Ken Follett – écrivain gallois spécialisé dans les romans historiques et d’espionnages – publiait en 1989 Les Piliers de la Terre, un roman fleuve sur l’Angleterre du XIIe siècle et qui relate l’histoire de la construction d’une cathédrale, celle du prieuré de Kingsbridge, le tout sur fond de guerre civile entre deux prétendants à la couronne. En 2007 paraît Un Monde sans Fin qui fait suite aux événement des Piliers de la Terre, deux ... En savoir plus !
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Focus : “Récits de voyage et pays lointains : De la Bretagne aux Pyrénées ”

Début de notre grand voyage autour du Monde. Le départ se fera de Bretagne dans l’arrière-pays de la citadelle de Saint-Malo dans un récit d’hommes et de femmes fortes balancés entre Terre et Mer. Puis nous descendrons vers le sud de la France, dans les Pyrénées pour suivre les pas d’une famille aux prises avec une catastrophe naturelle d’une ampleur rarement vue jusqu’alors. Placés dans un tel contexte les hommes et les femmes révèleront leur vraie nature… Accrochez vos ceintures pour ces deux premières escales !

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Entre terre et mer

Entre terre et mer de Bresson et Le Saëc – Soleil (2015)

Un jeune homme creuse une tombe dans le petit cimetière de l’église du Mont-St-Michel de Brasparts. L’orage gronde et la pluie fait très vite son apparition. Il se nomme Pierre et la tombe qu’il vient de creuser est destinée à accueillir la dépouille de sa mère qui vient juste de décéder. Pierre n’a jamais connu son père, sa mère ayant eu la malchance de se faire enfanter par un riche propriétaire terrien marié qui n’a pas voulu reconnaitre l’enfant. Bâtard sans attache le jeune homme, manouvrier de son état, se décide alors de partir par le premier train à destination de St-Malo. A la périphérie de la citadelle, dans le village de Gouesnière-Cancale, les hommes des alentours ont pour habitude de vendre leur force de travail à des agriculteurs en manquent de mains. Certaines fermes sont dirigées par des femmes dont les hommes, marins, sont partis pour une longue saison vers les côtes de Terre Neuve. Pierre, passablement alcoolisé, n’aura pas les faveurs des fermiers qui examinent de manière pointue leur future force de travail. Il sera malgré tout recueilli, Jeanne qui même si elle n’a pas eu le choix l’emmène jusqu’à sa ferme. Le lendemain après une bonne nuit de repos le jeune homme peut se mettre au travail et justifier de la confiance de cette fermière à fort caractère qui élève seule deux enfants alors que son homme travaille en mer à bord de « La Charmeuse ». Pierre découvrira au fil des jours la rudesse d’un pays partagé entre terre et mer…
Adapter la série télé d’Hervé Baslé diffusée sur le réseau public en 1997 peut se voir comme un véritable pari. Car le récit se base sur les rapports qui unissent et désunissent les hommes et qu’en ce sens le séquencement et le rythme qui en découle ne sont pas des plus tranchés. Pascal Bresson fait donc reposer son récit sur un dessin confié à Erwan Le Saëc qui se veut immersif et qui révèle la beauté et la dureté des paysages et des contextes. La fiction se nourrit de cette dichotomie Terre et Mer. Une opposition qui cadence le rythme d’une vie de travail où les réjouissances ne sont pas légions. C’est au cours de l’une d’elle que Pierre tombera pourtant amoureux d’une jeune femme pourtant promise à un marin qui doit bientôt revenir au port… Les deux auteurs parviennent à retranscrire ce que fût la vie des marins et des familles de marins bretons du premier quart du vingtième siècle. Une période où les disparitions en mer sont fréquentes. Pour les femmes qui restent sur la terre ferme la peur de voir le mari ne pas revenir reste un sujet de tension permanente. C’est un peu de cela qui se joue dans ce récit dont la suite devrait nous offrir un contexte un brin différent de cette première partie majoritaire « terrestre » qui pose le contexte…

Bresson & Le Saëc – Entre terre et mer T1 : Le jeune saisonnier – Soleil – 2015 – 14,50 euros  

Le reste du monde

Le reste du monde de Chauzy – Casterman (2015)

Un coin de campagne juché en plein cœur des Pyrénées. Marie, une mère de famille au bout du rouleau conduit ses deux fils chez leur copain Théo venu passer l’été chez ses grands-parents dans le petit village de Cazeaux. Cela lui laissera le temps de ranger son chalet après un mois d’août et de ruminer les tuiles qui luis sont tombées dessus, à savoir le départ de son mari parti rejoindre une midinette bien plus jeune avec qui elle ne peut rivaliser. Soudainement un troupeau de cerfs, biches et faons traversent la route affolé. Plus tard sur la route qui la ramène au chalet se sont des vaches qui se ruent vers la route pour fuir un danger pourtant impalpable. Sûrement la faute au mauvais temps qui s’annonce et qui déstabilise les bêtes. Une fois arrivée dans sa maison de vacances Marie s’adonne au rangement drastique des lieux, dérangée par des nuées de mouches de plus en plus envahissantes. Elle prend aussi et surtout le temps de téléphoner à une amie pour lui parler du père de ses enfants jusqu’au moment où le réseau coupe net. Au dehors le ciel revêt progressivement un noir manteau et les premiers vrombissements d’un terrible orage se font entendre. Le plus dur reste à venir…
La couverture du récit possède suffisamment d’éléments d’interrogation et de tensions palpables pour nous inviter à tourner les pages. On y voit une femme et ces deux enfants dans un paysage touché de plein fouet par une catastrophe soudaine. Un cataclysme qui a dénaturé dans les grandes largeurs l’environnement alentour au point de dessiner un paysage de profonde désolation : des arbres arrachés sur une terre bousculée et éventrée ; un troupeau de montons morts agglutinés dans un précipice mortel et cette absence de perspective, marqué par un ciel absent qui n’offre que peu d’espoir d’amélioration. La surprise et la perplexité qui se lit dans l’attitude de la mère laisse entrevoir l’effroi vécu dans cette situation qui sera déclinée par Chauzy dans un album d’une grande maitrise graphique et d’une construction narrative d’une efficacité redoutable. Le dessinateur se base sur la catastrophe causée par les crues du gave dans les Pyrénées à l’approche de l’été 2013 pour nourrir une fiction catastrophe qui va sonder la réaction des hommes et des femmes face à une situation qui les dépasse. Les forces de police et les autorités locales, qui se doivent de rassurer les personnes prises dans le piège d’un étau dont ils ne peuvent pas s’extirper, sont vite débordées. Les routes bloquées, les rivières gonflées à bloc qui dégorgent subitement pour emporter ceux qui pensaient pouvoir fuir cette nature désolée et les chemins champêtres qui sillonnent champs et forêts n’offrent pas les possibles échappatoires tant désirés. Pris dans la tenaille d’un huis clos étouffant, les personnages livreront dès lors leur face la plus sombre…

Chauzy – Le reste du monde – Casterman – 2015 – 18 euros

© dessin de une : Chauzy – Le reste du monde – Casterman – 2015