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La BD du jour : Mirador, tête de mort de David Cenou

Descente dans un milieu pas franchement sympathique, celui des skins et de leurs visions étriquées de l’humanité et de l’autre. Sam fait partie de l’un de ces groupes de jeunes désœuvrés. Un matin où il émerge d’une soirée « difficile » il va se retrouver au poste de police où l’un de ses amis se trouve en garde à vue pour une sordide histoire de bagarre qui a mal tournée. Elément déclencheur d’une autre vie possible ? Mirador tête de mort se lit comme un véritable exutoire d’un auteur qui essaye de rattraper le temps perdu…

 Mirador 3

MiradorDoc Marteens et bomber comme signes distinctifs. Crâne rasé pour s’assimiler au groupe et des idées qui dérangent forcément lorsqu’on prône la non-violence et le respect de l’autre. Sam est skinhead, pas foncièrement un pur et dur mais tout de même un peu adepte des raccourcis. Plus suiveur que convaincu, il déambule dans un univers qui accepte sa marginalité, sa rébellion personnelle vis-à-vis de ses proches et de sa famille. Comme ses petits copains de Bordeaux il ne supporte pas le monde qui l’entoure, cherche des têtes de turcs ici ou là et parviens forcément à s’en trouver chez l’autre. L’autre bien sûr c’est l’étranger qu’il faut éradiquer pour rendre aux Français ce que de droit. Est-il convaincu par tout cela ? Peu importe pour le moment.

Lendemain de fête à Bordeaux. Sam se réveille doucement après une soirée alcoolisée comme il a l’habitude d’en vivre. Un coup de fil le ramène pourtant à la réalité, à moins qu’il ne s’agisse d’un mauvais rêve. Mélanie, une amie, lui demande de venir au poste de police pour témoigner en faveur de Romain, un pote qui a été placé en garde à vue suite à une altercation qui a si mal tournée qu’un homme en est mort… La suite c’est une longue plongée dans le passé pas si lointain de Sam, des souvenirs qui permettraient de comprendre le chemin sinueux qui le mène aujourd’hui ici. Car bien sûr la route qu’il emprunte le mène droit vers des enfers au moins aussi sympathiques que la prison. Il va essayer de comprendre et peut-être de saisir sa chance pour sortir de cette spirale négative, lui musicien dans l’âme, qui aurait pu épouser un autre destin mais qui va peut-être accomplir, aidé par les lumières de potes affranchis à refaire surface dans le monde réel…

Ce livre pourrait déranger au premier abord par le sujet qu’il traite, la présentation d’un groupe néo-nazi bordelais, et, par ce biais, d’un fait divers qui va changer beaucoup de choses dans les vies personnelles de chacun. Ce récit autobiographique de David Cenou expose des faits, ne juge pas ou peu, ne propose pas vraiment d’explication au gâchis, comme une œuvre brute à tailler dans le vif, pour émerger de nouveau. Pourtant l’histoire légèrement romancée de Sam interpelle, car on sent le gamin égaré dans un univers qui le dépasse, lui, l’ancien militaire en ex-Yougoslavie qui pouvait encore être ému il y a de cela peu de temps. Et puis le retour en France, la musique et l’alcool comme fédérateurs, qui font croire illusoirement à l’appartenance à un groupe qui se révèle pourtant, à mieux y regarder, une antichambre de la mort. Mirador tête de mort devient pour David Cenou une forme d’exutoire, un moyen de se rappeler ses erreurs de jeunesse et passer définitivement à autre chose, essayer de rattraper ce qui peut l’être et en cela se reconstruire, pour lui, pour ses proches et sa famille et dire, pour l’avoir vécu, qu’au plus bas de la bêtise humaine il est encore possible de voir la sortie du tunnel…

David Cenou – Mirador, tête de mort – La Boite à bulles – 2013 – 16 euros