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Comics En Vrac spécial Frank Miller & Batman : Batman Année Un, The Dark Knight Returns, The Dark Knight Strikes Again

Comment ne pas présenter Frank Miller dans le cadre de notre focus ? C’est un personnage, un vrai. Souvent engagé, parfois décalé, il a aussi mis la main à la patte pour Batman. Voici ce qui considéré comme ses trois oeuvres principales sur le sujet. On peut notamment citer Batman Année Un qui est considéré par tous comme le point de commencement de la vision moderne de Batman. Batman Année Un et The Dark Knight Returns sont, ce mois-ci, réédité en noir et blanc, c’est l’occasion ou jamais de se saisir de cette version collector. 

 

 

Batman-Annee-Un-couvBatman Année Un

5

 

Tout commence. Batman se sent une âme de justicier, il commence même à agir sans déguisement mais rapidement il réalise qu’il faut qu’il protège son identité. Gordon arrive à Gotham, muté d’office suite à une affaire louche. Le commissaire en place, Loeb, est un ripoux. La justice, en la personne d’Harvey Dent, essaie de le coincer, sans succès jusque là. Une certaine Selina se sent aussi l’âme d’une voleuse. Bref le monde que nous connaissons se met en place, tout doucement.

Miller nous offre ici sa vision de Batman. Un justicier plus sombre que jamais dans une Gotham plus menaçante que jamais. Il plante le décor, à sa façon. Il nous montre des héros qui sont avant tout des hommes. Gordon et ses problèmes de couple qui pèsent beaucoup sur son travail. Bruce et son passé décomposé. On voit le couple associant le policier et le justicier se former petit à petit. D’abord les doutes, ensuite la lutte puis la compréhension. Rien d’extraordinaire, juste un énorme talent pour créer une ambiance. 

Batman-Annee-Un-planchesNoirBlanc

Miller est bon, indéniablement. Il nous offre ici une BD qui a beaucoup influencé tous les autres récits sur Batman. C’est sans concessions, comme d’habitude, tout le monde est égratigné, personne n’est parfait. Une BD fondatrice sur le mythe ! 

Urban réédite une version noir et blanc de cet opus (la planche ci-dessus), ce qui donne encore plus de noblesse au trait de Mazzucchelli.  

Scénario : Frank Miller – Dessins :  David Mazzucchelli – Batman Année Un – Urban Comics – DC Premium – 144 pages – 2012 – prix 20 €

 

 

 

The Dark Knight Returns

5

 

Batman a vieilli, il a désormais la cinquantaine et on peut dire que son caractère en fer forgé ne s’est pas forcément arrangé avec le temps. Il faut dire que cela fait quelques années que le chevalier noir a pris sa retraite. Il est grognon, aigri et passablement gagné par le vice de l’alcool. Mais les temps sont durs pour la justice et l’honnêteté dans une Gotham gangrénée par les malfrats et notamment par une bande organisée appelée le gang des mutants. Harvey Dent est aussi de retour, le visage réparé par la chirurgie esthétique et surtout l’âme soignée par une repentance un peu louche. Wayne décide alors de rechausser le costume pour un retour tonitruant mais contesté. Les autorités et le public sont divisés sur l’intérêt de ce justicier masqué. Certains le soutiennent dans sa nouvelle croisade alors que les autres estiment qu’il n’a pas le droit de faire le justicier solitaire. Gordon est toujours de la partie même s’il est aux portes de la retraite et un nouveau Robin pointe le bout de son nez…

Frank Miller est au sommet de sa forme. Il nous livre ici un opus désabusé, critique, acide sur Gotham. Notre Batman offre un visage très ambigu. On a peur pour lui page après page. Peur qu’il dépasse les limites, guidé par des sentiments hargneux, peur que son corps ne suive plus. Sa santé n’est pas au mieux, il peine dans chacun de ses combats, cela donne une dimension toute dramatique à sa démarche, on y voit le refus de vieillir, de tourner la page. Le gang des mutants apporte du sang neuf dans le bestiaire des méchants, on apprécie vraiment. Et puis la manière de raconter son histoire est parfaite. Il alterne planches de grande dimension propres aux scènes d’actions et séries de petites vignettes qui zappent entre les personnages et leurs témoignages. C’est loin d’être classique, une fois de plus Miller appose sa propre signature et son trait n’a rien perdu de sa verve. Bon on ne va pas tourner autour du pot, c’est une BD majeure de l’univers Batman. Tout y est gris et noir, acide et pervers, violent et terrible. L’anime, livré avec la BD en bluray et DVD, couvre deux parties (sur trois) du comics. Il est bien fait même si le trait de Miller disparaît au profit de quelque chose de plus classique. Mais nous n’allons pas bouder notre plaisir, non ?

Pour finir, si vous êtes adepte du chevalier noir, vous devez vous procurer cet opus. 

A noter que cet album bénéficie d’une réédition en noir et blanc pour les 75 ans de Batman, en voici une planche.

DarkKnightReturnsNoirBlanc

Contient The Dark Knight Returns #1-4. 

Scénario : Frank Miller – Dessins :  Frank Miller – The Dark Knight Returns – Urban Comics – DC Essentiels – 240 pages – 2013 – prix 22,50 €

 

 

BatmanSTrikesAgain-couvThe Dark Knight Strikes Again

5

 

Tout commence assez mystérieusement. Une jeune fille déguisée en chat mais qui n’est pas catwoman pénètre un complexe pour délivrer Atom, le super-héros au pouvoir de rétrécissement. Elle enchaîne ensuite pas une centrale électrique. Celle-là même qui permet à la population de bénéficier de l’électricité gratuitement. Et pour cause, les turbines sont entrainées par notre ami Flash qu’elle délivre lui aussi. Au pouvoir de ce monde ? Lex Luthor qui pose une main d’acier sur l’humanité. Il a créé un président virtuel histoire de mieux tromper le peuple. Il menace la ligue de Justice et même Superman ploie sous lui. Ces libérations ont un mentor, Batman.  Superman le sait. Il doit rendre visite à Bruce pour lui faire entendre raison. Il faut rentrer dans le rang pour ne pas subir la colère de Lex qui se sert aussi de Brainiac pour menacer Clark. Et puis les media s’en mêlent, ils disent tout et n’importe quoi, ils soulèvent l’inquiétude du peuple, pour leur bénéfice bien sûr. 

BatmanSTrikesAgain-planches 

Miller met encore l’accent sur les media avec qui il a un compte à régler. On a vraiment l’impression qu’il construit ses histoires juste pour nous montrer à quel point l’information nuit à la planète. Son histoire est ainsi constellée, comme dans The Dark Knight Returns, d’intervention de présentateurs et de spectateurs. Cela donne une teinte particulière à l’ensemble, une impression diffuse que tout cela ne vaut pas la peine d’être sauvé. Et pourtant, c’est un humaniste, il aime son prochain mais il n’aime pas l’image que l’homme se construit lui-même. C’est aussi un hommage aux héros, hommage teinté d’amertume. Il faut dire que les événements du 11 septembre sont arrivés alors que Miller écrivait cet album. Il le dit haut et fort, sa rage est totale et il a voulu la faire transparaître dans ces pages. C’est d’ailleurs très tangible même dans le style. Les dessins deviennent plus sombres et le discours s’obscurcit encore un peu. C’est parfois  brouillon, parfois franchement décalé et c’est, comme toujours, très à part dans le monde des comics. La fin est juste apocalyptique, les surprises sont entières jusqu’au dénouement. Vous ne pourrez pas rester indifférent. Cette image d’un Batman amère, acide, sans pitié pourrait en rebuter plus d’un mais le discours va au-delà du héros. On pourrait penser que Miller prône des solutions plus radicales mais ils contre-balance toujours cela par des gestes de bonté, il est juste témoin du changement des temps. 

Son trait est toujours aussi percutant. On sent une forme de rage passionnelle dans ses dessins, c’est même parfois un peu dérangeant pour tout dire. On retrouve aussi Lynn Varley aux couleurs. Elle oeuvrait déjà sur The Dark Knight Returns mais là c’est plus flashy, plus pop art. Cette impression est renforcée par un papier glacé alors que le précédent opus nous offrait un bon vieux papier classique. 

A posséder absolument ! 

Scénario : Frank Miller – Dessins :  Frank Miller – The Dark Knight Strikes Again – Urban Comics – DC Essentiels – 272 pages – 2013 – prix 28 €