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La BD du jour : Ce qu’il faut de terre à l’homme de Martin Veyron

La vie paisible dans un village russe va se trouver bouleverser lorsque les largesses prisent par les paysans qui la peuple vont se voir remises en cause par un intendant ferme et bien décidé à ramener tout le monde dans le droit chemin. Dans ce climat malsain, un paysan, va pourtant tenter de faire plier les évidences… au prix de son âme…

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Couverture

Ce qu’il faut de terre à l’homme de Martin Veyron – Dargaud (2016)

Deux jeunes femmes discutent à l’intérieur d’une ferme en rodins autour d’une tasse de café. Elles sont sœurs et connaissent des destins pas forcément semblables. L’une réside toujours dans le village rural et a épousé un paysan qui ne ménage pas sa peine, l’autre a connu une ascension fulgurante en liant sa vie à celle d’un notable de la ville à la bourse bien remplie. Au dehors leurs époux respectifs bavassent sur les perspectives d’évolution. Pour le beau-frère du paysan, tout fraichement débarqué, il ne faut pas se contenter de peu et tenter dès que cela sera possible, d’agrandir son domaine et travailler la terre avec l’aide de journaliers. L’arrivée au village d’un intendant pas forcément facile va modifier la donne, mais nos bons paysans, avec à leur tête un Pacôme qui garde en tête les conseils de son beau-frère va pourtant profiter d’une brèche pour enfin mettre dans son escarcelle des lopins de terre qu’il va faire fructifier. Mais l’homme le paysan devenu propriétaire terrien va aussi changer, vendant son âme à la cupidité, une cupidité qui nuit à ceux qui l’entoure…  
Martin Veyron reste un auteur à part dans la sphère du neuvième art. Si la majeure partie de sa carrière a épousé celle du dessin de presse, il laisse quelques œuvres singulières telle Cru Bourgeois publiée chez Albin Michel en 1998 et, bien avant cela, son best-seller L’amour propre ne le reste jamais très longtemps paru en 1983 et vendu à plus de 250 000 exemplaires. Pourtant sa production depuis sa consécration à Angoulême en 2001, où il reçoit le Grand Prix, n’est pas des plus fournie. Il faut vraiment attendre 2011 et 2012 pour le redécouvrir sur ses Marivaudevilles parus chez Dargaud. Autant dire que la sortie en ce début d’année 2016 de Ce qu’il faut de terre à l’homme, adaptation d’un conte de Tolstoï, méritait que l’on s’y arrêta. Et pour tout dire on retrouve toute la subtilité de l’auteur dans la manière de mener son récit. Il livre ici, avec cette adaptation colorée, un vrai bon roman graphique qui prend le temps de dépeindre tout à la fois le cadre de vie de la Barynia, où se passe la majeure partie de l’histoire, et le portrait de Pacôme, paysan ambitieux qui rêve de devenir grand propriétaire terrien. Le conte composé par Tolstoï se concentre essentiellement sur la deuxième partie de la relecture de Martin Veyron, à savoir le voyage de Pacôme chez les Baschkirs de Sibérie et le marché conclu avec le starshina, personnage éminent de cette communauté. Le dessinateur, lui, a pris le parti de s’attarder sur Pacôme et les raisons qui le poussent vers cette soif de terre, de richesses et de puissance. Il nous plonge de fait dans la vie d’un village ordinaire de Russie dans une campagne qui souffre du climat et dont le peu de terre ou de bêtes que possèdent les hommes ne peuvent suffire qu’à vivre en autosubsistance, sans perspective aucune. D’où la soif d’un meilleur sort dont rêve Pacôme et qui le poussera à sa perte. Martin Veyron propose une adaptation qui laisse le temps au climat de se poser. On découvre les hommes, leur sort peu envieux, leurs espérances et leurs craintes, on découvre aussi un pays pas forcément facile qui ne peut se permettre de laisser les terres en jachère, car la jachère reste l’assurance d’aucune récolte même si la surexploitation appauvri irrémédiablement les sols. Le dessinateur parvient donc à nous immerger dans ce conte en se l’appropriant et en jouant sur sa dramaturgie. Du beau travail au service d’un texte de Tolstoï qui exprime tous les dangers de la cupidité des hommes qui perdent leur sens moral, leur âme, pour des richesses matérielles que l’auteur considère comme accessoires et donc inutiles…

Martin Veyron – Ce qu’il faut de terre à l’homme – Dargaud – 2016 – 19,99 euros


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