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Japon / Monde
Mont Fuji, Kyoto et Nara : au cœur du Japon traditionnel
Le Japon, ce monde parallèle

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Partir de Tokyo pour se diriger ensuite vers le Mont Fuji, Kyoto et Nara semblent être une étape incontournable lorsqu’on a du temps pour voyager à travers le Japon. Ces trois points constituent le cœur du Japon traditionnel et ainsi purement pittoresque. Entre autres, Kyoto et Nara furent toutes les deux des capitales historiques du pays. Le Mont Fuji, lui, demeure modestement intemporel au fil des siècles tant par sa beauté que par son côté mystique, qui envoûte autant les touristes que les Japonais.

 

Le Mont Fuji : le volcan mystique 

Nous quittons Tokyo pour un trajet plus ou moins semé de fourberies ferroviaires : l’avant et l’arrière des trains ne vont pas au même endroit. Oui, tu penses rentrer dans ton train pour Kawaguchiko, la ville au pied du Mont Fuji où tu as réservé ton hôtel, mais en fait non, tu t’es trompé de wagon, qui va se détacher à la prochaine station pour te faire revenir à ton point d’origine. Dans ce genre de moment-clé où le voyage peut prendre une tournure atroce pour le moral, tu n’as plus qu’à prier qu’un Japonais ait pitié de toi pour te faire changer de wagon au dernier moment. Mais ayant, de manière générale, une chance insolente, ce fut mon cas.

Kawaguchiko est une des quelques villes constituant la région des cinq lacs. C’est notamment de là qu’on peut observer les plus beaux panoramas du Mont Fuji, et éventuellement le gravir. Le guide prétend que même les vieillards et les enfants peuvent en faire l’ascension, à condition d’avoir de bonnes chaussures. Après réflexion, je suis déjà essoufflé quand je monte l’escalier de l’hôtel, du coup j’ai prétexté -en toute mauvaise foi- que je n’avais surement pas les souliers adaptés pour ce type de défi. 

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Dès qu’on aperçoit le Mont Fuji pour la première fois, on est pris d’une certaine émotion. Le Mont Fuji n’est pas spécialement grand ou particulièrement impressionnant mais il y a quelque chose d’ineffable dans sa contemplation. Peut-être sa symétrie presque parfaite, son sommet enneigé et sa forme de volcan pacifique participent à la spiritualité qu’il dégage naturellement. Quoi qu’il en soit, nous comprenons enfin pourquoi les Japonais le considèrent comme le principal emblème du pays et comme un lieu de culte et de pèlerinage.

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Cette petite excursion de deux jours permet enfin de tester trois choses inattendues et très sympathiques : les fameux Onsens, les chambres japonaises typiques et les « Mont Fuji cookie ». Les Onsens sont des bains, la plupart du temps alimentés par des sources chaudes. Ces bains sont clairement assimilés à la culture japonaise et il s’agit d’un lieu où on se lave, discute et se détend. Etant un grand amateur de douches et de bains interminables (et n’ayant aucune pudeur), je fus particulièrement amusé par la passion des Japonais à se laver et se relaver encore et encore, assis sur un petit tabouret en bois en se jetant des bassines d’eau brûlante, puis glaciale sur le corps en criant « Nokoshima takimase komigosshhhhii !! » à son pote d’à côté. On alterne entre bains aux herbes, bains brûlants avec bulles, bains extérieurs posés dans la roche, hammams, sauna, chambre froide ou même bains électriques (oui, un bain qui lance de la vraie électricité). 

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Les chambres japonaises (voir photo) consistent globalement à dormir sur un tatami, à enlever ses chaussures en rentrant, et si vous êtes grand, à marcher à quatre pattes pour rassembler ses affaires. Le petit plus qui fera rêver les frileux : une petite table avec une couverture sous laquelle on glisse ses pieds et où se trouve un radiateur qui vous chauffe les pieds. 

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Rien de spécial à dire sur les cookies du Mont Fuji, si ce n’est que ce sont de délicieux petits cookies en forme de Mont Fuji, avec de la vanille glacée pour représenter la neige éternelle. C’est très bon et ça se mange à n’importe quelle heure.

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Cette étape fut aussi l’occasion d’expérimenter le meilleur restaurant depuis le début de notre voyage. A première vue un simple établissement d’autoroute, nous avons finalement dégusté de délicieuses viandes à cuire soi-même sur le grill incrusté au centre de la table. Un bus et deux trains nous attendent pour nous rendre à Kyoto, la ville aux 1600 temples.

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Kyoto : gardienne de la tradition nippone

Nous arrivons à Kyoto de nuit. Dès les premières minutes passées à marcher dans la ville, on ressent tout de suite la différence avec une grande mégalopole telle que Tokyo. Certes, on évolue dans une grande ville, mais tout est moins haut, moins gigantesque, moins moderne, beaucoup plus traditionnel. Dans certaines ruelles fumantes jonchées de pavés posés aléatoirement, on pourrait presque se croire trente ans auparavant. On remarque beaucoup de femmes en costume traditionnel, de personnes revenant de l’épicerie du coin en vélo pour rentrer dans leur maison en bois et en pierre. Une multitude de petits restaurants proposant une grande diversité de nourriture sillonnent les grandes artères autant que les passages secrets.

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Aucun écriteau, on y entre par une petite porte en bois et on y découvre un chef proposant sa cuisine bien à lui. Après avoir enfilé des chaussons, on s’assoit sur des coussins au milieu des habitants locaux qui s’amusent de vous voir ébahi par ce que propose la carte incompréhensible pour le « Gaijin » (étranger) que je suis. Propre à l’ambiance de Kyoto et incontournable en début de soirée, on peut prendre comme exemple le quartier flottant de Gion et ses canaux donnant éventuellement l’opportunité de croiser le charme d’une geisha.

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Le lendemain, il faut faire le choix entre la multitude de temples, tous réputés -absolument incontournables- par le Lonely Planet. Nous sélectionnons différents lieux tels que la Bambouserai (forêt de bambou) puis par la suite le Tenrya-ji, un des lieux les plus intéressants que j’ai pu visiter dans ma vie. Le temple ayant été conservé dans un état de perfection improbable, je vois défiler devant mes yeux un mélange de salles cérémonielles, entrecoupé de passerelles en bois menant à d’autres parties du temple, parsemé de jardins aux petits ponts de pierre au milieu duquel coulent des cascades.L1060657

Au centre, un lac parsemé de petits îlots autour duquel évoluent d’énormes carpes dans un vert émeraude. Je me plais alors à imaginer un empereur en costume doré, son katana à la ceinture, marcher silencieusement au clair de lune pour rejoindre une geisha mystérieuse dans une pièce secrète. Même si cette phrase est surement bourrée de contresens historiques, c’est de cette manière que j’ai souhaité prolonger dans mon imaginaire la beauté de ce lieu.

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Puis nous enchaînons, quelques mètres plus loin, sur la villa d’Okoshi Sanso, construite par un célèbre acteur de films muets japonais, où nous sommes accueillis avec une gaufrette et un thé ressemblant à du gazon liquide. Plus un son, plus un bruit urbain, puis on avance dans petites allées remplies de mousses jaunes fluo sur lesquelles sont posées de petites maisons traditionnelles pour ensuite arriver sur une terrasse en bois donnant la vue sur tout Kyoto et ses environs. 

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Pour terminer la journée, nous prenons la confiance en commandant des aliments sans vraiment savoir ce que c’est dans un restaurant de brochettes. Après avoir dû digérer, non sans mal, une brochette de peau de poulet, une algue en forme de carré ayant le goût du cuir d’un canapé, ainsi que des abats d’un animal dont j’ignore encore l’existence aujourd’hui, nous rentrons à l’appartement.

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Le lendemain est une journée peu plaisante. Celle où une pluie diluvienne s’abat toute la journée sous un ciel noir. Ce jour-là, Kyoto, triste comme jamais, me fait penser à une ville communiste et autoritaire où tout est morose et gris. Le temple que nous voulons visiter est fermé. Nous nous rabattons donc sur un musée sombre et soporifique. Un peu comme si j’avais été traîné de force à une sortie scolaire, je sillonne entre les chaises en boudant pendant que mon amie se prend d’intérêt pour les vieux morceaux de tissus colorés de l’époque de je ne sais plus quel empereur…

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Mais la journée suivante s’avère rattraper celle de la veille. Après avoir réservé sur internet (obligatoire) notre visite du Palais Impérial de Kyoto, nous arrivons dans ce lieu qui est globalement surveillé comme s’il s’agissait de Guatanamo. De nombreux gardes surveillent vos faits et gestes durant la visite strictement encadrée. Même s’il s’avère digne d’intérêt, l’endroit ne me fait rien ressentir de particulier, si ce n’est qu’il est gigantesque et froid, et que la quasi-totalité des lieux est secret et interdit au public. Je m’amuse à observer les autres touristes qui font des selfies devant chaque porte/pierre/marche/maison du palais et qui écoutent avec grand intérêt le guide qui explique que Bush et la Reine Elizabeth ont été accueillis ici pendant leur séjour au Japon. Cool.

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Heureusement, la journée est sauvée par la visite du temple le plus fameux de Kyoto, le Kinkakuji (Pavillon d’or), qui est posé tel un nénuphar au milieu d’un paisible lac entouré d’arbres courbés. Nul besoin de vous décrire la vision saisissante de cet endroit unique, la photo ci-dessous s’en chargera parfaitement.

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Après avoir terminé la journée dans un restaurant « français » où personne ne parlait français ou même anglais, nous préparons nos plans du lendemain qui doivent consister à devenir l’apogée de notre séjour dans cette région : passer la journée à Nara, le centre le plus historique et le plus pittoresque du Japon.

 

Nara : dépositaire majeur de l’héritage culturel japonais

Nara est à une heure au sud de Kyoto et peut se visiter en une journée. Il s’agit de la première capitale permanente du Japon et possède pas moins de huit sites inscrits au patrimoine mondial.

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Ville réputée pour être peuplée de daims considérés par les habitants comme des messagers des dieux, ce fait étrange suscite particulièrement mon intérêt. Il s’est avéré au-dessus de mes espérances.

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En effet, les animaux, peu farouches et habitués des humains, se baladent comme bon leur semble dans la cité. Ils sont partout et particulièrement sympathiques. On peut d’ailleurs les nourrir et les caresser sans problème. Tel un gosse de cinq ans, je suis excité à chaque fois que j’en croise un, c’est -à-dire à peu près toute la journée.

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Direction ensuite le Todai-Ji. Achevé en 798, c’est sans doute un des temples les plus impressionnants du Japon et entre autres le plus grand édifice en bois de la planète. C’est à l’intérieur que se trouve le Daibutsu, la plus grande réalisation en bronze existante. Il s’agit d’un Buddha de 15 mètres et de 500 tonnes. Petite info supplémentaire véridique : chaque narine fait 50 centimètres.

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On finit la visite de la ville par le jardin d’insui-En, qui est, pour le moment, un des endroits que j’ai le plus apprécié au Japon. Un magnifique jardin en deux parties coupé du monde urbain. Il est censé être bondé de visiteurs à la période des cerisiers en fleur, mais nous sommes en Janvier, il fait froid et c’est donc dans un calme absolu que j’aurai le privilège de voir cet endroit, accompagné d’un guide qui n’avait personne à guider et proposant de me faire découvrir l’endroit gratuitement.

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Encore une fois, je suis saisi par l’aspect du lieu, qui semble avoir été conservé absolument intacte depuis des siècles. C’est à ce moment que je me refais cette réflexion à propos de la notion de respect chez les Japonais. La guide n’était pas juste guide, elle était aussi amoureuse de cet endroit, on sentait une passion et une volonté sincère de conserver ce lieu unique au fil du temps.

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Il est difficile d’expliquer ça avec des mots, mais la visite du temple Tenyra-Ji et en l’occurrence ce jardin à Nara font partie des endroits qui ont su répondre à mes attentes sur le Japon. Avant de partir, je savais que quelque part dans mon imaginaire, il y avait certains aspects de ce pays qui m’attiraient mais je ne parvenais pas à me les représenter concrètement. C’est finalement dans ces deux lieux remplis de mystère et de poésie que j’ai pu ressentir quelque chose lié à la contemplation et à la paix de l’âme. Il est fascinant de se dire que les personnes à l’origine de la création de ces lieux sont mortes, mais qu’ils sont restés quasiment identiques aujourd’hui, autant d’un point de vue architectural que philosophique.

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Retour à Kyoto le soir. Dernier repas avec mon amie, qui repart très tôt le lendemain direction le monde réel et ses obligations. Dimanche 18 janvier : c’est donc à partir de ce jour-là que je continue seul mon périple de six mois. 

 

A suivre très prochainement : la suite des aventures à Osaka, Kobe, Okayama, Hiroshima et Miyajima. Ainsi que deux articles complémentaires : « Top 10 des choses que les Japonais ne font pas comme nous » et « Les avantages et les inconvénients de voyager en solitaire ».