Quai des Bulles approche et comme chaque année, un plaisir à peine dissimulé s’installe dans les chaumières de ceux qui se préparent à s’y rendre. Le festival est devenu mythique et beaucoup le préfèrent au FIBD d’Angoulême par son cadre propice à la rencontre, par la mer qui invite aux voyages lointains et par sa programmation souvent judicieuse qui mêle expositions, rencontres, concerts dessinés, projection de films, masterclass et bien d’autres choses encore. Le ... En savoir plus !
Le mois d’octobre débute et avec lui notre premier Focus Spécial depuis la rentrée de septembre, et non des moindres ! L’équipe de MaXoE se mobilise pour vous proposer un contenu qui sera consacré à la Grèce (Antique) que nous allons aborder comme dans tous nos Focus, par des biais très différents. Les thématiques habituelles que vous connaissez déjà bien sur MaXoE seront au coeur de ce Focus, nous allons ainsi vous parler de jeux vidéo évidemement avec notre ... En savoir plus !
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La BD du jour : Flash de Kotlarek & Jef

Rien ne saurait venir briser la décision de Charles de choisir comment mener sa vie. Une vie en marge, coulée dans la déconstruction, qui sonne comme une révolte face au conformisme ambiant et ses perspectives de charentaises. Il traversera la France du nord au sud puis l’orient pour se perdre dans l’opium et même bien plus loin…

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FlashParfois la chance ne tient qu’à un fil, la vie se déroule simple et tranquille mais la rumeur rattrape bien vite ceux qui s’éloignent un tant soit peu de la ligne. Charles n’a pas toujours eu que de la chance. Même s’il peut se vanter d’avoir parfois flairé de bons coups, de s’être approché si près de l’extase ou du nirvana, sa biographie couchée sur le papier ressemble plus à une fuite en avant qu’à un modèle de réussite. Mais peut-être que le jeune homme en marge dans ces années 60 finissant avait besoin de s’affirmer par l’échec, par l’évasion au propre comme au figuré, pour, une fois posé, se dire enfin à quoi a bien pu ressembler sa vie.

Alors que les manifestations se répandent autour du fameux mai 68, Charles passe son temps à dévaliser les appartements de bourgeois ayant quitté la capitale de peur d’être pris à parti par la fièvre estudiantine qui rejette la propriété et les marques de différentiation sociale. Une histoire, c’est comme un appartement du XVIème, il faut y entrer par effraction. J’ai pas choisi ma gueule, ni mon époque mais les deux ont fait que j’ai vite pris goût à ne plus être en règle ! Les règles du jeu, Charles compte bien les maitriser. C’est pour ça qu’il quitte Paris et la France pour atterrir à Beyrouth où son ami Gérard le rapproche du caïd local. Mais l’histoire se répète toujours inlassablement. Alors qu’il touche enfin à une vie facile, le voilà qu’il fricote avec la femme du padre au point de l’obliger à fuir pour éviter les représailles. Sa vie va suivre dès lors un chemin de traverse qui le conduira jusqu’en Inde. Chemin faisant il rencontre des femmes et tombera en addiction devant toutes les substances illicites possibles…

En rédigeant son autobiographie Flash au début des années 70, Charles Duchaussois livre le témoignage d’une époque gagnée par la déconstruction dans laquelle le refuge népalais apparait comme une fin en soi. Loin de toute réalité concrète, loin de tout conformisme, le jeune homme vit au rythme de son instinct, sans se soucier de la minute suivante. On peut voir parfois dans ce trajet plus ou moins vers l’Est une virée comme a pu l’être celle de Burroughs en Amérique du Sud, lorsque, à la recherche du Yage il confiait sa vie à des connaissances de passage, étant livré le plus souvent aux images forgées par les drogues qui occupait son esprit. Adapter cette autobiographie aujourd’hui pourrait paraitre anachronique et pourtant, Kotlarek et Jef démontrent habilement le contraire. Car avant tout ce récit est celui d’une époque, d’un mode de vie choisi, d’une défiance pour la norme, trop lisse et nébuleuse. En décortiquant le texte originel ils parviennent à reconstituer ce destin brisé. Le dessin colle à son époque se fait  parfois psychédélique parfois chargé, débordant sur les fonds perdus, composé avec ce souci du rythme, de la vie vécue sans se soucier ou peu du lendemain. Cela donne un album atypique, frais, dont la suite nous réserve son lot de dramaturgies et d’espoirs mêlés. Chaudement recommandé !

Kotlarek & Jef – Flash – Des ronds dans l’O – 2013 – 22 euros