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La quatrième partie du monde de Toby Lester

L’homme a toujours cherché à se mouvoir sur terre, explorer, aller vers des ailleurs qu’il ne connaissait pas mais qui renfermaient peut-être (sûrement) des richesses certaines. Marchands, navigateurs, missionnaires, scientifiques, ont sillonnés la Terre pour lui offrir le visage que nous lui connaissons aujourd’hui. Retour sur l’histoire fantastique de la construction de la première carte utilisant le mot America pour qualifier les nouvelles terres connues des occidentaux…

 

Avant… Bien avant que l’on envoie des hommes sur la Lune, avant qu’un trois août trois caravelles s’éloignent des côtes ibériques, avant même qu’Alexandre le Grand parte à la conquête de l’Inde, les hommes avaient déjà ce désir impérieux de comprendre, d’expliquer et de se projeter dans un monde qu’ils ne maîtrisaient pas.

Au début… Au début, la Terre était plate. Un disque flottant dans un océan sans fin dont on essayait de percer les mystères. Puis, les philosophes grecs la rendirent sphérique et l’univers devint géocentrique. Notre mère la Terre était là au centre de tout émergeant d’un océan bien trop grand pour être exploré. Au IIIème siècle avant JC, Eratosthène lui donna, approximativement, sa circonférence et trois siècles plus tard Ptolémée traçait les premiers contours de l’écoumène dans sa Cosmographie qui ferait foi pendant de nombreux siècles.

Et puis… Et puis, les Hommes voulurent continuer à repousser leurs frontières que ce soit pour assouvir leurs besoins d’expansion, découvrir de nouvelles terres ou ouvrir de nouvelles voies. Alors ils marchèrent, harnachèrent des chevaux ou prirent des bateaux. Certains allèrent jusqu’aux frontières de l’Est et baignèrent leurs pieds dans un océan qu’ils pensaient connaître. Ils revinrent avec des connaissances géographiques et topographiques nouvelles et les cartes prirent de nouvelles formes. L’Asie devint plus grande et des îles apparurent ouvrant de nouvelles perspectives à d’autres qui choisirent d’aller vers l’ouest.

L’ouest… L’ouest et cette terre nouvelle… Cette terre nouvelle dont l’acte de naissance a pris jour en 1507 lorsqu’un cartographe allemand, Waldseemüller, la baptisa America en l’honneur d’Amerigo Vespucci. America, quatre syllabes qui traverseront les siècles, quatre syllabes couchées sur une carte dont l’unique exemplaire connu sera acquis cinq cent ans plus tard par la Bibliothèque du Congrès pour la somme de dix millions de dollars.

Dix millions de dollars, une somme pharaonique pour ce qui peut apparaître comme une simple carte. Sauf que la carte de Waldseemüller est tout sauf une simple carte. Elle est une rupture, elle est un éveil, une naissance… Une façon de repenser le monde qui a, peut-être, aidé certains scientifiques à concevoir une terre en mouvement.

Dix millions de dollars pour une carte, une somme qui a interpellé Toby Lester et qui poussa ce journaliste américain à chercher à comprendre pourquoi. Pourquoi dix millions de dollars ? C’est alors que lui est venue l’idée d’en faire un livre mais très vite la tâche s’est révélée bien plus vaste. Comment parler de la carte de Waldseemüller sans parler de tout ce travail qui a été fait en amont par les Hommes ? Comment parler de la carte de Waldseemüller sans parler d’Aristote, de Ptolémée, de Marco Polo et de toutes ces légendes, telles le royaume du Prêtre Jean, qui ont permis à leurs successeurs de rêver ? C’est ainsi que Toby Lester, en grand érudit, s’est attelé à un travail fastidieux pour partager avec nous un essai passionnant qui relate cette construction du monde, un essai qui sonne comme une véritable césure à une époque où la prolifération des outils de navigation nous évite de perdre notre chemin.

Toby Lester – La quatrième partie du monde – JC Lattès – 2012 – 24,64 euros