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Livres / BD
Le Coin du Polar : Le jardin du Bossu de Franz Bartelt

C’est par le bouche à oreille, c’est-à-dire par un ami, que j’ai entendu parler de ce livre de Franz Bartelt, auteur particulièrement prolifique de nouvelles, romans (pas forcément policiers), de feuilletons, de pièces de théâtre, de poèmes, de chroniques, etc… C’était un auteur pour moi inconnu, et après avoir achevé la lecture du jardin du Bossu, je n’ai plus qu’une envie, me ruer chez mon libraire pour me dégoter quelques-uns de ces ouvrages.

L’histoire :

Le narrateur de ce roman est un petit malfrat qui n’est plus de première jeunesse, qui se proclame « basé sur l’idée de gauche », amateur de bières et d’alexandrins, et dont la compagne, Karine, est elle plutôt portée sur l’argent. C’est pour ça qu’elle lui fixe un ultimatum : revenir à la maison avec les poches remplies d’argent ou ne pas revenir du tout.
Pour ce voyou plus habitué à voler des palettes de cassoulet qu’à attaquer des banques, la vision dans un bar d’un homme complètement ivre (qu’il surnomme instantanément « le con ») pérorant sur sa richesse en agitant des liasses de billets semble constituer une extraordinaire opportunité d’argent facile.
Le «  héros » suit donc « le con » jusqu’à son domicile, puis s’introduit chez lui pendant son sommeil pour le soulager de son magot… Mais les apparences peuvent se révéler trompeuses et ce plan en apparence simple va se révéler bien plus compliqué que prévu pour le narrateur …

Je ne vous en dévoilerai volontairement pas plus sur cette intrigue pour ne pas vous gâcher l’effet de surprise.

Un OVNI policier :

En ouvrant ce livre, ne vous attendez pas à un roman policier « classique », un  roman noir ou bien un livre à suspense comme vous pouvez en trouver des centaines sur les étagères de votre libraire.
Le jardin du Bossu n’entre dans aucune de ces catégories.
Il présente bien certaines des caractéristiques que l’on peut retrouver dans les romans noirs plus classiques, et n’est pas dénué de suspense : il s’agit surtout d’un véritable ovni, d’un livre policier comme on n’en trouve pas souvent.

La narration à la première personne nous plonge dans la vision de l’existence décalée et farfelue du narrateur, petit voleur minable doublé d’un philosophe de comptoir porté sur les alexandrins, malhonnête mais plein de principes et de certitudes.
C’est un régal de voir ses grandes théories de pilier de comptoir philosophe confrontées à ce « con », qui sans rien vous dévoiler se révèle être un personnage particulièrement intéressant.
La gouaille du narrateur et  la tonalité des dialogues nous font fortement penser à du Audiard (le père…), ce qui donne au livre un ton et un charme fou.

Quant à l’intrigue, il s’agit d’un huis-clos entre le narrateur et le « con ». On pourrait donc craindre que ne s’installe pour le lecteur une certaine lassitude mais ce n’est jamais le cas tant l’histoire se révèle particulièrement maline et diabolique.
Bartelt parvient, tout en conservant en permanence son ton décalé et truculent, à garder le cap de son intrigue, jusqu’à un dénouement final qui nous laisse sans voix.

 

Franz Bartelt signe avec Le jardin du Bossu un excellent livre, un polar décalé, ironique, qui respire le plaisir d’écrire et de manier la langue.