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La BD du jour : Tu sais ce qu’on raconte… de Rochier & Casanave

Il faut parfois se méfier des mégères, concierges, donneurs de leçon et autres moralisateurs qui gardent un intérêt manifeste pour celui qui semble finalement vivre plus qu’eux, enfermés qu’ils sont dans un univers poisseux qu’ils espèrent élever en livrant à la vindicte populaire le sort de miséreux choisis avec soin. Dans les clairs obscurs subsiste pourtant une part de lumière. Et c’est elle qui ouvre souvent la voie…

Deux balayeurs d’un village de campagne bavassent en travaillant. Il est question, comme à l’habitude, des derniers potins en date, des faits divers et autres actes graveleux commis par untel ou untel qui sera marqué dorénavant à la culotte par un village qui n’accepte aucun écart de route de la part de ses citoyens. Pas de quoi bouleversé le train-train quotidien, sauf que ce matin-là, le jeune Gabory a été aperçu au Marly, le troquet local où le patron l’a formellement reconnu. Toute une machinerie va alors se mettre en branle. Les langues vont se délier, les souvenirs refaire surface et notre village connaitre une animation inespérée…
Gilles Rochier et Daniel Casanave réussissent le pari de composer un récit où le héros n’occupe aucune des cases de leur album. Il reste pourtant, tout du long, le sujet des conversations d’un pot-pourri de personnages secondaires qui n’apparaissent la plupart du temps qu’une seule fois. Un village quelconque d’une campagne quelconque. Un fait divers bien ancien qui reste dans les mémoires. Quelque chose de pas très clair a priori, de pas très propre (ou pas). La mort d’une jeune fille et la fuite. Des impressions contrastées pour un portrait d’un jeune homme qui s’affine au fil des pages. Comme la glaise qui prend forme sous les doigts du sculpteur, le visage du héros absent, entraperçu dans le village prenant son café au matin, puis plus tard à la périphérie du bourg sur une route sinueuse et piégeuse, s’affine même si les traits restent toujours impalpables. Sur le fond Gilles Rochier compose un récit astucieux qui pousse à s’interroger sur les relations entretenues par certains avec l’autre. Un autre potentiellement suspect, qui se doit de rester dans le rang, bien propre sur lui, surtout si une sombre histoire lui est attachée. Sur la forme Daniel Casanave se fait direct avec des planches composées en deux cases panoramiques alternées avec des pleines ou double-pages, ni trop chargées ni dépouillées d’une grande expressivité. Un récit qui surprend avant qu’on y adhère mais qui reste autant pour sa composition que pour sa chute finale qui vaut que l’on s’y arrête. Bravo messieurs !
Rochier & Casanave – Tu sais ce qu’on raconte… – Warum – 2017 – 15 euros