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Il nous a quitté… Gil Scott Heron…

Il est des départs qui nous touchent plus que d’autres. Peut-être que l’influence ou la trace laissée par certains est plus vivace. Peut-être que la portée de leur message est plus profondément creusée dans nos cœurs. Difficile de résumer en quelques mots l’importance d’un artiste qui a, durant sa vie, œuvré à questionner le monde, avec ce message simple et humaniste de partage. Nous disons ici au revoir à Gil Scott Heron et Michel Boujut, deux voix majeures qui nous quittent subitement…

Chanteur, romancier, poète, agitateur, contestataire affirmé, Gil Scott-Heron s’est imposé comme une figure clef de la culture afro-américaine, des années 70 jusqu’à nos jours. Sa disparition le 27 mai dernier laisse un grand vide. Car l’homme ne pouvait laisser indifférent. Certes sa vie fût marquée par les effets de l’absorption d’alcool et d’autres substances illicites qui lui valurent de séjourner durant de longues périodes derrière les grilles de pénitenciers américains mais cela ne cachait finalement que la fragilité du personnage, victime non d’une simple accoutumance mais d’excès de résignation face à une société qu’il ne comprenait pas. Le personnage aura ainsi navigué, sa vie durant, en vents contraires, convaincu de la portée de ses messages mais résigné à les scander toujours plus haut, résigné par une société dans laquelle l’immédiateté prévaut sur une quelconque prise de conscience des problèmes de fond.

Le personnage était-il anachronique, en avance ou en retard sur son époque ? Sûrement. Sa musique, ouverte sur le monde, mêle l’énergie du R&B au jazz, au spoken word et aux différents courants qui lui on permis de s’affranchir d’une culture refermée sur elle-même. Refusant tout revivalisme, il étonnait par la force de ses paroles, dures mais nécessaires pour délivrer des messages d’espoir. Il était en quelque sorte le père qui veillait sur nos âmes endormies. Poussant toujours plus jusqu’à l’excès. S’offrant à nous dans un désintéressement le plus total. Il avait appris à jongler avec les mots dès l’adolescence, avait écrit, à 19 ans seulement, un livre (Le Vautour) dénonçant les dérives d’une jeunesse perdue dans le New York des années 70. Dans celui-ci il étonnait par sa maturité et son analyse quasi-sociologique de cette société américaine « déconnecté » du monde et de ses réalités. Même si l’ouvrage passa inaperçu à son époque, il fût « redécouvert » lors de son apogée musicale et livré non seulement comme un témoignage d’une époque pas si lointaine mais aussi comme contenant les germes des grands combats qu’il mena.

Père du rap ? il sera en tout état de cause l’inspirateur de quelques pointures de ce style même s’il se défendait d’une quelconque paternité. Son intérêt était ailleurs, loin de tout activisme ou étiquetage, il prônait ainsi le mélange des cultures et des esprits, dont la résultante affichait pour lui la plus belle réussite d’une intégration par la culture. Il n’hésitait pas pour autant à dénoncer les dérives et injustices, à décrire les effets désastreux sur la société de la politique de Ronald Reagan, à nous interroger sur le sort des détenus ou à prendre part à la lutte contre l’Apartheid. Même si nous le savons malade, il livre en 2010 un dernier album, I’m New Here, dans lequel dominent une poésie et une émotion rares, retour sur l’essence de sa musique qu’il porte à sa quintessence avec simplicité.

Gil Scott Héron nous manque déjà, signe de l’empreinte qu’il a laissé ici bas, gravée pour toujours dans le bois le plus dur.

 

 Adieu Michel…

La faucheuse ne fait jamais le voyage à vide, elle emporte ainsi dans ses valises sombres un autre artiste tout aussi essentiel, l’écrivain et chroniqueur Michel Boujut, disparu le 29 mai. Ce passionnée de jazz nous avais séduit par ces récits, dont le sublime La Vie de Marie-Thérèse… qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive.

Toujours prêt à dénoncer tel ou tel abus, à nous interpeller sur telle ou telle cause, il aura offert, tout au long de sa vie, un message d’espoir et aura démontré avec brillance que l’on peut encore dire non, qu’il existe des alternatives aux chemins déjà tracés. Il tenait une chronique sur le site Médiapart et venait de livrer en 2010 un roman sur la mort de Gary Cooper, Le jour où Gary Cooper est mort que nous vous invitons à découvrir…  

Michel Boujut – Le jour où Gary Cooper est mort – Rivages – 2010 – 7,50 euros


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