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La BD du jour : Comme un frisson d’Aniss El Hamouri (Vide Cocagne)

Une BD du jour consacrée aujourd’hui à un album qui nous avait échappé à sa sortie et qui pourtant se révèle plus qu’une révélation, un album qui fera référence. Comme un frisson présente le parcours d’une jeune fille qui sombre dans les griffes de la marginalité sans qu’elle puisse sans extraire vraiment. Portrait vibrant, qui questionne sur notre rapport à la société…

Renata est une jeune femme qui vivote en espérant, pourquoi pas, que le manuscrit qu’elle écrit trouvera preneur auprès d’un éditeur. Mais le plus dur pour elle reste d’appuyer sur envoi dans sa boite de messagerie pour les courriels qu’elle destine aux maisons d’édition qu’elle tente d’approcher. A vrai dire Renata ne vit pas très bien sa vie d’adulte. Seule après qu’elle se soit séparée de son mec, elle peine à entretenir son appartement devenu un large foutoir. Et les relations compliquées qu’elle entretient avec sa mère, qui voudrait voir en elle une jeune fille modèle, en tout cas rangée, n’arrange pas les choses. Mais tout cela n’est rien comparer aux maux de tête atroces dont elle souffre, notamment à l’approche d’un danger imminent, qui font que son corps se met soudainement à frissonner.

Un jour comme un autre, après avoir accepté, peut-être à tort, une invitation de son ex à une pendaison de crémaillère, elle déambule dans la ville et tombe sur deux garçons dont l’un, qui souffre d’obésité est écroulé sur le sol tandis que son ami tente d’interpeller Renata : C’est mon copain ! Il s’est écroulé !! Je crois qu’il est déshydraté !! En bonne poire Renata cours chercher de l’eau dans une épicerie voisine et laisse son sac contenant son ordinateur sur le trottoir à côté des deux garçons. A son retour son sac a disparu. Et, même si elle soupçonne naturellement les deux loustics de l’avoir dupé, elle repart en pleurs et sonne à la porte de son ex chez qui elle doit passer la soirée. Durant cette fête qui ne lésine pas sur les moyens, qu’elle tombe de nouveau sur les deux garçons qu’elle soupçonne avoir volé son ordi. Un peu de façon inattendue, elle va entrer dans l’univers de Corbeau et Beluga, les deux garçons qui cultivent la marginalité comme option de vie, loin d’une société corrompue et vendue au capitalisme.

Récit surprenant d’Aniss El Hamouri, Comme un frisson s’immisce dans les vies marginales de quelques âmes perdues, désorientées qui ne se reconnaissent pas dans une société qu’ils considèrent lisse et peu à même de défendre les libertés individuelles. La violence s’y exprime sans retenue, comme un moyen de vivre. Dans cet univers la présence de Renata peu d’abord surprendre. Elle montre surtout que la frontière qui sépare certaines personnes fragiles de la marginalité et de la violence est particulièrement ténue. Prise dans un engrenage dont elle ne peut vraiment s’extraire, comme une accoutumance destructrice, Renata ne semble pas prête à infléchir son destin quoique tout peu très vite basculer dans cette vie de l’instant présent…

Graphiquement le trait d’Aniss El Hamouri pourrait paraitre brouillon, parfois chargé, fragile par certains aspects. Il se love pourtant tout à fait dans le sujet qu’il entend développer : La marginalité. Il serait possible de faire un parallèle avec Incidents de Lorenzo Mattoti ou L’Etrange nuit de Monsieur Korb de Bézian, notamment dans la gestion du rythme ou dans l’expressivité des personnages désabusés par un monde, un environnement dont ils se détachent toujours plus. Au-delà des aspects formels, Comme un frisson nous interroge forcément sur la place des hommes dans la société, sur la complexité de la marginalité vécue comme un désaveu du monde ou un rejet progressif d’un système qui ne s’encombre pas ou plus des plus fragiles. Un récit qui mérite largement le prix Révélation du festival Quai des Bulles.
Aniss El Hamouri – Comme un frisson – Vide Cocagne – 2017