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La BD du Jour : War is boring de David Axe et Matt Bors (Steinkis) + Interview

La BD-reportage de guerre s’est considérablement développée sous l’impulsion des Américains Joe Sacco ou, plus récemment Ted Rall. David Axe poursuit dans cette veine en se questionnant sur son rôle de journaliste, en tentant de comprendre la pulsion qui l’anime à toujours vouloir se rendre là où le danger est le plus fort. Cela donne deux opus essentiels, War fix publié en 2006 et War is boring publiée en tout début d’année par Steinkis. Plongée dans les affres de la guerre aux côtés d’un jeune homme en recherche de soi et de vérité, avec, petit bonus, une interview qu’il nous avait accordée il y a cinq ans pour un dossier sur le comics de guerre.

David Axe est journaliste. Pour être précis, journaliste de guerre. Pour donner à voir l’état du monde il sillonne le globe pour se rendre là où les tensions dégénèrent parfois en conflits. Un travail peu banal, où la durée de vie dépasse rarement quelques mois ou quelques conflits si l’on considère les chiffres donnés par … Depuis qu’elle existe la guerre n’a pas ou peu changé. Toujours la même haine, le même sang, la même douleur sur les corps d’hommes livrés à la mort qui gisent toujours trop nombreux sur ses champs de bataille. Ces anonymes de conflits, livrés en nombre aux statistiques, laissent autant de veuves et de mères dans la douleur de la perte que d’interrogations sur la nature profonde de l’homme, toujours prompt au pire. La guerre reste source de pouvoir, d’emprise sur un territoire, une région ou un pays.

Elle peut être politique, religieuse, économique mais peut aussi se faire l’héritage de passés troubles sans cesse remis au goût de jour. Pour David Axe se rendre au plus proches des zones de conflits, là où la tension et la peur sont les plus palpables, là où la chance fait parfois office de dernier rempart contre l’évidence de la mort, sonne comme une nécessité. Celle de comprendre le monde et de se comprendre lui-même. Tout à commencer pour le jeune homme par la lecture du To Afghanistan and back du journaliste-dessinateur Ted Rall. Tout s’enchaine ensuite très vite. Irak, Liban, Timor oriental, Afghanistan, Somalie… David Axe observe le monde, prend sa température et, une fois repérée la partie la plus chaude du globe, fait ses valises dans sa direction. Aussi ennuyeuse que puisse être la guerre, la paix est bien pire s’autorise-t-il à dire pour justifier de son attirance morbide.

Une attirance qui vire à l’addiction. Une addiction destructrice, décrite avec force dans son opus précédent, War fix, de laquelle il faut savoir ou pouvoir s’extraire. Il raconte en fin d’album comment il a échappé plusieurs fois à la mort, sans que cela remette en cause son engagement, mais aussi nous parle de son mal être, de sa difficulté à trouver sa place dans un monde auquel il ne s’identifie pas. Ted Rall qui prend sa plume en fin d’ouvrage dit que C’est le revers de la pulsion de mort qui anime David. Il ne veut pas vraiment mourir ; il veut vivre vraiment. Se sentir vivre. La guerre a encore de beaux jours devant elle. Des journalistes intrépides partiront la couvrir où quelle se niche, dans les terres les plus reculées et les plus austères, pour chercher la vérité, cette vérité qui fait parfois mal à voir ou à entendre mais qui n’a jamais été autant nécessaire.

David Axe – War is boring – Steinkis

 

Interview de David Axe

Quand avez-vous décidé de travailler le comics de guerre ?
J’ai toujours aimé le comics mais je pense que les travaux de Ted Rall du début des années 2000 ont eu une influence directe sur mon envie de travailler ce support, notamment son livre To Afghanistan and back. Lorsque j’ai décidé de lancer mes propres projets, je voulais me rapprocher de cette façon d’envisager le journalisme de guerre. 

Le comics est-il le meilleur format pour développer votre travail de journaliste de guerre ?
La guerre est simplement un sujet. Le comics est un médium qui n’est ni meilleur ni pire qu’un autre. J’aime le comics et j’écris sur la guerre. Il était donc naturel pour moi de combiner les deux. Chaque médium possède ses propres qualités. Ils sont juste différents.

Le point de vue du journaliste de guerre peut-il rester neutre par rapport à ce qui se joue devant lui ?
La neutralité et l’objectivité n’existent pas dans le journalisme. La précision existe tout comme l’équité et l’honnêteté. Je pense que je me dois de rapporter aux gens qui me lisent les événements de manière aussi précise et équitable que possible tout en restant honnête sur ce qui me motive, à savoir mon intérêt marqué pour le sens de l’histoire, mon attirance pour la dramaturgie d’un conflit et mon opposition politique à la plupart des guerres comme moyen de résoudre les problèmes.

Quelle est votre opinion sur les conflits qui se sont déroulés depuis le 11 septembre 2001 ?
Pour moi, les conflits menés par les Etats-Unis depuis le 11 septembre sont mauvais et la façon de les gérer désastreuse.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre projet War Fix et de l’addiction à la guerre qui peut frapper le journaliste de terrain ?
War Fix est mon premier roman graphique. Il évoque mon premier séjour dans une zone de guerre en Irak. Lors de ce reportage j’ai découvert que les hommes qui sont sur le terrain, soldats mais aussi journalistes, peuvent devenir accros à la tension du combat. Je me suis rendu compte également que la beauté et la dramaturgie de la guerre peuvent devenir réellement addictives. 

Pensez-vous que Joe Sacco a ouvert une voie dans la BD-journalisme de guerre ?
Le travail de Joe est remarquable. Je pense sincèrement qu’il a beaucoup apporté pour légitimer le comics comme médium pour le reportage de guerre.

Avez-vous d’autres projets comics sur le thème de la guerre ?
Oui. J’aide à retranscrire et à co-écrire les mémoires d’un soldat de la Marine qui a pris part aux combats en Afghanistan. Le titre de ce projet sera « Once a Marine ». Nous sommes en train de démarcher les éditeurs pour qu’il soit publié.

Interview réalisée en 2014 et publiée à l’origine dans la revue Tind