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Il était une fois, l’origine des contes… Quand la BD revisite les classiques.

Comme disait un grand cuisinier, avant de revisiter il faut déjà visiter. Ça tombe plutôt bien Philippe Bonifay n’en est pas à son coup d’essai question « revisitation » de textes classiques (ou non). Il nous propose en cette fin d’année 2013 une nouvelle série qui se fonde sur les histoires préalables aux contes de notre patrimoine. Qu’y a-t-il avant le fameux Il était une fois ? Il s’attache ainsi à construire des sortes de préquelles aux textes fondateurs tels Pinocchio, La Barbe bleue et Blanche Neige. Bref un projet ambitieux…

 Blanche neige

LES CONTES ORIGINE BLANCHE NEIGE[BD].indd.pdfIl était une fois, ces quatre mots ont été maintes fois prononcés par des pères et des mères à leurs enfants depuis la nuit des temps et encore plus fréquemment depuis que la littérature est devenue accessible au plus grand nombre. Annonciateurs de belles et/ou souvent tristes histoires, ils permettaient de lancer le récit, de figer l’instant et de poser un cadre. Transmis tout d’abord de manière orale, les contes puisaient la matière qui les nourrissait dans les légendes ancestrales, les faits divers ou les croyances populaires. A partir du XVIème siècle, et encore plus aux XVIIIème et XIXème siècles des auteurs se sont inspirés de toute cette matière pour donner vie à de nouveaux récits, de nouveaux contes traités de manière contemporaine. C’est ainsi qu’Hans Christian Andersen, Charles Perrault et les frères Grimm commencèrent leur travail de collecte pour proposer les textes que nous connaissons tous : La Belle au bois dormant, Cendrillon, Le Maître chat ou le Chat botté, Hansel et Gretel, Le Joueur de flûte de Hamelin, Peau d’Âne, Le Petit Chaperon rouge, La Petite Fille aux allumettes, Le Petit Poucet, Le Vilain Petit Canard pour ne citer que les plus connus. Ces textes commencèrent à rejoindre les recueils publiés et réédités jusqu’à nous pour nous permettre de transmettre aux générations futures. Si le conte pose souvent sa morale il joue aussi sur les peurs enfantines liées à la perte des parents/proches, à l’isolement avec pour but évident de capter l’attention de ce public en culottes courtes.

Oui mais voilà si les contes sont plus ou moins connus de nous, savons-nous ce qui se cache avant le fameux Il était une fois ? Qu’est-ce qui précède ces quatre mots, qu’elles sont les histoires ou les croyances qui ont servis à l’écriture du conte passé à la postérité. Tout le travail de Philippe Bonifay s’oriente autour de cet aspect-là, de cet inconnu à sonder pour comprendre le contexte, pour aiguiser surtout notre curiosité et la piquer au vif. Les récits de cette nouvelle collection sont pour autant fictionnels. Philippe Bonifay n’a pas tenu à réaliser un travail d’historien de la littérature pour essayer de revenir à la source mais imagine des histoires qui auraient pu servir de base à la rédaction du conte que nous connaissons.

Pour Pinocchio le scénariste a imaginé le destin de Louise, jeune fille abandonnée et adoptée par Gaston le gardien du labyrinthique Opéra Garnier, dans le Paris du dernier quart du dix-neuvième siècle. La jeune fille est dotée d’une imagination débordante et d’un talent réel pour jouer la comédie, ce qu’elle fait durant les BARBE BLEUE T01[BD].indd.pdfrépétitions en interprétant le rôle des personnages principaux des spectacles qui se déroulent dans la fameuse salle parisienne. Un soir qu’elle déambule sur les marches de l’escalier qui mène aux loges juste avant que le spectacle ne reprenne elle percute un homme qui n’est autre que Carlo Collodi auteur du fameux conte Pinocchio. Pour excuser la jeune fille de son comportement, Gaston acceptera qu’elle serve de guide au journaliste qui désire pénétrer dans l’antre de l’Opéra Garnier…

Dans son récit La Barbe bleue Philippe Bonifay explore une idée qui pourrait paraitre saugrenue mais qui se révèle pourtant particulièrement efficace, celle du double. Le scénariste se base sur le fait que Charles Perrault, qui a écrit le texte, avait eu un frère jumeau, mort en bas âge. Il transpose ce double dans le récit qui aurait inspiré Perrault. La Barbe bleue aurait ainsi eu un jumeau qui se serait tapi dans l’ombre en raison de sa laideur pour tuer les femmes qui tombaient sous le charme de son frère non sans avoir goûté de près à leurs charmes.

Dans Blanche neige Bonifay laisse entendre que les frères Grimm se seraient inspirés d’un récit narrant la vie d’Otilie, jeune fille d’un comte devenu veuf. Une troupe de saltimbanques sillonne les campagnes avec dans ses rangs la belle et troublante Zita, une panoplie de nains et un bestiaire foisonnant dont le plus bel exemple reste Fafnir, l’ours brun de la troupe. Zita possède un charme et une liberté qui fait tourner les têtes des hommes les plus intègres. En usant de ses charmes elle arrive ainsi à obtenir ce qu’elle veut. Si elle a par le passé accepté de coucher avec des notables pour permettre à son frère de garnir substantiellement de belles bourses, la jeune femme la joue maintenant plus perso. Pour ne pas payer une robe de dame qu’elle essaye chez un vieux tailleur, elle accepte de se mettre à nue et de se laisser peloter les parties les plus intimes. Elle usera de cette robe glanée au forceps, pour séduire le comte devenu veuf, ce qu’elle parviendra à réaliser sans mal. Mariée elle devra composer avec Otilie qui, malgré son jeune âge arrive à lire les desseins de la bohémienne dont le but a peine dissimulé est bel et bien de faire table rase sur la fortune de son naïf époux…

Les trois récits qui ouvrent cette nouvelle série partent de trois des contes les plus populaires de notre patrimoine. Ils donnent à voir le potentiel de ce concept pas si inintéressant et de la manière de se réapproprier le conte pour stimuler notre imaginaire. Bonifay a confié PINOCCHIO[BD].indd.pdfle dessin de ces trois récits à trois auteurs dont il connaissait le potentiel à s’insérer dans l’œuvre en apportant leur touche personnelle. Fabrice Meddour livre dans Blanche Neige une superbe copie dans la veine du récent John Arthur Livingstone – Le Roi des singes (Glénat – 2012). Traits précis, grande force de suggestion, érotisme latent qui teinte le récit d’une pincée de luxure. Bref du bel ouvrage pas tape-à-l’œil mais dans la ligne droite de ce qu’offre le texte.

Thibaud de Rochebrune donne à Pinocchio un superbe cadre au travers de l’Opéra Garnier criant de réalisme. Le dessinateur arrive par son jeu de cadrage et un découpage dynamique à dimensionner et porter le rôle de la jeune Louise en livrant sur certaines scènes une poésie graphique du meilleur effet faite d’un détachement au réel et de cette capacité à jouer avec la notion « temps ».

Enfin, et pour finir, Stéphane Duval n’avait peut-être pas la tâche la plus facile. Jouer sur le double-double, celui des Perrault et celui des frères meurtriers prêts à donner la mort comme offrande à leur lubie, pouvait très vite tourner au piège. Beaucoup de suggestion, pas mal de subtilité à retranscrire visuellement tout en laissant planer les doutes nécessaires pour alimenter l’intrigue… Le dessinateur y parvient sans ou peu d’anicroches !

Cette nouvelle série possède tous les atouts pour s’imposer. En gardant en mémoire le conte original elle peut s’autoriser toutes les dérivations et donc tous les champs possibles. Jouer sur des registres que n’aborde pas le texte original, érotisme, jeu macabre… pour lui offrir une nouvelle dimension. La brèche est ouverte et les potentiels créatifs sans réelle limite. Nous attendons donc la suite !

Bonifay/Duval – La Barbe bleue – Glénat – 2013 – 18,50 euros
Bonifay/Meddour – Blanche neige – Glénat – 2013 – 17,50 euros
Bonifay/De Rochebrune – Pinocchio – Glénat – 2013 – 17,50 euros