements qu’aux personnages. Des récits durs, où les écrins de lumière se font parfois de plus rares et éphémères mettant en avant les manques d’une société, ses tensions et la dureté de vies martelées qui tentent pourtant de surnager pour ne pas sombrer…

 

Hard M

 

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Hard Melody de Lu Ming – Mosquito (2014)

Début des années 2000. La Chine goute enfin à l’esprit de liberté. Une liberté durement gagnée qui tombe parfois dans l’expression la plus radicale des envies et des passions trop longtemps contenues. Ils sont trois amis amateurs de musique, de rock énergique et ils ne jouent pas trop mal de leur instrument respectif. Le groupe qu’ils ont fondé, Au fond du ciel bleu, reste promis à un bel avenir. Oui mais voilà, dans un pays qui se cherche encore, et au sein duquel l’argent ne coule pas à flot continu comme dans certains autres pays fantasmés, la dure loi de la vie les rattrape bien vite. Ils vont s’écarter de la création musicale pour devenir militaire, agent immobilier ou entrepreneur dans la confection. Les rêves de gloire sont bien loin… Ils vont se retrouver dix ans plus tard pour se remémorer les jours passés, entrevoir un retour sur scène et tenter de chasser les vieux démons. Dans un pays où les possibles explosent, où les passions peuvent enfin trouver grâce aux yeux d’un peuple qui croit en sa chance, les désillusions lointaines parviendront-elles à être définitivement chassées ?

Avec Hard Melody nous entrons de plain-pied dans un récit noir psychologique. Les trois héros dépeints par Lu Ming symbolisent une société chinoise en transition. Loin des idéaux passés, pas encore totalement débridée, la nation la plus peuplée de notre globe traine avec elle ses boulets passés et, lorsque le libéralisme s’introduit dans la vie communautaire, il le fait au détriment des intérêts généraux et aux seuls profits de quelques entrepreneurs avides d’argent frais. Dans ce monde en transition nos trois héros vivotent. Ils ont gouté à une gloire éphémère mais ne peuvent accomplir leur rêve les plus fous. Dans un contexte de tension permanente, d’aléas sur l’avenir et de désillusions chroniques, ils lutteront jusqu’au bout… Le dessin de Lu Ming laisse exploser la force dans un noir et blanc d’une expressivité rare. Le réalisme se lit jusque sur les visages des hommes tourmentés. La peur, la désillusion, la tension, la joie, la contrariété, la haine se lit dans un réalisme saisissant. Les pleines pages ou double-pages offrent des moments de pose dans un récit qui se décline sur un rythme volontairement lent pour mieux saisir les désenchantement pesants qui envahissent les trois héros de ce récit coup de poing. Un album incroyablement indispensable…

Lu Ling – Hard Melody – Mosquito – 2014 – 15 euros

 

Iron bound

Iron bound de Brendan Leach – çà et là (2014)

Newark, banlieue pauvre de New York. Nous sommes au début des années 60, des années qui feront sonner un vent de révolte sur les Etats-Unis par le biais des manifestations de la population noire-américaine mais aussi en raison d’un déclin économique progressif qui entrainera quelques années plus tard la ruine complète de la Ville. Dans ce contexte de tension permanente, les oubliés de la vie et les laissés pour compte, qui vivotent souvent de petits larcins, pullulent à tous les coins de rue. Certains d’entre eux arborent fièrement leur cuir noir qui leur permet de symboliser leur appartenance à un quartier ou à un gang. Eddie et Bento font partie de ceux-là, ils donnent à voir ce que pouvait être le « folklore » local de cette cité qui à vue naitre, entre autre, Amiri Baraka, Paul Auster et Allen Ginsberg.

Un soir alors qu’ils sont tous les deux dans un bus de ville, un homme, dérangé par leur conversation bruyante, leur demande de parler moins fort. Pour Bento cette harangue, non justifiée à ses yeux, sonne comme une vraie provocation, de celles qui le font sortir de ses gonds. Malgré les tentatives d’Eddie de le contenir, Bento se jette sur l’homme et le matraque à l’aide de ses clefs qu’il utilise comme d’un poing américain. Le sang se répand au sol et les deux zonards s’enfuient. Après cette agression gratuite ils seront suivis de près par un flic véreux et mystérieux qui tentera d’établir le « contact »…

Brendan Leach, repéré pour son précédent album déjà paru chez çà et là (Chasseurs de Ptérodactyles), nous reviens avec un récit coup de poing sur la jeunesse américaine sacrifiée des sixties. La ville de Newark a été un haut lieu de manifestation violente à la fin des années 60 qui amena la ville à se dégrossir de ses habitants les plus huppés qui rejoignirent pour certains les boroughs plus sages du sud New York. Le dessinateur se livre avec Iron Bound, un quartier de la ville, à une description chirurgicale de la société urbaine et des dérives violentes qui la gangrénèrent à cette époque trouble, un peu comme avait pu le faire un Gil Scott-Heron dans Le Vautour pour le New York de la même époque. D’un point de vue formel, le dessin de Brendan Leach étonne toujours L’ultra-sensibilité qu’il y développe au travers de traits volontairement fragiles sert son propos en le densifiant. Le dessinateur ne juge pas, il expose une époque et en livre ses conséquences les plus brutales, sans fard, sans ce besoin de comparer entre eux les hommes et les femmes qui vécurent là dans la peur du lendemain. En ce sens il livre un négatif brut d’une époque dans toute sa crudité, les dérives des uns n’étant que la face visible d’un iceberg de tensions contenues…  

Brendan Leach – Iron Bound – çà et là – 2014 – 22 euros

 

La Cabane

La Cabane de Fisher et Stibane – La boite à bulles (2015)

Eté 2002. Un jeune homme est arrêté par la police dans ce qui semble être une usine désaffectée. Des ambulanciers sortent des lieux un brancard couvert d’un drap qui cache à n’en pas douter le corps d’un homme ou d’une femme. Au même moment, un peu plus loin, deux autres garçons s’enfoncent dans la forêt. En un lieu défini, près d’une cabane en rondins, ils y enterrent un sac et repartent. Dix ans plus tard, au plein cœur de l’hiver, les deux garçons devenus de jeunes hommes reviennent sur leur pas pour déterrer le sac qu’ils avaient enfoui et peinent, sur des sentiers enneigés, à retrouver leur chemin. Caché sous la terre le sac renferme un argent pas forcément très propre. Nous appendrons par flashbacks successifs ce qui s’est passé dix ans plus tôt et nous comprendrons alors les raisons pour lesquelles Olivier et Nicolas, les deux jeunes hommes, se trouvent aujourd’hui envahis par la culpabilité et le remords. Ou comment trois ados, amis de toujours, plongent dans la délinquance…

Pas forcément un thriller au sens propre du terme La Cabane tiendrait plutôt du récit sombre et psychologique dans lequel la délinquance, qui entraine le glissement progressif des personnages vers un contexte qu’ils ne maitrisent pas, apparait comme une machinerie incontrôlable de laquelle toute marche arrière devient impossible. Benjamin Fisher avait signé il y a quatre ans un scénario remarqué autour d’un braquage raté aux conséquences désastreuses pour une palanqué de truands plus ou moins établis (Braquages et bras cassés). Il revient avec un récit peut-être plus intimiste construit autour de trois jeunes hommes qui vont se trouver pris dans la spirale amère de la délinquance. Amère car les gains sont rarement à la hauteur des pertes qui s’accompagnent souvent de fracas en cascade. Ici c’est Ben, qui pourrait passer pour le sacrifié. Il a écopé de dix ans de prison pour la mort d’un policier qu’il n’a pas tué. Mais il n’a pas balancé et vient demander maintenant son dû. Un dû bien maigre au regard des dix ans passés à l’ombre… Le scénariste juxtapose le destin des trois hommes et expose les décalages que le temps a forgés. Pour Olivier et Nicolas la vie ne s’est pas arrêtée en 2002. Pour Ben au contraire la prison sonne comme un coup d’arrêt, le temps à rattraper ne se rattrapera pas… Le dessin de Stibane sert son propos, il pointe sur le tragique des situations exposant le désarroi des uns et des autres. Dans un contexte de sinistrose ambiante il parvient à conserver une unité sans pour autant se faire pesant. Chapeau !

Fisher & Stibane – La Cabane – La Boite à bulles – 2015 – 18 euros

 

Le cadavre et le sofa

Le cadavre et le sofa de Tony Sandoval – Paquet (2014)

Dans une campagne un peu sinistre un enfant disparait. Tous les parents cantonnent alors leurs gamins à des activités intérieures et les landes sans fin se trouvent dès lors purement et simplement désertées. Un garçon du nom de Polo brise pourtant la règle et déambule dans les champs, les prés et tout cet environnement interdit qui renferme peut-être un tueur ou un maléfice irrésolu. Seul, Polo pense l’être, pourtant il rencontrera bientôt une jeune fille de son âge, tout aussi étrange que lui. L’espace d’un été les deux gamins se lieront d’une vraie amitié et côtoieront l’étrange. Il se pourrait même qu’ils lèvent le voile sur la mystérieuse disparition de l’enfant…

Le dessin de Tony Sandoval construit des univers troubles plongés dans un onirisme et une poésie savamment distillés. Onirisme et poésie renforcés par une couleur qui se veut apaisante au regard mais qui stimule en permanence l’imagination. Sur le fond l’auteur mexicain construit son histoire sur deux/trois ingrédients a priori anodins qui forment un tout. Le suspense qu’il déroule tout au long de ce récit, mâtiné d’un brin de fantastique, se trouve dopé par le regard que les enfants portent sur le monde qui s’ouvre à eux. Dans ce cadre de campagne fuyante qui laisse quant à lui un terrain de jeu incroyable au jeune Polo et à son amie Sophie, s’alimente la machine à rêve, celle capable de dessiner les plus incroyables et effroyables créatures (ici les loups garous). La noirceur du récit teinté du suspense sur la disparition du jeune Christian offre au lecteur cette touche d’indéfinissable, d’impalpable propre aux récits qui marquent les esprits une fois fermée l’album. Publié une première fois il y a un peu plus de sept ans, ce récit restait depuis introuvable. La superbe, précieuse et raffinée collection Calamar de l’éditeur Paquet permet de combler ce vide. Ne laissez pas filer votre chance de (re)découvrir ce récit !

Tony Sandoval – Le cadavre et le sofa – Paquet – 2014 (rééd.) – 17 euros

 

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Lance Crow Dog de Séjourné et Perrotin – Sandawe (2014)

Lance Crow Dog n’aurait jamais dû embrasser une carrière d’inspecteur au FBI. D’autant plus si l’on considère le passé du jeune homme. Un passé tragique dans lequel son père, sioux oglala et sa mère, d’origine irlandaise, furent massacrés par des agents de cette même institution popularisée en son temps par un certain John Edgar Hoover. Au sortir de l’école et de par ses origines, Lance Crow Dog hérite du secteur d’Albuquerque, en plein Nouveau-Mexique. On le retrouve alors qu’il enquête sur une histoire sordide dans laquelle un criminel vient de tuer des indiens d’un âge certain. Après les meurtres des deux vieillards le tueur a pris soin de découper leur visage avant de les permuter entre eux. Mise en scène destinée à tromper le FBI ? Acte d’un fou sanguinaire ? Pratique rituelle ? Lance Crow Dog remonte les pistes et amasse les indices qui forment un puzzle bien plus complexe qu’il n’y parait. Il y est question notamment d’une unité spéciale navajo utilisée durant la guerre de Corée. Une unité qui aurait pu commettre des actes ignobles sur les populations civiles, il y est question aussi d’un trésor de guerre cachée quelque part en plein désert ou ailleurs qui attise les convoitises. D’ordinaire solitaire, Lance Crow Dog se voit attitré une jeune équipière, Helen, qui, quoique novice, possède un sens de la répartie et une capacité de déduction redoutable. Sur le papier tous les oppose, elle, blonde à la peau diaphane, plutôt ouverte lui brun, métis et renfermé sur lui-même. Après un round d’observation réciproque, le duo se mettra néanmoins à fonctionner et plutôt de belle manière. Au point que les deux se rapprocheront intimement… Au fil du temps nous découvrirons aussi des pans entiers de l’histoire passée de l’inspecteur, sa relation compliquée avec certaines femmes comme la belle indienne Vernona (tome 2) ou Taïna, une autre agent du FBI avec qui il envisageait un futur possible à deux (tome 5). Les histoires sordides s’accumulent sur le bureau d’Albuquerque et Lance Crow Dog et Helen œuvrent souvent dans des contextes risqués…

Par l’entremise d’un riche background Serge Perrotin et Gaël Séjourné construisent une série plutôt agréable à suivre. Si dans chaque histoire le polar prend une place de choix, le contexte social n’est en rien négligé. Bien au contraire il est au cœur de chacun des récits. Les réserves indiennes et les villes américaines qui s’élèvent juste à leurs bordures sont empreintes de tensions raciales permanentes accentuées par une extrême pauvreté qui ne permet d’envisager un futur radieux. Portés par des activistes hostiles à toute entremise avec le blanc raciste qui pullule jusque sur les terres sacrées, de nombreux jeunes indiens se referment sur eux au point de nuire à la l’image de la communauté. Le FBI a souhaité affecter Lance Crow Dog au Nouveau-Mexique, dans un contexte qu’il est sensé  connaitre. Pourtant l’inspecteur métis, de par son mélange de sang et son apparente acculturation, n’est qu’un flic blanc pour les indiens. Les rapports qu’il entretien avec la police tribale s’en trouvent marqués. Dans ce contexte Lance Crow Dog livre le meilleur de lui-même et, une fois briser la carapace s’avère être un homme sensible au passé chargé, marqué par de multiples blessures morales. Avec sa coéquipière Helen Catwright ils sillonneront les terres sioux  et navajo avec respect et l’idée que la justice doit passer partout pour permettre à chacun de se sentir en sécurité dans des terres déjà martelées par des chaleurs suffocantes. Une série addictive qui mérite une relecture par le biais de cette intégrale de belle facture réalisée par les éditions Sandawe.

Perrotin & Séjourné – Lance Croww Dog – Sandawe – 2014 – 35 euros

 

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Codeflesh de Casey & Adlard – Delcourt (2014)

Cameron Daltrey est un agent de probation. Il doit donc surveiller ses clients et les convaincre de se présenter au tribunal le moment venu. Il fait preuve d’un beau tact avec ceux-ci voire même d’une certaine humanité. Mais les bandits sont les bandits, il n’est pas rare qu’ils préfèrent prendre la poudre d’escampette. J’oubliais un détail, les inculpés en question sont un peu particuliers : ils ont des super-pouvoirs ce qui fait qu’il est compliqué de les faire rentrer dans le rang. Cameron enfile alors une toute autre tenue, celle de Codeflesh, une sorte de super-héros bien hargneux qui va botter les fesses des contrevenants. A cela s’ajoute une histoire d’amour bien mal barrée…

On ne peut pas s’empêcher de penser que les auteurs sont passés à côté d’une belle occasion. Celle de nous raconter une histoire profonde. On a cette sale impression que le récit s’est construit pas à pas, négligeant pour le coup d’imaginer l’histoire comme un tout cohérent. Attention, le comics se lit bien mais on aurait aimé que l’histoire et les personnages soient creusés davantage. En plus il y a moyen de faire quelque chose d’intéressant. On sent une vraie schizophrénie chez notre héros. A se demander d’ailleurs s’il ne souhaite pas que ses ouailles violent leur liberté sur parole. On sent le désir de s’exprimer la nuit à la faveur de ses poings.

L’histoire d’amour ne nous apparaît pas franchement au début. C’est à la fin que l’on réalise l’importance que revêt cette relation. Et c’est bien ce que l’on peut reprocher au récit. Il y a une forme de maladresse dans la façon d’amener les choses.

Reste une ambiance particulière qui nous a plu, notamment grâce au trait d’Adlard. Ce trait qui sied merveilleusement à la noirceur du récit. Car oui tout est sombre, même notre héros. On espère un tome 2 qui nous permettra de vraiment exploiter ce personnage si particulier.

Joe Casey & Charlie Adlard – Codeflesh – Delcourt – 2013 – 14,95 euros

 

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Cinder & Ashe de Conway & Garcia-Lopez – Delcourt (2013)

Cinder et Ashe opèrent en duo. Ils sont une sorte d’agence tous risques à effectif réduit. Les gens ont des problèmes ? Pas de soucis, Cinder et Ashe sont des justiciers au grand coeur. Ashe est un ancien Marines. Il a fait le Vietnam et d’autres théâtres d’opération tout aussi dangereux. Cinder est d’origine Vietnamienne justement, elle a croisé la route d’Ashe là-bas. Ils ont décidé, quelques années après, de ne plus jamais se quitter.

Un beau jour, Wilson Starger, un fermier, vient demander leur aide. Il semblerait que tout s’écroule autour de lui. Sa fille a disparu, ses vaches ont été empoisonnées, les banques le lâchent et sa femme est sur un lit d’hôpital. Oui cela pourrait aller mieux n’est-ce pas ? Le seul hic c’est qu’il n’a pas d’ennemi connu. Les forces qui se déchaînent contre lui semblent disproportionnées pour une personne aussi tranquille. Il y a forcément des enjeux mystérieux derrière tout cela.

Captivant. C’est le mot qui nous vient immédiatement en tête à la lecture de cette BD. Elle ne date pas d’hier puisque sa première édition nous ramène à 1988. Même si les dessins sentent bon le temps passé, le trait possédait à l’époque une forme de modernisme qui lui permet de paraître toujours aussi pimpant 25 ans après. L’intrigue est rondement menée, les ficelles se délient tout doucement pour un suspense assuré jusqu’au bout. Mais ce qui fait la qualité de cette BD, ce sont les personnages et leur histoire. Cinder et Ashe trainent un lourd passé. La guerre a fait son office, du côté militaire pour Ashe et du côté civil pour Cinder. Leur histoire n’est pas artificielle, elle est faite d’humanité. Ce n’est pas non plus une mièvre histoire d’amour, non, on parle ici de deux êtres qui ont compris que leurs routes ne devaient en faire qu’une. Et puis il y a Lacey, cet immonde personnage. C’est grâce à lui que le tension ne se dément jamais, planche après planche. Il représente aussi tout ce que l’Occident sait faire de pire en terre étrangère. Ce comics nous parle d’amour, de miséricorde et de vengeance, la plus froide des vengeances. Laissez-vous tenter par un modèle du genre !

Gerry Conway & Jose Luis Garcia-Lopez – Cinder & Ashe – Delcourt – 2013 – 14,95 euros

 

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Sunlight de Bac & Khattou – Glénat (2014)

Kévin, Caro et Emma sont des jeunes gens en quête de sensations fortes. Leur passion ? La spéléo extrême. Ben oui on s’amuse comme on peut ! Il faut dire qu’entre un fils à papa, une jeune fille en quête de sensations fortes et une autre qui semble avoir une blessure profonde, on se retrouve avec une belle brochette de personnes prêtes à faire tout et n’importe quoi. Leur prochaine expédition se trouve sur les lieux d’une mine désaffectée : des galeries souterraines à n’en plus finir, donc une ambiance propre au danger. Seulement voilà, le danger se révèle surtout dans un puits mal colmaté : les trois aventuriers font une chute de plusieurs mètres en passant au travers de planches bien trop fragiles pour supporter leur poids. Au fond, des galeries bouchées, l’humidité, le froid et impossible de remonter par le puits. Bref, la situation est très délicate surtout que personne ne sait que les 3 sont ici. Nous voilà parti pour un huis-clos étouffant avec ce que cela implique de vieilles rancoeurs, de règlements de comptes et de retours dans le passé, trouble.

Au départ classique (on connaît ce genre de huis-clos), la BD risque de vous surprendre dans la gestion de ses personnages. On apprend ainsi, petit à petit à connaître leur passé, leurs blessures. L’auteur nous présente aussi un groupe plein d’amertume. On peut y voir un petit pamphlet contre ces personnes qui, oisives, cherchent les sensations fortes que certains n’ont pas les moyens de sa payer. Mais il y a aussi une certaine tendresse voire une compassion dans les traits qui nous sont livrés ici. Cette situation inextricable met en avant le vrai moi des protagonistes, ce qui les rend plus humains, plus accessibles.

Christophe Bec sait aussi créer une ambiance oppressante, une sensation d’enfermement sourd. On aime beaucoup, ça c’est sûr.  Et puis la fin est goûteuse, vraiment. 

Christophe Bec  & Bernard Khattou – Sunlight – Glénat – 2014 – 15,50 €