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La BD du jour : El Nakom de Jeronaton (Editions du Long Bec)

La conquête espagnole du nouveau monde ne s’est pas faite sans accrocs. Le récit de l’aventure épique de Gonzalo Guerrero en terre maya est là pour le prouver. Un navire échoué dont deux survivants vont connaitre un sort pour l’un enviable, pour l’autre beaucoup moins. Récit documenté et romancée d’un homme qui s’immergea dans la grandeur d’une culture précolombienne qui fascine…

Sur la mer des Caraïbes, une barque flotte sur des eaux calmes. A son bord les rescapés d’un naufrage de caravelle d’une expédition de conquistadors. Les hommes sont affaiblis, marqués par le manque d’eau et de vivres. Soudain l’un d’eux se lève. Il aperçoit enfin une terre. Lorsqu’ils débarquent les hommes pensent être à Cuba ou à la Jamaïque, terres déjà sous contrôle espagnol, ils ignorent en fait être plus à l’ouest encore sur les terres d’une civilisation inconnue. De la plage où ils débarquent un des hommes, Gonzalo Guerrero, s’éloigne pour s’enfoncer dans la forêt. Il y découvre les ruines d’une cité magistrale et, plus loin, des femmes se baignant nues dans les eaux tumultueuses d’une baie…

Jean Torton, dit Jeronaton sévit dans l’univers du neuvième art depuis plus de quarante ans. S’il n’a jamais porté un héros récurrent commun à ses projets, il développe un intérêt manifeste pour tout ce qui touche à l’Amérique du sud et aux mondes précolombiens. Il a  ainsi dessiné, il y a une dizaine d’années, des opus des Voyages d’Alix sur des scénarios de Jacques Martin consacrés aux cultures Mayas, Aztèques et Incas. Avec El Nakom il revient sur la trajectoire singulière de Gonzalo Guerrero, un conquistador qui a survécu à un naufrage en 1511, avant d’être accepté par une tribu maya au sein de laquelle il fera ses preuves au point de gagner la confiance du cacique Nachan Caan qui l’élèvera au rang de Nakom, chef de guerre de la nation maya. Le dessinateur construit son histoire autour de la documentation historique disponible sur laquelle il colle une histoire romancée immersive et relativement prenante. La description des cités mayas repose sur des données archéologiques et historiques qui nous sont parvenues. Le dessinateur fait ainsi s’interroger son héros sur les causes de l’abandon et du déclin de la superbe cité qu’il découvre en début de récit (page 13). Ah May, le nouvel ami du conquistador lui explique alors que la prospérité passée reposait sur une déification des rois qui exploitaient le peuple.

Au début du XVIème siècle, la donne serait différente avec un pouvoir plus proche des hommes. Mais le déclin de l’empire ne serait pas dû qu’à cette cause univoque, mais bien plutôt à la multiplication de facteurs (famine, révoltes, invasion des Toltèques, réorganisation sociale…). En cela Jeronaton propose une version de son récit très moderne, historiquement parlant, en tout cas plus proche de l’état des recherches archéologiques du moment qui tentent d’expliquer ce qui reste un mystère de l’histoire, la disparition d’une civilisation qui avait atteint un haut degré de développement et de connaissances. Dans ce contexte, l’acculturation de Gonzalo Guerrero, qui, outre son mariage avec l’une des filles du cacique, adoptera le mode de vie, les coutumes mayas, et combattra contre les castillans lorsque ceux-ci débarqueront quelques années plus tard sur les côtes entre Chectemal et Zama, devient une exception qui a fait l’objet de plusieurs récits romanesques anciens ou plus récents. Le traitement graphique de Jeronaton en couleurs directes offre une réelle dimension au projet qui, dans la réalisation des costumes, des cadres, des peintures, donne à voir une explosion de teintes enlevées. Un récit surprenant moins didactique que le projet La flèche et le feu, toujours autour du personnage de Guerrero, proposé par l’auteur au Lombard en 1991. A noter un épais dossier, spécialité de l’éditeur, proposé en tête d’album qui nous plonge dans la culture, les rites et l’histoire de la civilisation maya. Une réussite totale.

Jeronaton – El Nakom T1 – Editions du Long Bec


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