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La BD du jour : Fawcett de Dorison & Bocci et Burton de Nikolavitch et DIM-D

Après Magellan et Kingsley la collection Explora dirigée par Christian Clot chez Glénat nous revient avec deux nouveaux volets consacrés à deux figures marquantes des explorations contemporaines, Richard Francis Burton et Percy Harrison Fawcett. Des sources du Nil aux forêts amazoniennes, nous plongeons sur des sentiers où le danger n’a d’égal que la prise de risques prises par ceux venus défier une nature encore capable de se défendre…

 

Un étrange manuscrit datant de 1753 protégé par les autorités brésiliennes finira de convaincre Fawcett de mener à bien une expédition ciblée en Amazonie. Rien n’est simple. L’épaisse couverture végétale qui couvrent la presque totalité de l’Amérique du sud regorge de dangers : animaux voraces et venimeux, indiens se défendant des intrusions sur leur terres et prêts à protéger leur culture et leur patrimoine, dangers du terrain tout simplement avec ses chutes d’eau, son fleuve au débit colossal qui entoure des terres meubles et escarpées. Mais voilà Fawcett est persuadé qu’une cité perdue s’élève encore dans les entrailles de ces terres presque vierges qui renferment encore, à n’en pas douter, pas mal de secrets.

Le premier volet de cet album donne à voir un explorateur pris par un profond désir de découverte. Les mythes anciens, comme celui de l’Atlantide, le fascinent et il ne s’en cache qu’à moitié. Il ne cherche ni la gloire, ni la postérité qu’elle engendre mais la soif de savoir, de connaissance et l’envie certaine de vérifier sur site son intime conviction de l’existence d’une cité qu’il nommera Z. Adepte des expéditions à taille humaine, respectueuses de l’environnement et des populations autochtones, il ira jusqu’à refuser l’argent facile que lui propose Alexander Hamilton Rice avec qui il entrera ouvertement en compétition. Alors qu’il est à Londres en 1911, il apprend la découverte majeure par l’archéologue Hiram Bingham du Machu Pichu. Cette découverte le pousse dans sa théorie de l’existence de la cité Z. Dès lors il retourne au Brésil pour se documenter sur le fameux manuscrit 512, qui, à défaut d’être précis sur la localisation de la cité perdue, la décrit avec un luxe de détails et d’emphases.

Récit relativement dense qui brosse le contexte d’une époque guidée par une soif de découverte sans fin, alimentée par l’argent de sociétés de géographie avides de parvenir à achever la cartographie de notre monde, masqué encore de trop nombreuses zones d’ombres, Fawcett arrive à captiver notre attention par ses personnages forts et leur sens du sacrifice pour leur cause. Nous y découvrons aussi un Sir Arthur Conan Doyle, ami de l’explorateur, qui l’influença jusque dans ses écrits. Un nouvel épisode de cette collection Explora qui, à défaut d’en être le meilleur en reste passionnant par sa thématique.

Dorison & Bocci – Fawcett – Glénat – 2012 – 14,95 euros

 

Richard Francis Burton reste un personnage singulier dans l’Angleterre victorienne. Des manières un peu rustres, une façon de dire les choses de façon frontale, et cette aversion pour le puritanisme anglais, lui, l’irlandais farouche qui vit sans se soucier du qu’en-dira-t-on. Il possède pour lui un sang-froid incontestable, un profil militaire de terrain qui lui permet d’analyser les contextes qui se présentent à lui et à prendre rapidement les meilleures décisions. Cette connaissance de terrain ne serait rien sans la maitrise des nombreuses langues et dialectes qu’il s’est efforcé d’apprendre tout au long de sa vie (plus d’une trentaine excusez du peu !). Lorsqu’en 1856 il se voit confié par la société Royale de Géographie de Londres le soin de trouver les sources du Nil, Burton accepte le défi. Mais si l’irlandais possède plus qu’un autre les chances d’arriver à ces fins, il se voit adjoindre par les financeurs de cette expédition un anglais qui pourra porter les couleurs de son pays. L’homme en question, le Capitaine John Hanning Speke, s’il possède a contrario de Burton les bonnes manières des salons de Londres se trouve en léger décalage avec la réalité de terrain matérialisé par des manières hautaines et peu scrupuleuses de l’environnement sauvage qui l’entoure. Cette expédition à deux têtes va tenir toutes ses promesses allant jusqu’à déclencher des controverses à Londres sur la paternité de la découverte. La légende est en route…

Dans cet album fort bien maîtrisé, Nikolavitch et DIM-D arrivent à retranscrire toute la tension de cette exploration des lacs Tanganyika et Victoria, laquelle devait permettre de confirmer, quelques années plus tard, que ce dernier était bel et bien la véritable source du Nil. Le dessin fort documenté donne du relief au récit qui arrive, par un scénario qui peut paraitre certes linéaire mais riche en détails, et en supposés, à nous prendre dans ses mailles. L’album souligne les tensions permanentes et la vision radicalement différente de l’Afrique par les deux hommes à la tête de l’expédition. Malade Burton ne pourra accompagner dans son travail de reconnaissance Speke qui essaiera de tirer à lui toute la gloire d’une découverte qu’il maîtrise mal, n’étant pas adepte des relevés et des précisions géographiques. Un album plus que prenant !

Nikolavitch et DIM-D – Burton – Glénat – 2012 – 14,95 euros