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La BD du jour : Cornélius Shiel de Mallet et Evangelisti (+ interview de l’auteur)

Un monde bien singulier dans lequel s’affrontent les forces du bien et celles du mal… Ce n’est pas nouveau et pourtant dans les mains de Patrick Mallet Cornélius Shiel est là pour renverser les codes et bien d’autres choses, pour nous faire réagir sur notre rapport au réel et tout ce qui navigue dans l’ombre et ces fameux clairs obscurs…

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cornelius_shiel_1_la_princesse_des_abysses_couverture[1]La couverture de Cornlius Shiel laisse peu de doute sur l’univers dans lequel va se construire ce récit. Deux hommes se font face dans une bibliothèque. Au premier plan celui que nous voyons debout de dos semble arriver dans les lieux, un cahier de notes en main. Le second dans le fond de la pièce est assis en train de lire un livre éclairé par une grande lampe. Par sa posture, sa décontraction, il semble posséder le dessus sur celui que l’on pourrait nommer le visiteur. Visiblement cet échange entre les deux personnages pourrait être la clef de cette histoire. Une histoire qui hume bon le fantastique fin 19ème siècle. Les éclairs qui entourent le visiteur le laissent supposer sans peine tout comme l’éclairage de la lampe qui n’a rien de vraiment naturel. Le décor grandiose qui se déploie sur le mur du fond au-dessus d’une monumentale cheminée parachève cette idée que le récit va nous mener vers des sentiers où se perdre pourrait bien être la seule issue…

Dans le New York chic l’agitation est à son comble. Au Peacock club, les membres se pressent pour évoquer les faits divers qui traversent la City. Au chevet de l’élégante et troublante Miss Brook s’agite un parterre d’hommes lorsqu’arrive un courrier pour Hector Travis, un des pensionnaires de ce lieu à la mode, journaliste de son état. La couleur de l’enveloppe ne laisse aucun doute sur le nom de l’expéditeur… le mystique Cornélius Shiel, érudit et collectionneur de livres et de manuscrits rares. Il est dit que personne n’a réussi à approcher cet homme, même pas Oscar Wilde, c’est dire. Alors naissent inévitablement les plus imaginatives des interrogations dont la principale : que voudrait le collectionneur à un jeune journaliste encore inconnu de tous ? Hector Travis va jouer le jeu et se rendre auprès de l’homme afin de connaitre les raisons de son intérêt…

Cornélius Shiel hume bon le récit d’aventure mâtiné de fantastique et de mysticisme. Rien d’étonnant de trouver Patrick Mallet à l’initiative du projet. Après avoir conjugué le premier conflit mondial à la magie des elfes dans Le Long hiver (Casterman), il nous offre aujourd’hui un récit lui aussi bien singulier qui va mettre aux prises les forces du bien et celles du mal dans des relations propres à faire chavirer nos certitudes. Le bien est-il là où on le pense vraiment ? Le mal ne peut-il pas être moins pire ? Tout du moins plus difficile à cerner que les évidences trop vite édictées ? Des questions qui trouveront leurs réponses dans ce récit dont le premier tome pose les bases : Cornélius livrera à Hector ses mémoires, un peu à la façon d’Anne Rice dans « Interview with the Vampire ». Il offrira des clefs de compréhension et surtout les secrets d’une vie passée à lutter pour faire émerger les pentacles à la surface du globe pour des fins que nous vous laissons découvrir.

Dans ce premier volet outre les bases de l’univers construit, il est question d’une princesse un peu singulière, tout juste sortie de l’enfance et dont le peuple s’est sacrifié pour lui fournir l’énergie nécessaire à ses desseins, qui explique le titre de ce premier opus. D’un point de vue formel Patrick Mallet construit son univers sur des bases qui lui sont chères à savoir le dix-neuvième siècle finissant et sa littérature fantastique, la magie, la mer qui revient sur les devants après avoir livré la série Achab, et cette récurrence chez lui à bousculer l’ordre des choses et jusque nos propres repères ou certitudes. Le charme opère sans mal surtout que le dessin, confié à Patrizio Evangelisti, sublime les scènes. L’atmosphère renvoyée par le trait et les couleurs ajustées au cadre qu’elles dépeignent donne sa pleine force dans le rapport avec un récit qui devrait nous réserver de bien belles surprises… A suivre donc avec intérêt !

Mallet/Evangelisti – Cornélius Shiel tome 1 : La princesse des abysses – Delcourt – 2013 – 14,30 euros

 

Entretien avec Patrick Mallet