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La BD du jour : Ada de Barbara Baldi (Ici même)

Une campagne rude qui souffre le fil des saisons. Dans cet enfermement qui ne permet que peu de réjouissances, Ada vit avec son père. Un père rustre, violent, qui séquestre sa fille pour mieux se venger d’une mère partie vivre sa vie au loin. Dans ce contexte peu favorable Ada qui place dans la peinture ses espoirs d’affranchissement va devoir prendre une décision radicale pour enfin vivre…

Autriche 1917. Dans une campagne reculée, Ada, vit avec son père, un paysan rustre qui ne cesse de l’humilier du matin au soir, en plus de lui confier la majeure partie des tâches de la petite ferme dans laquelle ils vivent. La mère d’Ada est partie il y a peu, ne laissant qu’un mot bref en guise d’adieux, accentuant l’aigreur et la violence du père. Pourtant dans cet enfer quotidien, Ada trouve une échappatoire à son sort dans l’acte de peintre et de dessiner. Elle a fréquenté jadis les Beaux-Arts et en a gardé un sens aigu du travail des couleurs et des matières. Pour pouvoir s’adonner à sa passion la jeune femme feint d’accepter son sort pour ne pas entrer en conflit direct avec son père qui pourrait lui interdire de poursuivre dans cette voie. Une voie qui semble prometteuse si l’on en croit la correspondance suivie qu’entretient Ada avec Egon Schiele, qui va l’introduire auprès d’un cercle d’amis à Vienne. Pour Ada, cette ouverture au monde va très vite se confronter à la violence du père…

Barbara Baldi nous avait surpris l’année dernière avec un premier roman graphique très atmosphérique dans lequel elle dépeignait le sort d’une jeune femme issue de la noblesse qui devait hériter de la propriété familiale à la mort de sa grand-mère et peu à peu dépérir faute de moyens pour vivre. La dessinatrice revient avec un autre destin de femme, lui aussi troublée, celui d’Ada. Le parallèle entre les deux projets est évident. On retrouve dans Ada, cette économie de mots pour mieux faire reposer le récit sur la narration visuelle, l’expression des visages, les postures qui en disent long sur les intentions des personnages. Les vides laissés dans le background de ces anti-héros permettent au lecteur de s’approprier le récit et de stimuler son imaginaire, à partir des quelques balises posées. On devine ici la souffrance de la perte d’une mère partie loin faire sa vie en laissant la jeune fille entre les mains d’un père violent. Une mère qui n’a plus pu vivre dans le mouroir de cette campagne rude, balayée par les rythmes des saisons. Comme dans La Partition de Flintham, Barbara Baldi pose ses personnages face à des choix qui s’avèrent parfois brutaux, mais qui s’imposent comme nécessaires. L’affranchissement a un prix qui se paye cash mais qui seul peut rompre le fil tendu des destins linéaires. La souffrance se voit étroitement liée à l’espoir. Un espoir qui a un prix mais qu’il faut parfois payer pour avancer…

Barbara Baldi – Ada – Ici même