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L’imaginaire Stevenson selon Follet et Rodolphe…

Une tombe s’élève au sommet du Mont Vaea. Face à la mer Stevenson guette les points lointains, voiliers bercés au vent qui portent les hommes vers des destinations qu’il devine à peine. Des pirates viendront-ils perturber l’ordre des routes établies pour offrir à cet enfant d’Edimbourg les images de récits riches en bouleversements ? Follet et Rodolphe reviennent sur la trajectoire d’un écrivain hors norme, un de ceux qui suscite encore le rêve par son parcours, son destin tragique et sa prose si habillée d’images lointaines…

stevenson

couv stevensonIl aurait pu devenir ingénieur et perpétuer cette longue lignée d’inspecteurs de phares. Peut-être aurait-il pu voyager au loin depuis les côtes sauvages de cette Ecosse natale habituée aux naufrages des égarés d’un soir sur une mer du Nord devenue capricieuse. Le jeune homme aurait sûrement stimulé son imaginaire à scruter le lointain dans les raies de lumières s’offrant à lui comme des flashs propres à construire les récits les plus épiques. Mais le jeune Stevenson aspira à plus de légèreté, plus d’aventures dans les bras de femmes d’un soir et plus de ces longues soirées à deviser les histoires qu’il griffonne sur les bancs de la faculté d’Edimbourg, histoires qu’il délivre à ses compagnons de boisson l’écoutant de leurs oreilles attentives le soir venu. Stevenson cultiva cet esprit de liberté, de douce rébellion face aux destins façonnés dans des antichambres austères. Il décida de partir loin de chez lui, trouva un point d’attache en France proche de Fontainebleau, et s’y confronta à ces nués d’artistes inspirés qui devaient stimuler encore plus ses envies d’écriture. Le reste nous le connaissons dans les grandes lignes, des crises de toux le retiennent dans sa chambre des jours durant. Dans des rêves semi-éveillés il décèle les tak tak tak du pirate à la jambe de bois, celui qui le poursuit depuis toujours et qui se rapproche de lui lorsque s’ouvrent subrepticement les portes de l’autre monde. Stevenson connaitra une carrière fulgurante, fut reconnu de son vivant comme un auteur majeur pour ses deux romans L’Ile au trésor et L’Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Mais sa santé fragile le pousse à chercher le lieu qui lui donnera enfin le répit escompté depuis si longtemps. Il prendra la mer à destination de l’Océanie pour trouver un point d’attache à Vailima dans les Samoa où il devint « Celui qui raconte des histoires »…

Retracer la biographie de Robert-Louis Stevenson, c’est s’embarquer pour un long voyage, celui qui doit nous mener des récifs acérés de l’Ecosse jusqu’au terres prometteuses d’îles au sable chaud. Parfois les pirates guettent comme pour mieux rappeler que l’existence reste un perpétuel sursis. Rodolphe et Follet retracent le parcours de Stevenson avec cette lumière qui traverse son œuvre. La capacité de Stevenson à susciter le rêve, à captiver son lectorat, à nourrir l’imaginaire collectif possède assurément peu d’équivalent. Cent ans après sa mort l’homme garde encore son aura, peut-être car il réveille en nous des souvenirs d’enfants, longues heures passées aux côtés de Jim Hawkins et de Long John Silver, à s’approcher d’un trésor improbable qui se cache au creux d’une grotte d’où s’écoule une petite source et une flaque d’eau claire, surmontée de fougères… Follet excelle par un dessin dense en couleurs directes qui tapisse l’espace avec cette force de suggestion. Les scènes sont fouillées et le rythme en phase avec la vie de Stevenson. L’écrivain voyageur fuyait un mal qui le rongeait, peut-être que le combat était inégal comme si les pirates devenus trop nombreux ne pouvaient laisser aucun doute sur l’issue fatale si longtemps repoussée…

Rodolphe & Follet – Stevenson, le pirate intérieur – Dupuis – 2013 – 15,50 euros

 

ile au tresorLes classiques de la littérature possèdent ce paradoxe d’être souvent connus de nom sans que pour autant leur trame ne s’impose systématiquement à nous. Des extraits lus sur les bancs de l’école, du collège, du lycée, parfois sortis du contexte général et disséqués pour leur rhétorique, pour ce qu’ils dégagent de symboles, d’images, de substrats à l’imaginaire ne constituent pourtant qu’une porte ouverte vers de plus savoureuses histoires. L’ile au trésor de Robert-Louis Stevenson n’entre pas dans cette lignée. Son aura construite sur toute une fantasmagorie infantile a traversé les âges. Le mythe de l’Ile au trésor avec son lot d’aventures, de soleil de plomb qui offre à la mer les scintillements qui font mal aux yeux, cette recherche d’un mirifique trésor qui alimente les pensées les plus folles et ces pirates aux gueules patibulaires, mal rasées qui n’inspirent que la crainte. Robert-Louis Stevenson possédait ce don de transmission, cette faculté de nous amener avec lui au large vers des nuits étoilées perdues au milieu de l’océan. Beaucoup d’entre nous furent bercés par ses pages dévorées, comme le dit Rodolphe dans la préface de cette version éditée par Dupuis, dans la fameuse Bibliothèque verte. Elles ont alimenté les rêves les plus fous et cette idée de l’aventure au loin sur des territoires encore presque vierges de toute présence occidentale. Follet en grand connaisseur de Stevenson a relevé le défi pour illustrer ce récit atemporel de six dessins au lavis. Six morceaux d’histoires, six contextes qui stimulent notre imaginaire. Une raison de nous replonger tous dans ce grand texte, de le transmettre aussi aux générations pour qui l’aventure n’a encore pas le sens qu’on lui connait après sa lecture. Pour finir, laissons la parole à Marcel Schwob, l’ami lointain du romancier écossais, qui nous livre ses émotions lors de la découverte de ce récit qui change indubitablement notre regard…

Je me souviens clairement de l’espèce d’émoi d’imagination où me jeta le premier livre de Stevenson que je lus. C’était Treasure Island. Je l’avais emporté pour un long voyage vers le midi. Ma lecture commença sous la lumière tremblotante d’une lampe de chemin de fer. Les vitres du wagon se teignaient du rouge de l’aurore méridionale quand je m’éveillais du rêve de mon livre, comme Jim Hawkins, au glapissement du perroquet : « Pieces of eight ! pieces of eight ! »

J’avais devant les yeux John Silver (…) Je voyais le visage bleu de Flint, râlant, ivre de rhum, à Savannah, par une journée chaude, la fenêtre ouverte ; la petite pièce ronde de papier, découpée dans une Bible, noircie à la cendre, dans la paume de Long John ; la figure couleur de chandelle de l’homme à qui manquaient deux doigts ; la mèche de cheveux jaunes flottant au vent de la mer sur le crâne d’Allardyce (…) Alors je connus que j’avais subi le pouvoir d’un nouveau créateur de littérature et que mon esprit serait hanté désormais par des images de couleur inconnue et des sons point encore entendus. Extrait de Spicilège (1896).

Stevenson (illust. Follet) – L’Ile au trésor – Dupuis – 2013 – 15, 50 euros


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