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La BD du jour : Hyver 1709 de Xavier & Sergeef
... avec en bonus l’interview des auteurs !

Il existe encore des pans de l’histoire non traités par le neuvième art, celui de l’hiver 1709 est l’un d’eux. De par la rudesse de son climat cet hiver a bouleversé le royaume de France qui n’avait pas forcément besoin de cela pour tirer la langue… Philippe Xavier et Nathalie Sergeef tissent un récit prenant teinté d’aventure, un récit comme on les aime, à lire en ces jours devenus bien frais !

HYVER 1709 Une
Hyver couv

Hyver 1709 de Xavier et Sergeef – Glénat (2015)

Nous sommes dans la dernière partie du long règne de Louis XIV. Une fin de règne marquée notamment par la guerre de succession d’Espagne qui oppose deux grandes dynasties européennes, celle des Bourbons (Royaume de France) et celle des Habsbourg (Maison d’Autriche), dans le cadre de la succession de Charles II mort sans descendance à la fin de l’année 1700. L’hiver 1709 pointe le bout du nez. Il sera l’un des plus rudes depuis celui qui frappa le royaume en 1693-1694, au point de surprendre une population déjà marquée par les efforts consentis. Un hiver au cours duquel les températures descendent de façon vertigineuse atteignant les – 30 °C à Paris. Le vin gèle dans les tonneaux et se voit débité à la hache dans des scènes quasi surréalistes. Dans ce climat austère porté tout à la fois par des organismes fatigués de la guerre, par des impôts lourds qui appauvrissent les ressources des campagnes et par cet hiver meurtrier qui n’en finit pas et provoque près d’un million de morts, un roturier aventurier du nom de Loys de Rohan va se lancer dans une course-poursuite effrénée pour tenter de mettre la main sur une cargaison de céréales qui pourrait soulager le Royaume. Ce chargement inespéré a été pris à l’ennemi par un capitaine sans lettre de course qui vendra assurément son blé au Royaume si le prix offert correspond à ses attentes. Mais l’affaire n’est pas des plus faciles les ports grouillants d’espions à la charge de l’ennemi et les chemins n’étant pas plus sûr qu’à l’habitude. Débarquer trop tôt dans un lieu inadéquat pourrait signifier la perte nette de la fameuse cargaison avec les conséquences que l’on peut imaginer…
L’idée de travailler sur ce fameux hiver 1709, qui a alimenté nombre d’études historiques pour son impact immédiat sur le royaume, tant au niveau politique que démographique (plus de deux millions de mort sur deux ans), est née d’une visite privée du château de Versailles par Philippe Xavier et sa compagne, la scénariste Nathalie Sergeef. Le contexte de cette époque de fin de règne d’un Louis XIV empêtré dans une énième guerre meurtrière se faisait propice à la construction d’une trame dramatique. Une fois esquissés les profils des premiers personnages, le scénario pouvait se délier. Pour le premier tome de ce récit d’aventures dans les grands froids, Nathalie Sergeef pose le cadre et le contexte de l’époque, rappelant la succession de difficultés qui touchent le royaume de France. La première planche offre à ce titre une mise en ambiance des plus saisissantes, les pavés narratifs d’amorce du récit s’agglomérant autour d’une tâche de sang qui en dit long sur la suite de cette histoire. Au dessin Philippe Xavier qui avait démontré toute la force de son trait sur Croisade et Conquistador, sur des scénarii de Jean Dufaux, fait montre ici de son aisance à tirer le récit vers un réalisme saisissant. La manière dont il se joue du contexte de cet hiver très rude, la neige étant présente sur 38 des 48 planches, démontre une capacité d’adaptation et un travail d’une grande précision. Sa représentation de Versailles reste surprenante et pourtant très proche de celle de l’époque par l’austérité qui y règne et la galerie de personnages, nobles de belles familles, proches du roi, qui jouent des coudes pour se voir offrir une place de choix auprès du monarque d’un royaume essoufflé. Le récit s’enveloppe au fil de son déroulé de voiles de mystères qui impulsent un vrai rythme malgré une certaine linéarité heureusement rompue de fort belle manière par le personnage féminin d’Oriane. Un univers plein de potentialités qui réserve encore pas mal de surprises et, pour le lecteur, le plaisir de retrouver un Philippe Xavier véritablement inspiré, capable de nous faire frissonner dans cet hyver qui congèle jusqu’à les cadavres disséminés sur les chemins. A noter qu’une version grand format (29,7 x 42 cm), éditée par Les Sculpteurs de bulles vient de paraître. Elle comporte outre la version sublime en encrage au trait, la version des 48 planches de crayonnés. Un complément de choix à la version Glénat mise en couleurs par Jean-Jacques Chagnaud qui nous immerge superbement dans cette époque. Une série qui sort indubitablement du lot, chaudement recommandée…

Xavier/Sergeef – Hyver 1709 – Glénat – 2015 – 13,90 euros

 

Entretien avec les auteurs 


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