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Nouvelle Séance Spéciale : Hommage à Bertrand Tavernier
Le cinéma français perd l'un de ses piliers

Voilà un mois, la France perdait l’un de ses plus grands cinéastes, par ailleurs mondialement reconnu : Bertrand Tavernier. Choisir un film afin de rendre hommage au talent de cet immense réalisateur était impossible, d’autant que cela viendrait réduire considérablement la carrière de ce grand Monsieur qui va bien au-delà d’une simple filmographie.

« Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion. » Dans une lettre adressée à Martin Scorsese, Bertrand Tavernier avait repris cette phrase de Saint Augustin pour rendre hommage à sa carrière, tout en faisant référence à une foi que Scorsese a toujours revendiquée. Fin mars, c’était au tour de Martin Scorsese de rendre hommage à cette passion commune du cinéma, en disant de son ami : « Bertrand était tellement passionné qu’il pouvait vous mettre K.-O. » 

Bertrand Tavernier n’était pas seulement cinéaste, c’était un amoureux fou du cinéma. Une histoire d’amour qui débute dans les années 50, lorsqu’il était au lycée. Arrivé à l’Université (en droit, comme moi !), il fonde avec quelques amis une revue d’étudiants sur le cinéma : L’Étrave. Puis, il se met à faire des piges pour Télérama avant de devenir critique pour la revue Cinéma. Sa vie dans le milieu du 7e Art est donc née bien avant ses premiers pas sur les plateaux de tournage. Premiers pas qui ont lieu au côté de Jean-Pierre Melville (rien que ça) en tant qu’assistant, avant d’être l’attaché de presse de Stanley Kubrick (qui dit mieux ?) pendant dix ans. En parallèle, il continue son métier de critique de cinéma et collabore à plusieurs revues telles que Positif ou Les Cahiers du Cinéma.

Après avoir participé à deux films à sketchs en réalisant deux segments, il passe derrière la caméra en 1974 pour un premier long-métrage devenu culte : L’horloger de Saint-Paul. Un film qui marque par ailleurs le début d’une longue collaboration en même temps qu’une grande amitié avec l’immense Philippe Noiret. À partir de ce moment-là, ses réalisations s’enchaînent, avec un style qui n’eut de cesse de se renouveler. Car à l’inverse de certains cinéastes qui décident de se cantonner à un seul et unique genre, Tavernier décide d’explorer tous ceux qui s’offrent à lui : comédie, drame, policier, historique, … jusqu’à traverser l’Atlantique.

À moins d’écrire un article de dix pages, il est donc difficile d’être exhaustif en évoquant la filmographie de Bertrand Tavernier. À l’inverse, il paraît compliqué de ne pas aborder le film coup de poing pour lequel il remporta l’Ours d’or à la Berlinale de 1995 : L’Appât. Ce film – déjà évoqué dans un dossier consacré au polar selon Tavernier – s’inspire d’un fait-divers macabre de 1984, celui de « l’affaire de l’appât » dans laquelle un trio de jeunes gens ont d’abord commis de simples cambriolages, avant de torturer puis tuer leurs victimes. Le principe ? Une jeune femme sert d’appât afin de séduire des hommes fortunés. Une fois chez sa victime, l’appât – tel un cheval de Troie – permet à ses complices d’entrer afin de dépouiller leur proie. Cet appât, c’est Marie Gillain. Troisième film de l’actrice après Mon père, ce héros et Marie, L’Appât est celui qui a lancé sa carrière, tout comme celle de ses complices à l’écran : Olivier Sitruk et Bruno Putzulu. Dépassant l’histoire de ce fait-divers extrêmement choquant, Bertrand Tavernier fait  preuve d’audace en interrogeant l’origine de cet engrenage macabre, celle d’une jeunesse sans repères, perdue dans une société où le profit est le maître mot, et qui n’a même pas conscience de la gravité de ses actes.

Un an avant L’Appât, Bertrand Tavernier réalisait son seul film de cape et d’épée : La Fille de d’Artagnan. Loin d’être considérée comme l’une de ses oeuvres majeures, La Fille de d’Artagnan n’est, à mon sens, pas reconnue à sa juste valeur. Peut-être (sans doute) parce qu’elle a marqué une partie de mon enfance et que je ne suis donc pas tout à fait objective. J’ai découvert ce film à l’époque où je commençais à me passionner pour l’oeuvre d’Alexandre Dumas (j’avais même le livre audio des Trois Mousquetaires, c’est dire !). La Fille de d’Artagnan s’en est librement inspirée et raconte l’histoire d’Eloïse d’Artagnan (dans la famille, je demande la fille) qui découvre plus ou moins fortuitement un complot fomenté par le duc de Crassac contre le jeune roi Louis XIV. Elle décide d’embarquer son père, le célèbre mousquetaire, dans cette histoire à laquelle il a du mal à croire. Mais, pour sa fille, il reprend du service et fait appel à ses tout aussi célèbres acolytes : Athos, Porthos et Aramis, qui avaient également raccroché les armes.

Pour moi, la grande réussite de ce film – au delà de rendre hommage à l’oeuvre de Dumas – est qu’il s’agit d’une véritable comédie. Les quatre compères mousquetaires ont de l’arthrose, le roi de France pense plus à manger des pâtisseries et à mettre des jeunes filles dans son lit qu’à gouverner, le cardinal Mazarin voit des complots dans des poèmes ratés, … Et pourtant, tout tient merveilleusement la route, notamment grâce à une distribution comme on en voit rarement : Sophie Marceau (Eloïse d’Artagnan), Philippe Noiret (D’Artagnan), Claude Rich (le duc de Crassac), Jean-Luc Bideau (Athos), Raoul Billerey (Porthos), Samy Frey (Aramis), et également Charlotte Kady, Nils Tavernier, Luigi Proietti, Jean-Paul Roussillon, … Bref, si ça n’est pas déjà le cas, La Fille de d’Artagnan est à découvrir absolument !

Bien sûr, il serait dommage de réduire la filmographie de Bertrand Tavernier à cette seule oeuvre. Impossible en effet de ne pas évoquer Le juge et l’assassin, Coup de torchon, Capitaine Conan (et la révélation de Philippe Torreton), et ses deux derniers films de fiction : La Princesse de Montpensier et Quai d’Orsay.

Une bande-annonce en guise de conclusion, celle de La Princesse de Montpensier, film présenté voilà un peu plus de dix ans au Festival de Cannes. Un film sublime qui traite de façon très subtile de la condition des femmes.


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