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La BD du jour : Le chant du monde de Jacques Ferrandez (Gallimard BD)

Adapter Giono c’est avant tout savoir interpréter les mots, leur sens premier mais aussi tout ce qu’ils renferment de non-dits. Jacques Ferrandez relève ce challenge avec une aisance confondante. Tout en restant proche du texte, il sait en révéler les moindres subtilités. Bravo !

Jacques Ferrandez a déjà adapté en bande dessinée des classiques de la littérature. Il en a adopté une façon d’aborder le texte qui, si elle est respectueuse, œuvre à souligner ses aspects les plus charnels, ceux qui en tant que lecteur, donnent l’envie de redécouvrir la version originale. Dans un récit comme Le chant du monde l’histoire n’est pas l’aspect essentiel. Il faut surtout souligner la rudesse et l’aridité d’un texte aux mots choisis. Certes un peu datés au vingt-et-unième siècle, mais qui font sens avec leur époque, la région et les personnages qu’ils mettent en scène. Des personnages durs au mal, qui imposent le respect, vrais, qui ne s’effacent pas devant les émotions qui leur parviennent ou si mal. Dans ce contexte le récit n’est donc que le support du verbe. Et cela, Jacques Ferrandez l’a très bien compris. S’il cisaille çà et là les mots de Giono, il garde la syntaxe, le rythme et la dureté du texte à partir duquel ses personnages se fondent.

Le dessinateur a aussi très bien saisi que le cadre, la nature d’un paysage non défini qui pourrait être la Haute-Provence, s’impose au fil des scènes comme un personnage à part entière, avec ses humeurs changeantes et un rapport franc aux hommes. Le dessinateur n’hésite donc jamais à magnifier les extérieurs dans des pleines ou doubles-pages subtiles et immersives. L’histoire elle, se déroule comme un galet porté par ce fleuve qui sillonne la lande, dans une direction choisies mais avec les accidents de parcours. Il y est question d’amours, des vrais et purs, parfois impossibles. De vengeance, de sombres histoires, de morts et d’écorchés vifs, de boiteux guéris et de tout un folklore et des traditions d’un pays qui possède ses codes. Sous forme de western provençal, Giono poussait ses personnages vers des abysses pour mieux mettre en lumière leur fond profond, Ferrandez agit de même avec cette faculté de s’effacer quant il le faut pour revenir nous happer par ces couleurs nocturnes ou ces jeux de regards qui disent parfois plus que des mots.

Jacques Ferrandez – Le chant du monde – Gallimard BD


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