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La BD du jour : Katanga de Fabien Nury et Sylvain Vallée (Dargaud)

Si le Katanga ne vous dit rien, ne soyez pas inquiet, c’est tout à fait normal. Même si cette région de l’ancien Congo belge a bel et bien existé, et qu’elle a connu en 1960 (et pour trois ans) son heure de gloire en s’autoproclamant pays indépendant, elle n’a depuis pas forcément fait parler l’elle. Fabien Nury et Sylvain Vallée nous invite justement à revivre dans une fiction empruntant à l’histoire, ce qu’ont pu être les événements vécus de l’intérieur peu après l’épisode de décolonisation belge…

Une vieille histoire raconte que le Katanga fut inventé par un mercenaire. Il s’appelait Msiri et avait été mis au ban de sa tribu pour avoir osé aimer une fille et avoir tenté de l’enlever. A la tête de 50 guerriers il commença alors à déambuler toujours plus vers l’ouest où il parvint à construire, par un subtil jeu d’alliances, un véritable empire. Bien des européens voulurent entrer dans son royaume pour le cartographier et en étudier les mœurs. Tous connurent un triste sort jusqu’à ce que l’armée belge, dans la grande course à la colonisation de l’Afrique, ne fasse parler sa puissance. Eté 1960, le Katanga, rattaché au Congo belge enfin libéré, affirme son indépendance. Grâce au cuivre produit par l’Union minière du Haut Katanga, le pays frondeur entend bien légitimer son choix. Mais si l’argent coule à flots, il faudra pourtant défendre l’énorme cheminée qui s’élève au loin de la capitale et qui produit tant de richesses depuis des décennies. Pour y parvenir Armand Orsini aura la tâche de recruter un bataillon de mercenaires aguerris. Des anciens militaires passés maitres dans l’art de faire la guerre et ignorants la peur de la mort. Dans ces conditions seulement l’indépendance de la nouvelle nation pourra s’inscrire dans la durée…

Lorsque l’indépendance du Congo belge est prononcée le 30 juin 1960, le Katanga, région la plus méridionale du pays, dont la superficie avoisine celle de la France métropolitaine, se désengage très vite du nouveau pays en (re)construction. Le 11 juillet, Moïse Tshombe, déclare l’indépendance du Katanga, qui ne sera cependant jamais officiellement reconnu par l’ONU. Le nouveau pays possède en l’Union minière du Haut Katanga (UMHK) un atout non négligeable pour assurer son indépendance financière et garantir sa stabilité, aidé dans un premier temps militairement et logistiquement par la Belgique. Devant les tensions internationales la présence belge sera néanmoins nuancée ce qui forcera le Katanga à faire appel à une garde rapprochée composée de mercenaires à l’efficacité redoutable avec à leur tête Jean Schramme et Bob Denard, deux membres des Affreux. Ça c’est un résumé rapide de l’histoire officielle du Katanga, avec pas mal d’inconnues en coulisses et une situation géopolitique complexe qui se fonde autour des états présents sur le secteur mais aussi des États-Unis et de l’URSS qui veillent au bon processus de décolonisation. Le nouveau pays s’organise avec aux manettes des hommes influents de la région, issus de grandes familles noires ou de dynasties de colons.

Sur cette base historique Fabien Nury et Sylvain Vallée construisent leur nouveau récit baptisé tout simplement Katanga. Si l’on considère que les connaissances historiques du lecteur en matière de décolonisation belge sont plutôt ténues, que les trahisons et zones d’ombres sont complexes, que le fil narratif s’organise à partir de plusieurs histoires personnelles, on ne peut que saluer le scénariste d’avoir apporté une lisibilité remarquable à son récit. Mené tambour battant, Katanga possède les germes d’une grande série en devenir, avec des dialogues savoureux qui font mouche, des personnages typés à souhait, de l’amour et de la grâce autour du personnage féminin d’Alicia et cette capacité constante à exposer les faits avec précision sans alourdir la trame narrative. D’un point de vue graphique, Sylvain Vallée, déjà compagnon de voyage de Fabien Nury sur la série Il était une fois en France, se démène comme un diable pour crédibiliser le propos, élargir la profondeur de champ par l’entremise de scènes panoramiques d’une efficacité redoutable et en offrant de vrais tronches à des héros sûrs de leur force et de leur capacité à influer sur le sens de l’histoire. La suite est attendue avec une impatience à peine dissimulée…

Nury/Vallée – Katanga – Dargaud


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