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La BD du jour : Godefroid de Bouillon de Servais

Quels sont les liens qui rapprochent l’histoire de deux adolescents devenus quinquagénaires et le destin tragique de Godefroid de Bouillon, auteur de la première croisade ? Servais dresse des portraits tout en finesse, laissant le récit se poser en volutes successives, pour mieux nous envahir. Du bon Servais !

 

Peu connaissent la ville de Bouillon située dans la province de Luxembourg si ce n’est par Godefroid, le seigneur qui en hérita dans la deuxième moitié du XIème siècle. Godefroid de Bouillon fut en effet réputé pour avoir cédé la presque totalité de sa fortune et de ses terres afin de financer sa participation à la première croisade. Depuis le seigneur fait la fierté des habitants de la petite bourgade et, encore aujourd’hui, notamment dans les écoles, son nom est célébré et son histoire transmise de génération en génération.

Benoît Renson expose ses clichés au Centre culturel Le Botanique, vaste serre mêlant Art contemporain et nature protégée et foisonnante. Il est un ancien du pays, qu’il quitta une quarantaine d’années auparavant. Revenir exposer dans ce lieu chargé d’histoire revêt donc pour lui une importance symbolique réelle. Les œuvres misent en avant pour cette exposition concernent des photographies prisent en Palestine au cœur des tensions et des conflits arabes. Il a pu capter durant son séjour toute l’atmosphère tendue de ce secteur occupé dans lequel tout acte de création semble exclu voire provoquant… Et pourtant son travail de photographe met en lumière toute la détresse humaine, l’incompréhension et le désarroi des personnes prisent dans une tourmente perpétuelle. Il ne s’insère pas dans les destins mais en révèle leur fragilité. Dans ce contexte la vie résiste pourtant avec ses joies et ses raisons d’espérer. C’est cela qu’a voulu rendre le photographe. Lors du vernissage il est appelé par une femme aux boucles blondes qui l’attend dans une aile reculée du Botanique. Il la connait pour avoir partagé avec elle des brins de vie quarante ans plus tôt alors qu’ils fréquentaient l’école de Bouillon. Une histoire d’amour, de respect mais aussi un destin sombre puisque le jeune homme de l’époque, raillé par ses camarades, représentait, de par son facies, le maure, l’étranger, celui qui pouvait le mieux incarner le rôle de l’hérétique, de l’infidèle lors des spectacles de fin d’année. Sa présence ici pourrait s’apparenter à un pied de nez mais tel n’est visiblement pas le but. Elle s’appelle Mady. Ils vont tous les deux se remémorer des tranches de passé qu’il faudrait sûrement oublier. Mais les gommer serait aussi occulter la belle histoire vécue entre les deux enfants…

En dressant son récit sur le parallèle entre l’histoire tragique de Godefroid de Bouillon et l’histoire contemporaine de Benoît et Mady traversée de flashbacks, Servais construit un scénario à étages duquel il faut tirer les éléments fédérateurs et structurants. Le dessin quant à lui reste dans la lignée de ce que propose Servais, riche en émotions et en suggestions. Un diptyque qui laisse aussi planer des mystères qu’il faudra découvrir dans un second volume peut-être plus rythmé.

Servais – Godefroid de Bouillon – Dupuis – 2012 – 15,50 euros