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La BD du jour : Bons baisers d’Iran de Lénaïc Vilain

Nous avions découvert en partie l’Iran au travers de deux récits remarqués et remarquables, Persépolis de Marjane Satrapi publié à l’Association au début des années 2000 et La Métamorphose iranienne de Mana Neyestani. Les auteurs de ces deux récits nous faisaient vivre de l’intérieur leur pays et leurs souffrances. Dans Bons Baisers d’Iran, la donne change un peu puisque le regard sur ce pays au riche passé émane d’un auteur français qui découvre pour la première fois une société faite de contradictions mais aussi et surtout d’une formidable humanité. Loin des clichés traditionnels…

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Bons baisers d’Iran de Lénaïc Vilain – Vraoum (2015)

Lorsque Lénaïc Vilain décide, accompagné de sa compagne avec qui il n’est pas marié (c’est important de le dire pour la suite !), de se rendre en Iran, le pays sur lequel plane pas mal de zones d’ombres s’ouvre tout juste au tourisme. Et pour tout dire cela se voit dans les grandes lignes. Les hôtels ne sont pas à proprement parlé des idéaux de vie rêvée en vacances, les restaurants, notamment à Téhéran, la capitale, sont copieusement désertés, les infrastructures touristiques pas ou mal au point. Mais qu’importe après tout car le plaisir de s’immerger dans un pays culturellement significatif et l’esprit de découverte du globe-trotter l’emportent sur le confort de base. L’Iran, à l’instar de Rome ou d’Athènes possède un riche passé qui se lit de manière flamboyante dans les rues d’Ispahan, ancienne capitale de l’Empire Perse. Lénaïc nous y convie juste après son passage dans la capitale actuelle, moins marquée par l’histoire et l’architecture perse (Téhéran est une construction « récente » du XIXème siècle). Il nous mènera ensuite pour la suite de son voyage sur les pas de Persépolis, attraction des voyageurs de tout bord. Mais l’essentiel n’est pas là. Le dessinateur et son amie ne voulaient pas forcément d’un voyage « standardisé » même s’ils se réfèrent souvent à leur guide touristique. Le fondamental se joue bien ailleurs dans les rencontres faites sur place avec des personnages souvent singuliers, dans la retranscription de scènes du quotidien, dans la typicité d’un pays et dans la manière de vivre de ses habitants.
Si l’on en croit la fin du récit, l’idée de réaliser cet album est venue bien après, une fois les deux frenchies revenus à Paris et, avec ce recul suffisant et le souhait de ne pas tomber dans le piège du « récit de voyage » classique façon carte postale, le dessinateur livre d’autant mieux tous les moments off, les presque rien qui démarquent les iraniens. Au cours de ce voyage Lénaïc et son amie vont donc s’immerger dans une société qui peut tout à la fois défendre l’orthodoxie et une vie marquée par la présence de la religion dans le quotidien ou au contraire s’en détacher progressivement tout comme elle peut, sous le manteau, être relativement acerbe envers le régime en place. Le dessinateur évoque par ce biais le sort réservé aux femmes, aux homosexuels et vient bousculer pas mal de croyances acquises sur une société qui s’ouvre progressivement mais reste marquée par un sombre passé où la liberté d’expression n’était pas le combat principal des autorités, on devine pourquoi.
Sur le fond le récit de Lénaïc Vilain reste l’expérience de voyage de deux occidentaux curieux et ouverts dans un pays qui tente de s’acheter un crédit et d’attirer à lui les touristes et leurs dollars. On y découvre donc des passages succulents que la forme du récit, construit avec un humour permanent, renforce. De cet humour on retiendra des scènes truculentes comme la méthode pour traverser une rue ou la difficulté de l’amie du dessinateur à faire tenir le voile qui recouvre ses cheveux, ou encore la lourdeur d’un guide rencontré à Chiraz, ou enfin les programmes TV tartignoles qui abreuvent les autochtones et par ricochets les voyageurs de passage. Un album qui se veut à la base sans prétention mais qui offre au final un regard singulier sur la société iranienne et, par la même, un agréable moment de lecture !

Lénaïc Vilain – Bons baisers d’Iran – Vraoum – 2015 – 20 euros


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