Festival de Cannes 2019 MaXoE Focus Game of Thrones
Après une édition 2018 sous le signe du renouveau (modification des dates du Festival, de la gestion des projections et de nombreux nouveaux venus au sein de la Sélection Officielle), cette édition 2019 est celle de la femme. Déjà par ce choix de rendre hommage à l’immense réalisatrice Agnès Varda disparue récemment, avec l’affiche officielle de cette 72e édition. Mais aussi et surtout parce que pour la première fois, l’organisation du Festival a mis un ... En savoir plus !
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Sélection MaXoël de Julie : Du polar réaliste, du polar d’anticipation, du polar futuriste… Et un peu de galaxie lointaine tout de même !
Un joyeux Noël, vous passerez !

Dernière ligne droite avant Noël puisqu’il reste maintenant moins d’une semaine avant de garnir de paquets le pied du sapin. Si vous n’avez pas encore eu le temps de jouer au Père Noël, voici quelques idées de cadeaux qui plairont à vos proches cinéphiles mais également aux adeptes de polars puisque, par le plus pur des hasards, ce genre embrasse l’ensemble de cette sélection cette année. Mais avant de crier au scandale parce que Star Wars n’est, pour une fois, pas au premier plan, regardez juste en dessous cette jolie parodie de Hopper signée Erik Tiemens et Ryan Church.

Livres

Un auteur est à l’honneur cette année, l’écrivain suisse Joël Dicker dont le dernier roman – La Disparition de Stéphanie Mailer – est paru en mars dernier. Si ce titre ne vous dit rien, vous avez difficilement pu échapper à l’engouement suscité par l’une de ses précédentes œuvres : La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, lauréat du grand prix du roman de l’Académie française ainsi que du Goncourt des lycéens

Tout comme son dernier né, il s’agit d’un polar. D’un polar dans lequel un célèbre écrivain – Harry Quebert, celui du titre – est accusé du meurtre de Nola Kellergan, une adolescente ayant disparu mystérieusement plus de trente ans auparavant. Convaincu de l’innocence de son mentor, Marcus Goldman – également écrivain de son état – décide de mener sa propre enquête.

Si à l’époque de sa sortie, c’est à dire en 2012, ce roman policier avait autant fait parler de lui, c’est parce qu’il se lit avec une aisance déconcertante malgré une intrigue complexe et pleine de coups de théâtre. Son secret ? C’est un page-turner, autrement dit un livre dont on ne peut s’empêcher de tourner les pages pour connaître la suite tant l’auteur use de la technique du cliffhanger à chaque fin de chapitre et a une grande maîtrise du suspense dans son écriture. Oui, le style est classique et est loin de rivaliser avec la grande littérature. Oui, l’auteur abuse parfois de certaines facilités techniques (le fameux cliffhanger) et scénaristiques. Mais où est le problème si l’ensemble se tient ? Si les personnages sont bien construits ? Et surtout si la réflexion sous-jacente éveille l’intérêt ? Car au-delà du simple polar extrêmement bien ficelé, ce roman est également une belle mise en abyme sur l’univers de la littérature.

Mais pourquoi parler d’un livre paru en 2012 plutôt que de me concentrer sur le dernier roman de l’auteur sorti en 2018 ? Tout simplement parce que La Disparition de Stéphanie Mailer – s’il reste agréable – est bien moins réussi que son grand frère. En reprenant la même mécanique et en la poussant à l’extrême, Joël Dicker essouffle son concept et rend son intrigue plus confuse avec une foultitude de personnages annexes et bien moins nécessaires au scénario que ceux de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert. Reste toutefois un livre qui se dévore toujours aussi facilement et qui révèle une fois encore l’imaginaire débordant de son auteur.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert (septembre 2012) et La Disparition de Stéphanie Mailer (mars 2018), de Joël Dicker – Editions de Fallois.

 

Séries TV

Du polar encore, cette fois pour les sérivores. Du polar réaliste oui, mais pas seulement puisque le genre se mêle également à l’anticipation. Une fois de plus, cette année est une année riche. Riche en nouveautés comme en séries qui continuent leur route, saison après saison. 

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert (Epix et TF1)

Vous l’aviez peut-être vu venir ! Et oui, parler plus haut d’un roman sorti en 2012 n’était pas un choix anodin puisque le livre en question vient tout juste d’être adapté en mini-série par le cinéaste français Jean-Jacques Annaud (la production reste toutefois américaine).

Porter une oeuvre littéraire à l’écran (petit ou grand) n’est jamais aisé. Ici, le format choisi (dix épisodes) est plutôt judicieux au regard de la densité du roman, mais aussi de sa construction. Une construction sur trois époques différentes que la réalisation manie plutôt habilement à l’aide de flashbacks intervenant subtilement dans une narration qui restitue d’ailleurs assez fidèlement l’intrigue imaginée par Joël Dicker. Dans ce cas, où est donc l’intérêt de regarder cette série plutôt que de se (re)plonger dans le roman ? Sans doute pour Patrick Dempsey qui se révèle être un acteur plutôt solide une fois éloigné des blocs opératoires de Grey’s Anatomy. Mais aussi et surtout pour son esthétique aux couleurs vives qui rappelle les plus beaux tableaux d’Edward Hooper.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, créée par Joël Dicker et Jean-Jacques Annaud. Avec Patrick Dempsey, Ben Schnetzer, Poppy Corby, Kristine Froseth, Damon Wayans Jr., Virginia Madsen, … (La mini-série a été diffusée sur TF1 entre le 21 novembre et le 19 décembre 2018 et est disponible en DVD & Blu-Ray depuis le 20 décembre 2018).

 

Le Bureau des Légendes – Saison 4 (Canal +)

Un bureau clandestin au sein de la DGSE. Avec des agents tout aussi clandestins à qui l’on fabrique de toutes pièces de fausses identités, ou « légendes ». Leur mission ? Se rendre dans des zones « sensibles » au quatre coins du monde, sous légende, afin de recueillir du renseignement.

Très loin des fantasmes à la James Bond ou à la Mission Impossible – qui s’attachent plutôt à en mettre plein la vue qu’à montrer la réalité des faits – Le Bureau des Légendes est une série fouillée et ultra-réaliste qui lève en partie le voile sur ce fantasme que sont les services secrets, le tout avec une grande fidélité. L’action est présente oui (il en faut bien un peu), mais l’intérêt de cette série vient surtout du quotidien qu’elle dépeint, celui de ces agents constamment en immersion et qui ne doivent jamais rien laisser au hasard. Car au delà des drones, opérations spectaculaires et autre Aston Martin bourrée de gadgets en tout genre, le renseignement est surtout une affaire qui relève de l’humain. Le Bureau des Légendes aborde cette question avec une grande intelligence au fil de ses différentes saisons, toujours en lien avec l’actualité. Ainsi, après avoir traité du Proche-Orient et du Moyen-Orient avec des problématiques liées à l’intégrisme et au terrorisme dans ses trois premières saisons, la saison 4 – si elle n’abandonne pas totalement ces questions – se tourne du côté de la Russie et de la cyberguerre, le tout sur fond de restructuration interne. Le reste est bien évidemment classé secret-défense, histoire de ne pas trop vous en révéler ! 

Le Bureau des Légendes, créée par Eric Rochant. Avec Mathieu Kassovitz, Sara Giraudeau, Jonathan Zaccaï, Matthieu Amalric, Florence Loiret-Caille, Artus, … (La saison 4 a été diffusée sur Canal + entre le 22 octobre et le 19 novembre 2018 et est disponible en DVD & Blu-Ray depuis le 21 novembre 2018).

 

Ad Vitam (Arte)

La mort n’est plus qu’un lointain souvenir. Les avancées scientifiques – qui cherchent de plus en plus à repousser les limites de la mortalité – sont finalement parvenues à trouver le moyen de régénérer totalement les cellules de l’être humain. La vie est à présent la valeur absolue des civilisations. Et le suicide est devenu illégal. Dans ce futur proche, la doyenne de l’humanité fête ses 169 ans et en paraît trente. Au lendemain de cette célébration mondiale, la mer rejette sur la plage d’une ville côtière les corps de sept adolescents, tous ayant un trou béant au niveau de la tempe. Ce tableau rappelle une vague de suicides collectifs qualifiés « d’attentats » et organisés par une association sectaire une dizaine d’années plus tôt. Une enquête est ouverte

Des êtres infinis dans un monde fini. C’est en partant de ce postulat que le cinéaste Thomas Cailley bascule vers le petit écran, après un premier long métrage très prometteur (Les Combattants), et s’essaie à la série de genre : le polar d’anticipation. Ici, le polar n’est qu’un prétexte. Un prétexte à la réflexion sur ce monde dont nous prenons potentiellement le chemin. La quête d’éternité – qui est une obsession pour nos sociétés, peu importe l’époque – n’est pas sans conséquences. Des conséquences que l’on oublie un peu vite dans cette recherche d’immortalité. Dans Ad Vitam, les êtres ne savent plus profiter simplement de la vie. Ils la consomment jusqu’à satiété, sans se préoccuper des répercutions : amenuisement des ressources, surpopulation, urbanisation à l’extrême (à l’image de la ville espagnole de Benidorm, choisie comme décor principal), … Le tout conduit à une politique de contrôle des naissances, et surtout au malaise d’une jeunesse sans avenir qui ne trouve plus sa place dans un monde où ses aînés se refusent à vieillir.

Grâce à une économie de moyens, l’univers futuriste dépeint se mêle subtilement à notre monde contemporain, à tel point que l’on se demande si cet avenir n’est pas celui qui nous attend. L’esthétique particulière – jouant sur les contrastes de lumière qui oscillent entre lieux clos et sombres, teintés de bleus et de rouges, et extérieurs baignés d’une lumière vive –  crée une atmosphère extrêmement sensorielle à laquelle s’ajoute une bande-son envoûtante, majoritairement électro.

Enfin, Ad Vitam est aussi et surtout une rencontre. Celle de deux êtres confrontés à la mort chacun à leur manière et dont les points de vue sur le sujet, d’abord diamétralement opposés, finissent par trouver une convergence. A l’image de leurs personnages, Yvan Attal et Garance Marillier s’apprivoisent peu à peu. Le premier, toujours aussi plaisant à retrouver sur grand comme sur petit écran, est parfait en flic désabusé par l’existence mais qui – paradoxalement – ne comprend pas ce choix d’y mettre fin. La seconde, en adolescente qui ne saisit pas cette obsession de l’immortalité au point de ne plus se sentir de la même espèce que ses ancêtres, est une révélation. Son jeu, aussi intense que magnétique transcende totalement cette mini-série aussi passionnante dans sa mise en scène que dans son propos.

Ad Vitam, créée par Thomas Cailley et Sébastien Mounier. Avec Yvan Attal, Garance Marillier, Anne Azoulay, Niels Schneider, Rod Paradot, Ariane Labed, Hanna Schygulla, … (La mini-série a été diffusée sur Arte entre le 8 et le 22 novembre 2018. Elle est disponible en VOD sur Arte.fr et sortira en DVD & Blu-Ray le 16 janvier 2019).

 

Cinéma

Du polar enfin, pour le grand écran. J’avais annoncé la couleur au début, non ? Bon, je vous rassure, il n’est pas le seul genre proposé pour cette sélection de films à (re)voir tranquillement installé dans son canapé.

Blade Runner 2049

Los Angeles, 2049. Tyrell Corporation a fait faillite, rachetée par un nabab nihiliste à la tête de Wallace Corporation. L’entreprise se charge de nourrir l’ensemble de la population avec des protéines de synthèse, plus aucune production naturelle n’étant possible dans cet environnement totalement irradié. Elle détient également le monopole dans l’élaboration des réplicants. Un nouveau modèle est sur le marché : le Nexus 9. Quant aux anciennes versions, elles sont surveillées, traquées et « retirées » si elles se révèlent dangereuses. Par les Blade Runners.

Trente-cinq ans après le polar futuriste signé Ridley Scott (et trente ans dans la temporalité des films), voilà que Denis Villeneuve accepte de relever le pari fou de lui offrir une suite avec Blade Runner 2049. Une suite comme on en voit rarement et qui relève de la prouesse, en tout cas de notre point de vue.

Dès les premières secondes, une sensation familière. Celle du Blade Runner de 1982. La même atmosphère pluvieuse, lugubre et irrespirable. Les mêmes buildings aux lumières artificielles. La même misère grouillant dans les rues de la mégalopole sinistrée. L’héritage de Ridley Scott est bien là. Tout comme la société cyberpunk qu’il dépeignait, à la différence qu’elle s’est encore modernisée. De même, on retrouve dans le film de Denis Villeneuve la même philosophie, la même réflexion sur ce qui constitue l’humanité d’un être. Mais à un degré supérieur. La notion de transhumanisme – déjà bien développée dans le premier film – est ici poussée à l’extrême et couplée à des questions touchant à l’altérité, notamment à son acceptation. Mais là où le cinéaste réalise son coup de génie, c’est dans sa mise en scène. Une mise en scène qui ose la lenteur, la contemplation et les grands espaces, laissant peu de place à l’action et faisant de Blade Runner 2049 un blockbuster allant totalement à contre-courant des codes du genre.

Blade Runner 2049, réalisé par Denis Villeneuve. Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Robin Wright, … (Sorti dans les salles obscures en France le 4 octobre 2017 et en DVD & Blu-Ray le 14 février 2018).

 

Star Wars Episode VIII – Les Derniers Jedi

Sans transition, quittons définitivement l’univers du polar pour l’hyper-espace et sa Résistance – dernier vestige d’une République au bord de l’extinction, après l’annihilation du système planétaire qui l’abritait – qui voit sa base assiégée par le Premier Ordre. Tandis que la Générale (et surtout Princesse !) Leia Organa veille à l’évacuation des lieux, le pilote rebelle Poe Dameron – tête brûlée de son état – se lance dans une mission suicide. Celle de détruire un immense destroyer du Premier Ordre. Sur la planète océanique d’Ahch-To, où le tout premier temple Jedi fut édifié, Rey a retrouvé Luke Skywalker. Un Luke Skylwalker désabusé et qui ne veut plus entendre parler de la Force…

Si Le Réveil de la Force – bien que globalement assez réussi – était le miroir d’Un Nouvel Espoir, la symétrie n’est pas aussi évidente entre Les Derniers Jedi et L’Empire contre-attaque. On pensait déjà pouvoir imaginer le prochain épisode mais il n’en est rien. Tout en respectant l’univers créé par George Lucas, le cinéaste aux commandes de cet Épisode VIII s’en émancipe suffisamment pour proposer quelque chose de nouveau. Faisant fi de la religion autour de la Force, le réalisateur/scénariste propose une vision bien moins manichéenne, atténuant les notions de bien et de mal, se concentrant plus sur les motivations des uns et des autres, sur le référentiel que chacun a pu construire sur les blessures du passé. En un mot comme en cent, ce nouveau Star Wars – qui a eu droit à son double-avis lors de sa sortie sur grand écran – est plus que convaincant !

Star Wars Episode VIII – Les Derniers Jedi, réalisé par Rian Jonhson. Avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Mark Hamill, Carrie Fisher, Gwendoline Christie, … (Sorti dans les salles obscures en France le 13 décembre 2017 et en DVD & Blu-Ray le 20 avril 2018).

Si vous souhaitez prolonger l’univers fantastique (ou faire doublement plaisir à un cinéphile adepte des galaxies lointaines), sachez que Solo – A Star Wars Story – qui avait également fait l’objet d’une critique à quatre mains – est lui aussi disponible en DVD & Blu-Ray, ceci depuis le 28 septembre 2018.

 

En Guerre

Après la science-fiction, retour à l’hyper-réalisme et son « taux de rentabilité exigée » : une expression utilisée par la direction d’une entreprise pour justifier la fermeture d’un site ouvrier venant pourtant d’enregistrer un bénéfice record mais insuffisant par rapport au « risque du marché ». Pour l’entreprise Perrin Industries, à Agen, cela signifie tout simplement la délocalisation en Roumanie où la main d’oeuvre est à moindre coup, et surtout le licenciement de 1100 salariés. Salariés qui – pendant deux ans – ont accepté de lourds sacrifices financiers afin que leur usine puisse continuer son activité. Si eux ont respecté leur engagement, la direction – qui leur avait assuré le maintien de tous les emplois pendant au moins cinq ans – vient de rompre cet accord. Grève, occupation des locaux, manifestations, actions ciblées, … Les salariés, menés par leurs leaders syndicaux, entrent en guerre. Une guerre épuisante et dans laquelle le rapport de force est biaisé dès le départ. Mais dans laquelle il n’est pas question de rendre les armes.

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu ». Inscrits sur l’écran noir, ces quelques mots du dramaturge allemand Bertolt Brecht qui ouvrent En Guerre annoncent toute la puissance du propos de ce film. Allures de documentaire, caméra à l’épaule, acteurs non-professionnels (voire pas acteurs du tout) à l’exception de Vincent Lindon. Et bien sûr, au cœur de tout cela, un drame social pour une oeuvre percutante et indispensable. Une oeuvre qui se doit d’être vu par le plus grand nombre (à commencer par nos représentants). C’est en tout cas l’avis de son acteur principal, Vincent Lindon, et également le nôtre.

En Guerre, réalisé par Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, … (Sorti dans les salles obscures en France le 16 mai 2018 et en DVD & Blu-Ray le 2 octobre 2018).

 

Et pour finir, Jean Rochefort

Parce que son talent nous a manqué durant toute cette année 2018. Son talent, et surtout son humour !

En vous souhaitant à tous de bonnes fêtes de fin d’année, ainsi qu’un bon bout d’an !