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Le livre audio, perspectives et développements (1ère partie)

Le livre audio a connu une véritable explosion au cours des dernières années. Récemment consacré à un univers de contes ou de textes brefs, il connait aujourd’hui, grâce à la multiplication des supports (CD, mp3, internet…), un véritable renouveau. Les catalogues des différents éditeurs proposent une richesse aussi bien dans le choix des textes, dont certains sont surprenant ou peu connus du grand public, que dans celui des acteurs qui interprètent, et, nous pouvons l’affirmer sans aucune exagération, s’approprient le texte. Loin de toute lecture sobre, les acteurs choisis poussent souvent leur jeu jusqu’à nous faire vivre les mots et les pensées de l’auteur dont ils reprennent l’œuvre. En ce sens ils nous intègrent à l’histoire en nous érigeant au statut de témoins ou de complices du roman ou de la nouvelle déclinée. Le disque audio est donc pluriel. Pluriel grâce à ses éditeurs qui possèdent tous une identité forte et une philosophie qu’ils défendent jusqu’à l’extrême. Richesse des textes, des interprétations, des catalogues… Le livre audio, qui s’inscrit comme une véritable alternative au livre papier car plus facile à transporter une fois copier sur son baladeur Mp3, devient un incontournable à l’heure de la dématérialisation.

 

Nous avons demandé à cinq éditeurs de bien vouloir répondre à un questionnaire que nous avions préparé préalablement afin d’essayer de cerner tout à la fois les objectifs, les perspectives et les développements du livre audio. Les réponses prouvent qu’au-delà de l’édition papier, le support sur galette possède des défenseurs et des adeptes qui le portent toujours plus vers une exigence de qualité. Une qualité que nous avons pu apprécier au travers de quelques titres récents.

Chaque maison d’édition sera ainsi présentée à partir de son catalogue et de leur éditeur. Une véritable plongée dans un univers en plein essors !

 

Autrement Dit

Les éditions belges Autrement dit proposent un catalogue complet allant de la poésie française classique ou contemporaine (Apollinaire, Verlaine, Lamartine, Manciet, Verheggen…) à des lectures policières telles P.D. James, Michael Connelly, ou des grands classiques tels Balzac, Poe, Lamartine, Ionesco… sans oublier des entretiens avec des auteurs de notre époque tels Amélie Nothomb.
Il nous a été permis de découvrir dans cet imposant catalogue, une œuvre singulière qui caractérise non seulement l’attachement de cette maison aux œuvres des grands auteurs classiques mais aussi la recherche de textes peu connus de ces mêmes auteurs. L’exemple est donc venu de Julien Gracq. Nous connaissons tous l’auteur pour son texte Le Rivage des Syrtes mais moins pour Les Eaux étroites. Ce texte publié chez José Corti en 1976 est un retour aux sources de l’Evre, ce petit ruisseau près duquel l’auteur a grandi : le vallon dormant de l’Èvre, petit affluent inconnu de la Loire qui débouche dans le fleuve à quinze cents mètres de Saint-Florent, enclot dans le paysage de mes années lointaines un canton privilégié.  L’auteur décline ainsi sous forme de voyage à étape, les souvenirs de son enfance. A noter que Julien Gracq de son vivant avait apprécié le travail éditorial des éditions Autrement dit et notamment les lectures d’Alain Carré qui interprète ici ce texte immense. La lecture de Carré donne une réelle dimension à l’œuvre, la portant véritablement avec suffisamment de distanciation tout en gardant l’essence des mots qui ricochent et participent à la poésie de Julien Gracq. Une véritable réussite !

 

Questions à Jean LIEFFRIG (Autrement Dit) 

L’édition audio, complémentaire ou alternative à l’édition « classique » ?
Tout est complémentaire et alternatif !  Si vous roulez à vélo c’est complémentaire souvent à votre voiture et alternatif car vous ne roulez pas en voiture et à vélo en même temps.
Il en va de même pour le livre audio !  Avant d’en éditer, j’ai écouté presque tout ce qui existait à l’époque.  Je suis un fan d’audiolivres de qualité.  Il y en a d’autres que je ne puis écouter plus de 3 minutes.   C’est complémentaire car les amateurs de livres audio sont souvent déjà de gros lecteurs papier, cela peut-être alternatif car cela permet de lire à d’autres moments…  C’est un autre plaisir de lire et de relire !  J’ai adoré le Bal du comte d’Orgel et je l’ai ré-écouté plusieurs fois !  Je ne l’aurais probablement pas relu autant !  De même cette perle de « La petite dame en son jardin de Bruges » de l’académicien Charles Bertin.

Quel est votre public cible ?
Des gens qui aiment écouter un livre, une histoire, un beau texte, de la poésie avec musique, des livres illustrés pour enfants, des personnes qui ont vu tel acteur en spectacle et qui veulent retrouver sa voix.  Nous avons cela beaucoup avec la voix d’Alain Carré, qui fait beaucoup de spectacles textes et musique et de qui le public aime à découvrir ce qu’il a enregistré chez nous.

Quels sont les retours sur vos publications ?
Il y aurait trop à dire, mais lorsque l’on lit « merveilleuse lecture » dans la revue LIRE ou « un émerveillement » dans Le Magazine des Livres, on est content de faire ce métier de la manière dont nous le faisons !

Comment définissez-vous votre programme de publication ?
Au coup de cœur, avec la volonté de transmettre un message, ou un style qui nous semble devoir rester, devoir être transmis, découvert. 

Comment choisissez-vous vos lecteurs/acteurs ?
Les rencontres et puis après 10, vous savez, il ne se passe pas une semaine sans avoir une démo sur mon bureau ou un mp3 dans ma boîte de courrier électronique.
Mais nous cherchons des artistes qui respectent le texte qu’ils lisent et le rendent intelligible.  Pas des voix de pub ou outrancières…  Ensuite des acteurs qui ont du souffle !  Les trois mousquetaires c’est 25 heures !!! Retour à Montechiarro une saga italienne merveilleuse… La Toscane à travers le regard de trois générations de femmes, portée par la voix de Françoise Licour, c’est plus de 30 heures en 3 CD MP3 !  Peu de lecteurs peuvent tenir un tel souffle !

Concernant les chiffres :
Tirage moyen ?
2000 exemplaires.

Vente moyenne et meilleure vente ?
16 000 exemplaires pour le Victor Hugo Voyageur illuminé, lors de l’année Hugo en 2002 dont le succès ne se dément pas et que nous ressortons sous un nouveau format plus grand.
Pour les enfants nous sommes à notre deuxième tirage de 2000 exemplaires pour Le Musicien et le Fabuliste, de même que pour le BABAR et Pierre et le Loup

Coût de fabrication du support mp3 et/ou CD ?
Chiffre d’affaire de votre structure ?
A ces deux questions je dirais que lorsque je vais dans un excellent restaurant, à la fin d’un repas qui m’a mis en joie, je n’appelle pas le chef en lui demandant combien lui a coûté l’agneau qu’il m’a servi, ni son salaire à la fin du mois…
De même le livre audio de qualité (et j’insiste lourdement là-dessus vu ce qui commence à déferler !) cela se déguste, et la qualité doit faire oublier ce genre de question de basse cuisine comme l’écrivait si bien Verlaine.

Quelles sont les perspectives de développement ?
Nous continuons à faire des livres de haute tenue par de voix excellentes ! 
C’est ce que le public sait qu’il trouve chez Autrement dit lorsqu’il choisit en librairie ou sur Internet un Gracq lu par Alain Carré, un Horowitz et mon père d’Alexis Salatko, un Pays perdu, lu par l’auteur avec une entrevue intimiste de celui-ci qui éclaire l’œuvre ou une Sandrine Bonjean lisant le Rayon vert de Jules Verne ou la voix d’Eveline Legrand interprétant de manière splendide Les Lettres d’amour de la portugaise accompagnée de Luth Baroque !

 

Caracolivres

Plus modestes mais non moins essentielles, les éditions Caracolivres, dirigées par Fabienne Prost proposent un catalogue lui aussi très varié, allant de la littérature érotique (le fabuleux Gamiani d’Alfred de Musset) à la littérature classiques (Les Contes de la Bécasse de Guy de Maupassant, Claude Gueux de Victor Hugo, véritable plaidoyer sulfureux contre la peine de mort), Les Contes et Légendes du Jura écrits et lus par Patricia Gaillard… Caracolivres milite pour la qualité plutôt que le quantité des œuvres publiées. Fabienne Prost accomplit ainsi un travail quasi artisanal qui redonne ses lettres de noblesses à des œuvres oubliées ou moins connues mais majeures de la littérature.
Nous avons pu découvrir la fameuse nouvelle de de F. Scott Fitzgerald, L’étrange histoire de Benjamin Button. Cette œuvre singulière écrite en 1921 et remise à l’ordre du jour par l’intermédiaire du film éponyme réalisé par David Fincher, possède tous les ingrédients pour nous attirer vers le livre-audio. Texte bref d’une réelle densité dramaturgique, teinté d’humour, lue avec verve par Olivier Lecerf qui semble possédé par l’œuvre qu’il interprète ici. Mais revenons à l’histoire que beaucoup connaissent. En 1860, à Baltimore Monsieur et Madame Button attendent un enfant. Rien de bien révolutionnaire me direz-vous si ce n’est que cet enfant qui voit le jour possède les traits d’un vieillard âgé de soixante-dix ans environ. Né ridé son corps va progressivement se rajeunir. Benjamin Button connaitra l’amour, il épousera ainsi Hildegarde Moncrief. Mais, avec le temps, l’homme devenant de plus en plus jeune au contraire de son épouse, va s’adonner à des activités frivoles… Le temps fera son office jusqu’au bout. Un dénouement d’une rare poésie pour une œuvre plein de finesse que nous vous recommandons de redécouvrir en livre-audio grâce à cette somptueuse adaptation.

 

Questions à Fabienne PROST (Caracolivres)  

L’édition audio, complémentaire ou alternative à l’édition « classique » ?
Je dirais complémentaire, même si pour l’instant, je ne propose pas d’ouvrages sur le support livre.
Ma toute petite maison d’édition a un catalogue d’une vingtaine de titres numériques, et a sorti 6 CD, souvent à partir d’œuvres préalablement enregistrées, et proposées dans le catalogue numérique.

Quel est votre public cible ?
Mon public cible : les déficients visuels, les jeunes (20-45 ans), adeptes de l’écoute de livres en mp3 ou en voiture, et les publics enfants.

Quels sont les retours sur vos publications ?
Pour l’instant, surtout des retours de la presse locale, qui salue plus mon initiative, que mes livres en eux-mêmes. Basée dans le Jura, région peu ouverte sur les nouvelles technologies, et je suis peu soutenue.
Par contre, je pense être reconnue par mes pairs (petits éditeurs de livres audio), et il m’arrive d’enregistrer des livres pour d’autres éditeurs comme la Compagnie du Savoir (quelques livres sur la relaxation, qui marchent bien).
J’ai aussi quelques ouvrages qui marchent bien sur l’itune Store, comme la Reine Margot, Claude Gueux ou l’Enfant d’éléphant.

Comment définissez-vous votre programme de publication ?
Trois axes : un axe  grand classiques français, car c’est ce qui se vend le mieux. (même si parfois, je vais chercher des œuvres moins connues de grands auteurs).
Un axe Littérature étrangère, avec des œuvres majeures, et d’autres mineures (cela représente peu de ventes). Mais je me fais plaisir en découvrant et en faisant découvrir de grands classiques méconnus en France comme O. Henry.

Comment choisissez-vous vos lecteurs/acteurs ?
Je suis lectrice / actrice moi-même, et une grande partie de mon catalogue a été enregistrée par moi (pour des raisons économiques, et parce que je pense que ma voix et mon interprétation sont appréciées).
Après, j’ai fait appel à Olivier Lecerf, voix off/ acteur, parce qu’il a une belle voix grave, et un grand sens du rythme et de la comédie (Il a enregistré des nouvelles de New York tic Tac, Les Nouvelles aventures de Jeff Peters et L’étrange histoire de Benjamin Button).
J’ai fait appel aussi à Patricica Gaillard, auteur et conteuse pour les Contes et Légendes du Jura, parce que c’est son métier de conter, et qu’il me semblait approprié que ce soit elle qui s’en empare.
Sur La femme d’un autre et Le mari sous le lit de Dostoievski, (en coréalisation avec Radio Aligre, et conçue comme un feuilleton) nous étions quatre, et en rôle titre un acteur que j’adore, et avec qui je serai amenée à collaborer de temps en temps : Christian Baltauss
En fait, je suis séduite par des voix, mais aussi par des façons personnelles de s’emparer du texte.
Si j’avais plus de moyens, je ferai appel à beaucoup plus d’acteurs et d’actrices.

Concernant les chiffres :
Tirage moyen ? : pour les CDs de 500 à 1000 exemplaires

Vente moyenne et meilleure vente ? pour les livres numériques, tout dépend des  ouvrages.
Pour ma meilleure vente : La Reine Margot, ça représente environ 1000 ventes (téléchargement numérique à l’année), et beaucoup moins pour chaque autre titre (en sachant, qu’audible manque de transparence pour les ventes itunes, qui n’apparaissent pas bien dans leurs chiffres ; donc cela représente peut-être plus de téléchargements.

Coût de fabrication du support mp3 et/ou CD ?
Pour les CDS, il faut compter entre 1000 et 1500 euros ; Disons la moitié moins pour un ouvrage numérique. (cela dépend après s’il y a des avances de droits d’auteur à payer, ou des comédiens.)

Chiffre d’affaire de votre structure ?
Entre 5000 et 10000 cette année, ce qui est très peu, en sachant que dans mon chiffre d’affaire sont comptabilisées aussi des prestations de voix off plus rémunératrices.

Quelles sont les perspectives de développement ?
Des ventes sur applications Iphones et autres nouveaux médias ; de nouveaux distributeurs à l’internationale, un catalogue qui va être plus important.
Petite perspective de développement, en espérant que le livre audio va toucher un plus grand public dans les années à venir.