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Focus Polar et Thriller : Lorsque l’érotisme se mêle au genre sur nos écrans noirs
Vous reprendrez bien quelques degrés supplémentaires ?

En cette période où le thermomètre affiche des températures caniculaires, MaXoE a décidé de vous faire transpirer encore davantage dans le cadre du Focus Polar accompagnant la 6e édition du MaXoE Festival. Au programme ? Des polars et thrillers un peu particuliers puisque ceux-ci se mêlent à l’érotisme et la sensualité. À ne pas mettre sous tous les regards.

Sous-genre du polar, le thriller érotique apparaît aux États-Unis dans les années 80. D’abord littéraire, ce genre opérant la rencontre entre érotisme et suspense se développe par la suite au cinéma, essentiellement à travers des films de série B. Quelques grands cinéastes s’en sont toutefois emparés, essuyant souvent de sévères critiques de la part d’une presse peu encline au genre. Dix ou vingt ans plus tard, certains des films en question sont devenus cultes.

Cinéaste au style expérimental mêlant symbolisme, surréalisme et onirisme, David Lynch fait une incursion dans le polar érotique en 1986 avec Blue Velvet. Réunissant Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper et Laura Dern, Blue Velvet suit l’enquête menée par Jeffrey Beaumont afin d’élucider le mystère autour d’une découverte morbide : celle d’une oreille humaine en décomposition trouvée dans un terrain vague. Au gré de ses investigations, Jeffrey se retrouve plongé dans un milieu étrange et parfois sordide.

Classé en 2008 par l’American Film Institute parmi les dix meilleurs films à énigme, Blue Velvet n’avait pas connu cet engouement au moment de sa production. Contacté par David Lynch afin d’endosser le rôle principal – celui de Jeffrey Beaumont – Val Kilmer avait décliné, jugeant le scénario bien trop pornographique. Il regretta son choix à la sortie du film, au regard de sa version finale moins subversive. S’il n’avait pas su trouver son public au moment de sa sortie, Blue Velvet bénéficia d’un important succès critique, à l’image de la filmographie de son réalisateur.

L’exact inverse se produisit pour Basic Instinct. Présenté en ouverture du Festival de Cannes 1992 et en compétition pour la Palme d’Or, le film de Paul Verhoeven – sorti en salles dans la foulée – fut un succès auprès du public. Les critiques furent quant à elles bien plus mitigées. Ce n’est que bien plus tard que l’œuvre de Verhoeven accéda au rang de film culte. S’ouvrant sur une scène de sexe intense, suivie de près par un meurtre au pic à glace, Basic Instinct se concentre sur l’enquête que mène Nick Curran autour de ce crime. Policier sanguin et névrosé, souvent enclin à la violence, celui-ci entame rapidement une liaison aussi passionnée que torride avec la principale suspecte du meurtre.

Qualifié tour à tour de pornographique, misogyne ou encore homophobe par les critiques les plus acerbes, Basic Instinct est en réalité une œuvre magistrale dans sa forme, s’inspirant fortement de l’ambiance qu’Hitchcock distillait dans certains de ses films. Jouant constamment sur le caractère équivoque de l’intrigue, l’atmosphère du film de Paul Verhoeven est à la fois sensuelle et mystérieuse, ne laissant jamais au spectateur le temps de respirer pleinement. Considéré comme culte notamment grâce à cet environnement si particulier, Basic Instinct l’est également devenu grâce au magnifique duo d’acteurs occupant la tête d’affiche : Michael Douglas et Sharon Stone. Sans oublier évidemment la fameuse scène de l’interrogatoire.

C’est avec sa toute dernière réalisation que Stanley Kubrick s’essaye au genre, réalisation dont il ne connut jamais la sortie puisqu’il mourut avant le montage final. Sorti en 1999, Eyes Wide Shut – fondé sur la nouvelle Traumnovelle d’Arthur Schnitzel – suit la nuit d’errance du Dr Bill Hartford dans la ville de New-York et ses alentours. Assistant par hasard à une orgie sexuelle, il découvre l’existence d’une mystérieuse société secrète liée à d’étranges événements.

Si la classification d’Eyes Wide Shut comme thriller érotique est encore débattue aujourd’hui tant l’ensemble de l’œuvre de Stanley Kubrick dépasse largement les catégorisations, le film mêle incontestablement l’ambiance d’un thriller psychologique (avec parfois une dimension policière) à un érotisme peu équivoque, à tel point que la censure américaine obtint la modification de la fameuse scène de l’orgie avant la sortie en salles du film aux États-Unis. Aussi beau dans sa forme que dérangeant sur le fond, Eyes Wide Shut est sans doute le film le plus intimiste de son cinéaste qui interroge la notion de désir en disséquant l’intimité d’un couple à la dérive. À l’image de leurs personnages, Tom Cruise et Nicole Kidman étaient à l’époque au bord de la rupture, et la sollicitation de Kubrick ne fut sans doute pas un hasard.

Lynch, Verhoeven et Kubrick ne furent pas les seuls grands cinéastes qui contribuèrent largement à ne pas réduire le polar/thriller érotique à de simples films de série B. Si vous souhaitez compléter la liste, plusieurs films du genre figurent parmi l’œuvre de Brian De Palma. Côté français, François Ozon a réalisé Swimming Pool, sorti en 2003. Et parce que le genre n’est pas une exclusivité masculine, il ne faudrait pas passer à côté du très réussi In the Cut de Jane Campion (et sa scène de fellation !), également sorti en 2003 et réunissant Meg Ryan et Mark Ruffalo. Alors, pas trop chaud ?