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La BD du jour : No Direction d’Emmanuel Moynot (Sarbacane)

Avec No Direction, Emmanuel Moynot met en scène un polar sombre et glaçant autour de personnages aux backgrounds chargés. Dans une Amérique à la dérive Jeb et Bess suivent les pas, par accident plus que par choix, de Bonnie Parker et Clyde Barrow, semant les cadavres sur la route au grès de leurs déambulations. Un récit majeur d’un auteur essentiel.

Dès la naissance sa trajectoire était toute tracée. Jeb n’avait pas de perspectives dans la vie ou plutôt la vie ne voulait pas s’encombrer de lui. Il s’était essayé à tous les petits jobs merdiques. Plongeur, saisonnier dans des champs arrosés de pesticides, aide en maison de retraite pour torcher les vieux incontinents, tourneur-fraiseur faute de mieux. C’est d’ailleurs dans l’usine métallurgique qui l’emploie que le jeune homme confectionnera le couteau qu’il allait utiliser avec toujours plus de dextérité dans sa folle cavale. Un couteau assemblé par ses soins, particulièrement tranchant, qu’il mettra à l’épreuve dans les bides rebondis de vieux pervers homosexuels qu’il prend plaisir à émasculer avec méthode et rigueur. Une simple mise en bouche. Et puis tout bascule sans que Jeb l’ai vraiment cherché. Alors qu’il prend un simple café dans un bar sans prétention, une prostituée plus très fraîche l’aborde, tentant de l’attirer par ses formes généreuses et ses mamelons offerts. Jeb refuse poliment, puis avec plus d’insistance avant de tordre le petit doigt de la belle. Son mac qui glande non loin de là s’approche illico pour lui régler son compte. Jeb lui porte un coup mortel en plein ventre avant que, sans qu’il ne s’y attende, la tête de la pute qui se jette sur lui, explose d’une décharge de fusil portée par la fille qui fait office de serveuse. Elle s’appelle Bess. Nièce du patron pas vraiment majeure. Les deux prennent la fuite en stop avant que Jeb ne plante un chauffeur à la main baladeuse, leur permettant de glaner au passage une voiture plutôt bien cylindrée. Début de la cavalcade à travers les bas-fonds américains et les banlieues sordides.

Emmanuel Moynot tient avec No direction un récit à la hauteur de son talent. Une histoire chorale qui retrace les destins de quelques fantômes de la société américaine. Des oubliés du système, en marge ou presque des richesses générées par la valeureuse nation américaine. Un motard moustachu entre deux-âges qui plait aux jeunes bimbos, un pasteur adepte de jeunes femmes, une agente du FBI qui sait exactement ce qu’elle veut, un jeune garçon obèse qui tient le comptoir d’un Motel sordide ou encore une mère de famille qui fuit son conjoint violent accompagnée de ses deux fils. Ces destins se croisent ou se percutent. Ils tissent un panorama saisissant d’une société qui se délite. Une société dans laquelle Jeb et Bess ne se reconnaissent pas ou plus. A l’image du couple Bonnie et Clyde, ils sèment les cadavres sur leur parcours, sans but, sans espoir avec une vague idée du lendemain. Découpé en chapitres ouverts par une page en couleurs, à la manière des recueils de comics, No Direction, sombre trajectoire d’un couple de fortune désœuvré, percute et tient en haleine le lecteur jusqu’à un final saisissant et glacial. Du grand œuvre.

Emmanuel Moynot – No Direction – Sarbacane


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