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Focus sur Didier Convard (1ère partie) : La science contre les dogmes…

Maitre du récit post-apocalyptique qu’il décline depuis un certain temps, Didier Convard nous livre, avec Le Pendule de Foucault, un opus qui emprunte les canons du genre tout en se dotant d’une réflexion contemporaine sur les obscurantismes. C’est efficace et porté par un dessin créatif de Fred Vignaux qui nous transporte dans un univers pluriel…

 

L’apocalypse devait naitre de la folie des hommes. Et dans un tel registre ses illustres représentants se montrèrent particulièrement imaginatifs dans leur capacité à répandre le chaos. Trois jours et trois nuits suffirent à désoler la planète bleue qui devait pour la peine se couvrir d’un manteau ocre de feu. Il fut difficile de connaître toute l’étendue des dégâts. Toute vie n’avait peut-être pas disparu sur ces landes fragilisées rendues à leur état sauvage. Des mammifères, des oiseaux et même des hommes, dit-on, se relevèrent. Ils avaient sûrement oublié toute trace de leur passé et de celui de leurs ancêtres. Ils se regroupèrent alors dans une contrée fermée sur elle-même et dominée par une religion intégriste, La Voie. Au centre de cette organisation primitive trônait un bâtiment néo-pré-colombien en forme de pyramide aztèque monumentale qui devint le lieu où se régit la vie des hommes. Les descendants des derniers survivants se regroupaient sages et dociles à l’intérieur de cet édifice froid et sans âme afin d’écouter un message sacralisé délivré par un grand gourou en tunique rouge et blanche affublé d’une coiffe grotesque en forme de heaume. La plupart des actes de la vie se trouvèrent ainsi dictés par les décisions prisent par ce grand ordonnateur qui n’acceptait pas les déviances ou les remises en cause de sa doctrine.

Pour Kunnskap, jeune fille bien décidée à suivre sa propre voie, la vie ne peut être ordonnée par une religion obscurantiste qui refuse la moindre atteinte aux doctrines qu’elle développe. Les hommes et les femmes qui adhèrent à son discours se nomment les Fragmentaires et se défendent de penser par eux-mêmes tout comme ils refusent de croire en l’observation du monde, en l’analyse et en cette matière qui pourrait pourtant révéler bien des secrets sur l’origine des choses : la science. Tous ceux qui pouvaient porter atteinte à la Voie furent contrôlés et pourchassés. Lorsqu’ils n’adjuraient pas leurs fautes ils devaient subir le châtiment suprême qui consistait à être conduits dans le désert sans retour où ils trouvaient la mort.  

Kunnskap s’y retrouvera car elle ne se résoudra pas à revenir dans le « droit » chemin. Fière, observatrice hors pair, elle utilisera la nature pour survivre dans ce territoire où règne la mort. Là où les autres hérétiques tentèrent de revenir sur leurs pas pour essayer en vain de regagner la communauté, la jeune blonde ira de l’avant et découvrira un autre monde. Un monde coupé du sien qui, à l’opposé des croyances de son propre peuple, voue un culte à la science, en sa capacité à comprendre et à changer le monde, ce peuple est celui des Foucaults…

Dans ce récit post-apocalyptique, marque de fabrique de son scénariste Didier Convard  (aidé par Eric Adam), qui se dit lui-même fort pessimiste, la réflexion porte non seulement sur le monde après le chaos, les reconstructions possibles, mais aussi sur cette dualité entre deux façons de penser la vie. Les Fragmentaires s’enferment dans leurs propres peurs et dans des croyances qui n’autorisent aucune remise en question. Les Foucaults, eux, considèrent la science comme un moyen de comprendre le monde et donc de mieux le domestiquer. Par cette opposition Convard dresse un parallèle subtil avec notre société actuelle gagnée par le repliement sur soi et sa volonté à ne pas croire aux possibles. Le dessin de Fred Vignaux se trouve sublimé par un scénario ouvert qui laisse la possibilité de créer à l’infini. Il dope par ailleurs son graphisme par l’utilisation des fonds perdus qui ajoutent à la densité. Au final l’album aurait pu s’achever avec ce petit regret de ne pas se poursuivre en série, crainte vite écartée par Didier Convard lui-même dans l’interview qui suit…

Convard, Adam & Vignaux – Le Pendule de Foucault – Glénat – 2012 – 13,90 euros

 

INTERVIEW DE DIDIER CONVARD ET FRED VIGNAUX