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L’HeBDo, l’actualité de la BD – Les sorties de la semaine du 16 au 22 avril 2016

Cinquième HeBDo cette semaine avec de brillants dessinateurs qui nous immergent dans des récits subtils et créatifs. C’est d’abord la découverte avec Hofbauer d’un auteur vraiment atypique sur lequel il faut garder un œil, c’est aussi un Sfar qui se veut encore plus intime que dans ses précédents projets, un Camboni qui nous livre avec le quatrième épisode (le premier de ce nouveau cycle) du Voyage Extraordinaire, un univers steampunk destiné à un public mixte enfant/adulte, un Corentin Rouge qui dénote d’une capacité d’expressivité saisissante. C’est aussi un Riff Reb’s qui se plie à l’exigence du récit jeunesse tout en adaptant son style à celui du peintre dont il s’inspire ici, Ivan Bilibine. Bref que du bon et je vous laisse découvrir les autres récits !

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Le Concile des arbresEn plein cœur de l’Angleterre victorienne, une agitation soudaine vient frapper l’Hôpital Royal pour femmes et enfants, perdu en bordure d’une épaisse et mystérieuse forêt. La nurse de service sensée surveiller le bon sommeil des gamins recueillis dans l’institut se dirige affolée vers les appartements du directeur afin de le prévenir d’un fait étrange qui semble se renouveler toutes les nuits depuis plusieurs jours. Six enfants atteints d’un mal étrange, qui tiendrait du somnambulisme, se retrouvent sur le toit de l’établissement, se mettent en cercle et entonne des chants étranges dans une langue inconnue. Puis, sans que l’on sache vraiment pourquoi les gamins retournent se coucher et reprennent leur nuit de sommeil comme si rien ne s’était passé. Alerté par cela, le gouvernement, ne peut fermer les yeux et le dossier de cette enquête se voit confié au Ministère Public des Affaires Privées qui dépêche sur les lieux deux de ses agents chevronnés et complémentaires, Casimir Dupré d’une part, tout en muscles mais pas que et la séduisante Artémis Harcourt d’autre part, diplomate et curieuse comme il se doit. Arrivés sur places nos deux agents spéciaux, quoique diligentés par le Ministère, recueillent un accueil des plus glacial, comme si leur venue dans ce centre isolé devait déranger ou soulever un problème bien plus profond que la simple enquête sur des gamins atteint de somnambulisme… 
Pierre Boisserie construit au fil de ses récits une identité qui lui est propre avec un talent narratif et une aisance dans la mise en tension souvent remarquable. Cet album possède tout d’abord un titre qui promet pas mal de choses. Il se construit autour d’une époque, l’ère victorienne, qui a attiré à elle pas mal de récits fantastiques. Le cadre, celui d’un institut spécialisé caché du reste du monde aux abords d’une épaisse forêt, ajoute au mystère. Pierre Boisserie aurait pu se faire sombre et user des codes du genre. Au lieu de cela il livre un récit qui joue en permanence sur un humour à la touche british, fait de jeux de mots, de situations cocasses, qui ne sombre jamais dans le trivial. Au dessin le trop rare Nicolas Bara livre une copie des plus soignée, suffisamment exigeante pour happer le lecteur dans ses griffes et suffisamment lâchée pour soutenir l’humour voulu par son scénariste. Sa représentation des cadres, sa composition en cadrages dynamiques donne offre au lecteur un vrai bon moment de lecture.  Et on en redemande !

Boisserie & Bara – Le Concile des arbres – Dargaud – 2016 – 14,99 euros

Mister MorgenUn homme enterre une femme avec soin, un autre sort de l’eau d’une rivière habillé d’un costume qu’il éponge une fois parvenu sur la berge, un troisième passe par une canalisation d’évacuation des eaux de ville en direction d’un piège à loup. Cet autre prend en photo une femme qui s’habille de collants noirs. Des « sale pute » s’échappent de la fenêtre d’un appartement au design édifiant, tandis qu’un père tatoué façon maori et adepte du zapping demande à son père de ne pas donner « autant de glace » à son fils. Dans une bibliothèque publique aseptisée des hommes et des femmes assis confortablement sur des poufs géants de couleur rouge compulsent de façon méthodique l’ordinateur placé devant eux. Sur le toit d’un immeuble dans un centre-ville indéterminé une femme blonde offre une fellation à un homme encapuchonné qui tient en laisse deux molosses étrangement passifs. Un homme urine depuis un pont où des rats, qui ont élus domicile en contrebas, dévorent un oiseau qui vient de leur tomber sous leurs incisives acérées.
Le prologue de Mister Morgen laisse beaucoup d’interrogations à celui qui le parcourt. D’abord car la succession de scènes improbables laisse augurer d’un récit qui ne jouera pas sur les codes classiques de la BD, faisant de la déstructuration et des chemins de traverses ouverts une sève stimulante et jubilatoire. Mais aussi car le dessin possède dès les premières cases, par son côté urbain, la froideur des scènes et des personnages « typés », les cadres vides qui dénotent une déshumanisation galopante au propre comme au figuré, le désenchantement aperçu auprès des personnages dépeints dans la fraîcheur d’une nuit ordinaire, un réel attrait qui ne fait que se renforcer au fil des pages. Dire qu’Igor Hofbauer est une curiosité. L’auteur croate, clairement influencé par le constructivisme russe et l’expressionnisme allemand, offre dans Mister Morgen des récits qui, s’ils ne se répondent pas forcément de manière concrète, sont autant d’analyse des maux de notre société contemporaine embourbée dans une superficialité destructrice. La noirceur du propos, des scènes sans retour possible, se veut une analyse troublante de la société d’en-bas, de celle qui vivote en attendant mieux. Un album ovni qui révèle un artiste connu (et c’est déjà un grand mot) en France pour ses affiches et qui prouve sa capacité à relever le défi de l’art séquentiel. Un auteur à suivre !

Igor Hofbauer – Mister Morgen – L’association – 2016 – 25 euros

Qu'ils y restentLes contes sont souvent peuplés de quelques monstres divers pas forcément sympathiques au premier abord. Ici un ogre, un troll ou tout autre immense tas de chair avide de chair, là un loup, un renard ou un vorace volatile noir, tantôt un vampire, un mort-vivant, un homme qui n’en est plus un, parfois un étranger de passage qui porte avec lui des malheurs à semer, de vieilles sorcières au nez crochu et bien d’autres encore. Ils suscitent les peurs chez les plus jeunes et à vrai dire cela arrange bien les adultes qui tiennent là le moyen magique de garder leurs marmots bien au chaud calés au fond d’un lit lorsque la nuit est tombée. Les folklores nordique et germanique possèdent ainsi tout un lot de contes et de récits édifiants qui ont traversés les âges depuis des temps immémoriaux. Les frères Grimm, Hans Christian Andersen ou Zacharias Topelius, ont donné de leur personne pour alimenter, recueillir et se nourrir des histoires anciennes traitées de manière plus contemporaine. Des illustrateurs comme Vilhelm Pedersen, Kay Nielsen ou Ivan Bilibine ont quant à eux donné des images à ces contes et aux créatures qui les peuplent. C’est en hommage appuyé à ce dernier que Riff Reb’s se réfère ici empruntant pour la peine un style graphique inspiré du peintre russe et en usant comme lui de décors ornementaux qui entourent chaque dessin (ici chaque planches) permettant une immersion dans le conte par le symbolisme qui leur est attaché. Qu’ils y restent est un récit qui se développe en quatre chapitres qui suivent chacun  le destin de personnages horrifiques. Le premier est un loup affamé qui dévore dans les profondeurs des forêts du nord les villageois qui s’aventurent trop loin des chemins balisés. Le second est un ogre lui aussi à l’appétit vorace dans son ouest ensoleillé. A l’est existe ce personnage aux dents longues qui sème la terreur sur la Transylvanie et au sud, ce sorcier fin gastronome. Tous ont œuvrés pour répandre aux quatre coins de notre Terre, la peur et la désolation mais leur histoire ne s’arrête pas là… Sur des textes ciselés de Régis Lejonc et Pascal Mériaux, Riff Reb’s nous immerge dans un conte destiné aux plus jeunes (dès 8 ans nous dit l’éditeur) en se faisant expressif pour donner en quelques cases la teneur de ce qui se joue dans chaque univers. Le texte quant à lui excelle dans les jeux de mots et les allusions bien senties faisant de ce récit – après La carotte aux étoiles avec déjà Riff Reb’s et Régis Lejonc aux manettes – un conte contemporain très plaisant à lire et à dévorer des yeux !

Régis Lejonc, Pascal Mériaux & Riff Reb’s – Qu’ils y restent – Editions de la Gouttière – 2016 – 16 euros

Tu n’as rien à craindre de moiIl peint et elle pose. A les regarder de près, au travers de leurs regards échangés, de leurs sensibles rictus partagés, de cet air de détachement qui fait qu’ils sont dans et en dehors du monde, que le temps semble arrêté, figé, et qu’eux seuls peuvent se mouvoir sans crainte de ce qui se passe autour, il ne fait aucun doute qu’ils s’aiment. L’amour pourtant reste fragile, comme une fleur pimpante la veille qui s’éteint sans trop savoir pourquoi le lendemain. Seaberstein peint et quelle plus belle motivation que de tracer les courbes de celle qui le chamboule au point de ne plus pouvoir passer un instant sans cette envie de lui faire l’amour. Elle, qu’il nomme « Mireille Darc » en raison de sa ressemblance avec l’actrice, même si la jeune femme ne la jamais vu jouer dans un film, rayonne littéralement. Lorsqu’il reçoit une commande d’Orsay de s’approprier en peinture L’origine du monde de Courbet, Seaberstein voit comme une évidence le fait de représenter sa muse dont la nudité l’inspire. Et lorsque la jeune femme lui fait remarquer que, sur un des dessins qu’il vient de réaliser et dans lequel il met en scène deux amoureux, l’homme et la femme ne s’aiment pas, ne se regardent pas, semblent si distant, le peintre lui rétorque que « C’est parce que je dessine quand tu n’es pas là. Tu sais on voit tout dans un dessin. Je crois que dans mes dessins, on sent le manque. Alors je vais faire de mon mieux pour te manquer moins ». Seaberstein et « Mireille Darc » restent loin de ces amours de circonstances alimentés par l’unique nécessité de ne pas vivre seul. Ils se mettent dès lors en danger mais savourent chaque instant avec déraison, passion et ce frisson qui vient chatouiller leur âme d’enfants.
Sfar livre un récit qui touche au cœur, un récit dans lequel chacun se reconnaîtra par les situations vécues qu’il développe. Les prémisses de l’amour, la domestication de l’autre, les envies partagées et de partage, ce besoin de ne plus pouvoir se séparer de l’autre qui occupe toutes les pensées. La fraîcheur des personnages dans un Paris qui joue son rôle de ville-monde, de cocon, de liberté, ville de tous les écarts. Un Paris et des personnages qui pourraient très bien être tout droit sortis d’un film  de Rohmer, par leur questionnement sur l’amour, sur le sentiment amoureux. Comme le cinéaste, Sfar se fait riche dans le texte. Il raconte vraiment une histoire, ou plutôt une vie, des vies, celles de ses deux héros mais aussi celle d’un personnage singulier, Protéïne, l’ami de « Mireille Darc » névrosée qui ne parvient pas à se situer, à avancer dans sa vie et qui finit par faire les choix qui la précipite encore plus vers ce qu’elle redoute le plus. D’un point de vue graphique, Sfar livre ce trait fragile, parfois « à la limite » qui se fond parfaitement dans le récit qu’il porte. Son héroïne dégage une beauté et une sérénité rare tandis que Seabearstein reste parfaitement campé dans son rôle. Certains passages comme celui où le professeur d’art du héros apparaît dans la baignoire du couple ou la scène du bocal de cornichons semblent tout à la fois dérisoires et ô combien essentielles. Un album très personnel qui se veut aussi une réflexion sur la création artistique ou sur la religion. Essentiel.

Sfar – Tu n’as rien à craindre de moi – Rue de Sèvres – 2016 – 18 euros  

Truckee LakeC’est peu avant la fin de la première moitié du dix-neuvième siècle que s’organise aux Etats-Unis ce que l’on nomme la « Destinée manifeste », cette idée que les terres de l’Ouest sont naturellement promises aux Américains. Ces terres nouvelles, qui correspondent au plus gros de la Californie sont alors encore détenue par le Mexique (jusqu’en 1849). Une guerre éclate entre les deux nations. À l’issue de ce conflit, les États-Unis acquièrent, entre autre, la Californie, qui devient, dès 1848, le nouveau but de la traversée des nouveaux colons. L’expédition Donner, du nom de l’homme qui fut nommé à la tête d’un de ces convois en juillet 1846, reste dans l’histoire par la tragédie qu’elle connaitra. Un drame lié à un choix d’itinéraire pas forcément judicieux aux abords de Fort Bridger. La route des colons passe à cette époque traditionnellement par le Nord en direction de Fort Hall, un trajet plus sûr et plus facile pour les convois dont les chariots sont tirés par des bœufs peu mobiles surtout dans les zones montagneuses. Un autre trajet vient pourtant d’être découvert par un certain Hastings qui en fait une publicité fort alléchante. Un trajet certes plus difficile à travers des cols plus pentus, mais un trajet nettement plus court qui passe notamment par le désert du Lac salé. Le groupe de Donner suivra cet itinéraire avec des conséquences désastreuses…
Le sujet de l’expédition Donner a déjà donné lieu à un récit en diptyque de Christophe Bec et Daniel Brecht paru chez Casterman en mars 2013. Le sujet n’est donc pas nouveau mais le traitement du sujet reste pourtant suffisamment différent pour que l’on s’y intéresse. Là où le scénariste de Promethée et de Carthago réalisait un récit s’appuyant sur le personnage de Mary Graves une des fillettes ayant participé à cette expédition, Christopher Hittinger aborde son sujet de manière plus globale faisant de Truckee Lake, un vrai documentaire graphique. Le contexte, le choix des trajets, la composition de chaque famille du groupe sont détaillés avec ce souci de lisibilité, appuyé par des cartes qui permettent de comprendre les enjeux de ce périple et des égarements du groupe. Pour autant cet épais album au format à l’italienne, conçu sous la forme, d’un dessin par planche accompagné de pavés narratifs, laisse entrevoir, dans la représentation graphique des personnages, toute la tension et toute la rudesse du parcours. Les doutes, les corps décharnés, usés, la lente aliénation du reste des survivants, obligés de se nourrir de la chair des hommes, femmes ou enfants décédés, reste palpable tout du long. Un sujet certes pas novateur, mais qui bénéficie avec Christopher Hittinger d’une approche historique plus marquée et plus éclairante. Intéressant !

Hittinger – Truckee Lake – The Hoochie Coochie – 2016 – 20 euros

ExoL’exploration spatiale occupe la pensée des chercheurs depuis plus de cinquante ans et si la Lune a été l’un des premiers objectifs des grandes puissances, une fois atteint ce but, c’est toute l’immensité de l’espace qui s’ouvrait aux désirs les plus fous des scientifiques. Dans un futur proche l’astrophysicien John Koenig réuni à Pasadena, dans les laboratoires de la NASA une audience de spécialistes de la recherche spatiale pour leur annoncer une nouvelle de la plus haute importance. Dans le système PSR B1614-26, une planète dispose de toutes les caractéristiques qui pourraient permettre à la vie de se développer. Si bien que cette planète porte désormais le nom de Darwin II. Afin d’en savoir plus sur cette planète prometteuse, la NASA va reprogrammer une sonde baptisée Astroglider 4, lancée en 1996, pour lui permettre de se rapprocher de Darwin II. Au même moment, dans l’espace juste au-dessus de la Terre, une station américaine se voit percutée par un projectile lancé à une vitesse folle, causant des dommages sérieux et la mort d’astronautes. Le même projectile poursuit sa course pour venir s’échouer sur Terre dans le Colorado. Ce qui aurait pu être perçu comme un astéroïde se révèle être une capsule extraterrestre de laquelle s’échappe des bulles flottantes de couleur verte.
De tous temps les hommes ont tenté de savoir ce qui se passait au-dessus de leur tête. Dès l’Antiquité l’étude du mouvement des planètes devait permettre d’en savoir plus sur l’organisation de l’univers. Depuis et à chaque époque les hommes ont enrichis leurs connaissances pour arriver à domestiquer l’espace et y envoyer enfin des hommes. Dès lors les rêves les plus fous devaient se développer avec en point d’orgue cette idée que, dans l’infini de l’univers, pouvait exister une planète jumelle de la Terre, capable d’accueillir une forme de vie. Le scénariste et passionné d’espace Jerry Frissen livre avec Exo, série qui se développera en trois volets, un récit qui aborde cette thématique en plaçant le récit dans un futur proche qui nous relie indubitablement à notre époque. L’originalité de ce récit réside dans sa trame double. D’une part la découverte d’une exo-planète (planète située en dehors du système solaire) riche de promesses et d’autre part l’intrigante venue sur Terre de ce projectile non identifié, venu de la Lune qui va entretenir et renforcer le suspense. Côté dessin Philippe Scoffoni rend une copie propre dans un trait réaliste qui cale le lecteur dans son fauteuil. Il arrive surtout à maîtriser graphiquement ce futur proche qui garde une attache avec son passé (notre époque), tout en livrant une vision intrigante de ce qui nous attend peut-être. Les délires psychédéliques qui touchent malgré lui notre astrophysicien John Koenig permettent quant à eux de nuancer le rythme de ce récit dont on veut sans conteste découvrir le dénouement !

Frissen & Scoffoni – Exo T1 : Darwin II – Les Humanoïdes Associés – 2016 – 13,95 euros

RioDans le dos du Christ Rédempteur pousse Rio de Janeiro. La ville juchée à flanc de colline, n’arrête plus sa croissance démographique, attirant à elle des flots de nouveaux pauvres qui espèrent que la cité tentaculaire trouvera une solution à leurs problèmes. La favela Beija Flor, qui s’élève en son cœur agglomère des nuées d’habitations bringuebalantes faites de matériaux de fortune, de tôles ondulées, de plaques de bois et de parpaings usés qui couvrent des familles souvent déstructurées mais toujours nombreuses. Alma vit dans l’une d’elle. Dans cet espace urbain où la violence devient le quotidien des hommes, la jeune femme a peut-être eu le tort de fricoter avec le flic dont elle est l’indic et de tomber enceinte de lui. Et pour tout dire lui n’en a rien à foutre ne cherchant dans cette relation qu’un moyen de soulager ses pulsions sexuelles. Lorsqu’Alma lui demande de quitter sa femme pour vivre avec elle, le flic l’abat d’une balle en pleine tête, comme on peut le faire avec un animal malade. La femme ne vivait pas seule. Dans sa cahute assemblée à la va-vite elle vivait avec ses deux enfants Rubeus et sa petite sœur Nina. Deux enfants qui s’assument le jour pour laisser leur mère « travailler » au calme. En ce jour particulier Rubeus ne peut empêcher le flic de tuer sa mère sous ses yeux et n’échappe à la même punition qu’en prenant la fuite au travers de la favela. Désormais livré à lui-même, il devra non seulement tenter de survivre dans cette ville à la violence galopante mais devra aussi s’occuper de sa petite sœur… Un avenir bien sombre à l’ombre du soleil de Rio…
Décrire Rio par le biais de ses favelas, de sa violence urbaine et de ses gamins de rue aurait pu sonner creux s’il n’avait eu pour scénariste Louise Garcia qui a vécu au Brésil avant de venir s’installer en France. De fait la cité possède une âme, un regard fouillé et singulier où chaque détail possède son importance. Ici la misère des favelas prend pour point d’orgue les violences policières de flics usant de leur pouvoir et de la liberté d’action dont ils disposent. Le jeune Rubeus devra grandir et vite. Se mêler à une bande, celle de Bakar et de Ramon des petits caïds en soif de richesses. Tapis dans cet univers où les richesses côtoient la misère la plus totale, les enfants abandonnés, orphelins ou fugueurs deviennent les cibles des commerçants qui ne veulent pas craindre de se voir volés et menacés en plein jour. L’album s’ouvre sur une des favelas et se clôt sur cet appartement de grand standing qui surplombe Ipanema. Autant pour exposer le grand écart qu’opère cette ville multifacette que pour nous offrir les moyens de comprendre la violence et le désespoir qui frappent tous ces jeunes livrés à eux même. Des enfants dépeints avec justesse et expressivité par un Corentin Rouge tout en maîtrise. Une maîtrise qui se lit dans la multiplicité des plans, des cadrages et des ambiances renforcées par une mise en couleur immersive. Du grand Art !

Garcia & Rouge – Rio T1 : Dieu pour tous – Glénat – 2016 – 14,95 euros

Le Voyage extraordinaireEmilien et Noémie sont de retour dans la verte campagne de la maison bourgeoise du père du garçon qui s’étend dans la banlieue immédiate de Londres. Ils y vivent des aventures nettement moins mouvementées que celle qui vient de s’achever lors du trophée Jules Verne où ils avaient pris part, gagnant, du haut de leur jeune âge, pas mal de maturité. Depuis leur cabane perchée les deux enfants observent sans trop s’en soucier le balai des missiles qui s’abat sur la capitale britannique. Si loin, si proche. Trop proche en tout cas pour qu’Isabella qui, en s’invitant dans la propriété Clausborough, se décide à avouer à demi-mot qui elle est vraiment. Pas vraiment la tante qu’il croyait mais bel et bien sa propre mère. Une mère qui souhaite faire venir à lui son fils dans le Sussex pour fuir les dangers qui frappent Londres. Un peu au même moment Terence fait une réapparition remarquée pour les convier à une mission très spéciale auprès des services secrets américains hébergés en Californie dans l’Ile d’Alcatraz par un personnage surprenant, le dénommé Al Capone en personne qui a laissé son Chicago fétiche pour s’engager dans un nouveau combat bien mystérieux où les puissances de l’Axe sont toujours aussi présentes et menaçantes…
Après un premier triptyque superbe à plus d’un titre le duo Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni se voit reconstitué pour une nouvelle aventure toujours surprenante dans laquelle la technologie joue encore un grand rôle. Le titre de ce nouveau triptyque, Les Iles mystérieuses garde, cette part d’aventure et de mystères attachée aux récits de Jules Verne. Si la première partie du récit permet la mise en place de l’intrigue ainsi que les retrouvailles entre les personnages des opus précédent, l’arrivée sur l’Ile d’Alcatraz où les enfants vont être mis en contact avec Al Capone devient des plus stimulante, aussi bien car l’intrigue s’y nourrit et qu’elle s’enveloppe du mystère recherché que par le lot d’inventions et de technologies présentées. Dans cet opus, le mystère d’une sphère faite de morceaux de pierres sculptés mais dissociés, tirés d’une épave étrusque datant de 3000 ans, sera une des clefs du récit. Tout le soin apporté aux décors par Silvio Camboni qui se régale visiblement à construire son univers laisse le lecteur sans voix sur pas mal de planches. Son sens du détail, ajouté à une certaine rondeur graphique et à cette ambiance steampunk des plus efficace donnent à voir le début d’un nouveau cycle duquel nous ne pouvons qu’être addict !

Filippi & Camboni – Le voyage extraordinaire T4 – Vent d’Ouest – 2016 – 13,90 euros

ShelteredLa couverture de Sheltered possède ce mérite de capter immédiatement l’attention du lecteur. Pas forcément par son dessin mais par son sous-titre qui interroge dès le départ. Récit pré-apocalyptique… Si les histoires qui se développent après une catastrophe touchant la Terre sont légions : Jérémiah d’Hermann, Prophet de Dorison et Lauffray, Walking Dead bien sûr, l’univers d’Enki Bilal, notamment ces derniers récits, Le Transperceneige ou les plus récents Chaos Team, Gung Ho, Niourk, L’autoroute sauvage, sans oublier La nuit de Druillet ou Période glaciaire de De Crécy, elles prouvent  que le genre passionne  des auteurs exigeants qui étudient de manière précise ce qui pourrait subvenir dans l’après apocalypse. A contrario réfléchir à ce qui pourrait se passer avant possède un brin d’originalité supplémentaire. D’abord car le lecteur rentre dans le récit avec ce questionnement permanent, quel événement majeur va frapper le monde ? Et pourquoi s’attacher à décrire l’avant, ce moment où tout est sensé (encore) bien se passer, ou presque ? Dans Sheltered dont Akiléos propose d’un coup les quinze chapitres en un bien gros volume, est présentée une communauté qui se prépare au pire. Si bien que ses membres se coupent progressivement du contact avec l’extérieur pour se replier dans des bunkers géants au sein desquels ils entreposent des quantités astronomiques de nourriture. Ils espèrent ainsi pouvoir tenir quelques années après la fin de tout et donc pourquoi pas survivre au pire pour ensuite reconstruire autour des cendres. Oui mais voilà, si ces hommes et ces femmes, armés de carabines et de révolvers ont tout prévu ou presque ils ne se doutent pas que le mal peut aussi venir de l’intérieur, de leurs propres enfants. Et lorsqu’un homme indique à Lucas, un des gamins de la communauté, que la nourriture même stockée en quantité pharaonique ne pourrait permettre de nourrir chacun qu’un an et demi alors qu’il faudrait disposer de rations pour le double de temps, l’idée fait son chemin dans la tête de l’adolescent qui va mettre au point une solution machiavélique et radicale : tuer les parents. S’instaure alors un climat de suspicion permanente entre les gamins placés sous le joug d’un Lucas qui se défend de ses actes en indiquant que des secousses sismiques répétées qu’il a capté annoncent l’irruption très prochaine du plus gros volcan que le monde ait connu et que celui-ci dévastera tout sur son passage… Pour autant la manière de gérer le quotidien et les solutions radicales que le jeune ado adopte ne font pas l’unanimité… Un récit prenant dès le début servi par un dessin qui capte à merveille les peurs et les souffrances tant physiques que mentales des personnages, le tout servi par un découpage dynamique qui  fait merveille. Une bonne surprise !

Brisson & Christmas – Sheltered – Akiléos – 2016 – 29,50 euros

A venir dans notre HeBDo #6 (sous réserve) :

Cafardman de L’Abbé (AAARG !)
Rituels d’Ortiz (Rackham)
Le cœur à l’ombre de Cosimo d’Amico, Ricci & Iorio (Dargaud)
La trajectoire des vagabonds de Serge Annequin (EP)
Black Dog de Loustal & Götting (Casterman)
La légèreté de Meurisse (Dargaud)
L’art du crime Tome 2 de Stalner, Omeyer & Berlion (Glénat)
Birmanie, fragments d’une réalité de Guillaume & Debomy (Cambourakis)
Le corps à l’ombre de De Thuin & David (Glénat)

 


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